A lion is in the streets (Raoul Walsh, 1953)

Dans le sud des Etats-Unis, un colporteur commence une carrière politique après s’est être opposé aux malversations d’un roi du coton.

Sorti la même année que The sun shines bright, A lion is in the streets est une sorte de pendant inversé du chef d’œuvre mélancolique -et finalement optimiste- de John Ford. C’est une percutante critique de l’exercice politique dans le sud des Etats-Unis. Les dangers inhérents à la démocratie sont brillamment mis en relief à travers l’itinéraire d’un brave gars qui se découvre une étonnante habileté à manier les foules. Le regard simple, franc et droit de l’auteur sur cet itinéraire donne d’autant plus d’évidence à son discours moral. Encore une fois, Raoul Walsh mêle différents registres avec une grande facilité. Entamant son film comme une chronique americano-conjugale façon Henry King, il l’achève violemment et tragiquement sans que jamais les ruptures de ton ne soient gênantes. Suivant constamment un personnage au delà du bien et du mal, toute la mise en scène procède d’un même élan de vitalité. Si James Cagney, qui coproduisit le film avec son frère, surjoue quelque peu le péquenaud au fort accent du Sud, il sait rendre sensible mieux que personne l’ivresse de puissance qui s’empare peu à peu de son personnage. Cody Jarrett n’est alors pas loin…La séquence du convoi funéraire improvisé dans le tribunal, aussi terrifiante que galvanisante, montre que A lion is in the streets est un grand film de Raoul Walsh. Et un grand film politique. Seul un Technicolor faisant au début ressortir l’artifice du studio -et diminuant alors la crédibilité de la fable- empêche cette brillante diatribe contre l’éternelle tentation démagogique de figurer parmi les chefs d’oeuvre majeurs de Raoul Walsh (c’est à dire aux côtés de L’enfer est à lui, La vallée de la peur ou La charge fantastique).

La mission du capitaine Benson (7th Cavalry, Joseph H.Lewis, 1956)

Après le fiasco de Little Big Horn, un capitaine qui s’était absenté lors de la bataille se charge d’aller récupérer les corps de ses camarades, quitte à braver les Sioux…

Série B ne payant pas de mine, 7th cavalery s’avère un très bon western. Son argument dramatique est complexe et original puisque l’enjeu de l’action concerne les morts et leur mémoire. Cette expédition en territoire ennemi pour ramener des cadavres peut légitimement paraître absurde et c’est ce qui fait toute la richesse du film. Les opposants du capitaine Benson ne sont pas ridicules ou caricaturaux puisque leurs motivations sont très solides. Benson peut même apparaître névrotique car son zèle d’origine douteuse (ne s’eusse t-il pas comporté en lâche au moment de la bataille?) met en péril la vie de ses troupes. Dans la scène de l’audition, il est même présenté comme antipathique, interrompant sans cesse ses camarades officiers.

Il n’y a qu’un affrontement mais sa violence est remarquable. Il y a peu d’action mais le scénario est suffisamment bien écrit, les acteurs suffisamment bons et la mise en scène suffisamment solide pour maintenir l’attention. On appréciera encore une fois la concision du style de Joseph H. Lewis qui est peut-être (avec Boetticher?) le réalisateur hollywoodien qui avait besoin du plus petit nombre de plans pour découper une séquence. Seul défaut notable de ce 7th cavalry: le deus ex machina final qu’on voit arriver à trois kilomètres et qui ramène le film vers des conventions desquelles il était jusqu’ici assez éloigné.

L’expédition du Fort-King (Seminole, Budd Boetticher, 1952)

Un officier dont le meilleur ami est le leader des Séminoles est affecté dans une garnison menée par un commandant qui veut anéantir ces Séminoles.

L’expédition de Fort-King est un western conventionnel reposant sur des dilemmes psychologiques éculés et peu développés. Les enjeux politiques de la pacification de la Floride sont outrageusement simplifiés suivant un procédé chère à la mauvaise dramaturgie hollywoodienne: le personnage du méchant porte tout le poids de la responsabilité du mal. Ce qui rend le film assez niais. Reste le décor inhabituel des marais de Floride mais la mise en scène n’a pas la vigueur de celle de Walsh dans Distant drums.