Les déchaînés (A private’s affair, Raoul Walsh, 1959)

Pendant leur entraînement, trois appelés aimant chanter sont repérés par un producteur de spectacle télévisé mais l’un d’entre eux perd sa voix et, abusant des médicaments pour la retrouver, s’endort et, à cause d’un échange de lits à l’infirmerie, est marié dans son sommeil à l’assistante du secrétaire d’état à la Défense.

C’est tout le génie de Raoul Walsh que de conférer à un échaufaudage narratif qui paraît aussi alambiqué sur le papier un naturel souverain grâce à sa maîtrise tranquille de la mise en scène: ampleur du Cinémascope qui évite de fragmenter les séquences, fluidité du ton, incarnation du récit à travers l’action, aisance des transitions, équilibre dans la caricature, invention des gestes qui insuffle une vérité nouvelle à une séquence aussi conventionnelle que celle où les recrues retrouvent leurs dulcinées à la plage. Pour brocarder l’absurdité de l’ordre militaire, le comique de répétition -ou plutôt de variation- est poussé dans ses ultimes retranchements.

Derrière la pochade courtelinesque,  le vieux maître porte un regard détaché sur la modernité sous ses différents aspects: assouplissement des règles de la caserne, femmes accédant aux postes à responsabilité, télévision, beatniks…mais l’administration est toujours aussi stupide et la soldatesque toujours en quête de femmes: « pour que rien ne change, il faut que tout change », Walsh aurait pu réaliser Le guépard. Ainsi, Les déchaînés n’est pas un film aussi mineur que son sujet et sa distribution, constituée par les jeunes premiers de la Fox, ne le laissent paraître.

Les rôdeurs de la plaine (Flaming star, Don Siegel, 1960)

Une famille où la mère est indienne et le père est blanc est tiraillée au moment où une nouvelle guerre avec les Indiens est imminente.

Ce film avec Elvis ne ressemble pas à un film avec Elvis. D’abord, il n’y chante que dans le générique et dans la scène de fête familiale qui ouvre le film. Ensuite, l’oeuvre est d’un jusqu’au-boutisme pessimiste qui, même considéré dans le cadre général de la production hollywoodienne de l’époque, étonne. Don Siegel met en scène le drame de ce métis victime du rejet des différentes communautés avec la franche dureté qui lui est propre. Son découpage est sec, utilisant bien le Cinémascope, et les scènes d’action sont parsemées de notations très violentes comme lorsque le personnage de Presley cogne la tête d’un cow-boy qui a mal parlé à sa mère. Sans être un comédien exceptionnel et en dépit d’un brushing toujours impeccable (seule concession à son image), la star ne peine pas à être crédible dans le rôle de ce jeune homme ombrageux et très proche de sa maman. Quelques articulations de scénario un peu faciles n’empêchent pas Les rôdeurs de la plaine de s’avérer un très bon western, rappelant fortement lors de ses premières séquences La Prisonnière du désert sans avoir à rougir de la comparaison.