L’armée Brancaleone (Mario Monicelli, 1966)

Ayant par hasard récupéré le titre de possession d’un fief, une bande de manants entraîne un chevalier désargenté dans une drôle d’équipée…

L’armata Brancaleone est peut-être le chef d’oeuvre de Mario Monicelli. Pour une fois, le ridicule de ses protagonistes n’apparaît pas comme une mesquine facilité. Est-ce dû au contexte temporel? Le fait est que le mélange de crudité démystificatrice et de fantaisie grotesque de la mise en scène donne une assez juste idée de l’époque représentée et fait de cette comédie un des meilleurs films sur le Moyen-âge. L’épisode de la croisade des gueux avec le leader halluciné qui ne parle qu’en criant est particulièrement bien senti.

Toutefois, L’armata Brancaleone ne serait pas un film très intéressant (ni très courageux) s’il se contentait de brocarder un obscurantisme millénaire. Au-delà de la verve satirique et burlesque qu’ils déploient avec une grande inventivité, Age, Scarpelli et Monicelli savent accorder à leurs personnages une dignité salvatrice. Ainsi Brancaleone, superbement interprété par Vittorio Gassman, est bête mais a le coeur noble. Il se comporte à plusieurs reprise tel Don Quichotte. D’ailleurs, ce récit picaresque qui entraîne les personnages dans différentes aventures -cocasses, effrayantes voire émouvantes- est sans doute le plus parfait équivalent cinématographique à l’absolu chef d’oeuvre de Cervantès (quoique sans la dimension réflexive de sa deuxième partie).

Derrière la dérision, le profond respect des auteurs pour leur matière est également tangible dans la façon dont ils restituent la campagne italienne: ses paysages, ses églises et ses villages ont, mine de rien, rarement été aussi bien filmés. L’équilibre pictural de plusieurs plans participe de la nature profondément classique de cette farce qui, entre autres rares plaisirs, donne l’occasion de voir Gian Maria Volonte nanti d’une coupe de douilles lui donnant des airs à la Régis Laspalès.

L’effroyable secret du Dr Hichcock (Riccardo Freda, 1962)

Les tribulations d’un docteur londonien qui se sert de son produit anesthésique pour assouvir ses fantasmes nécrophiles.

L’effroyable secret du Dr Hichcock est un film typique du maniérisme fantastique. Freda se soucie plus de l’atmosphère et du visuel que de la narration et des personnages. Ce qui ne va pas sans une certaine complaisance qui nuit à la cohérence profonde de l’ensemble. Certains passages obligés (par exemple la fille en chemise de nuit poursuivie dans un souterrain) sont étirés au-delà du raisonnable et le rythme s’en trouve considérablement affaibli.

Riccardo Freda a un talent certain: le talent d’un petit maître qui n’invente rien mais qui est plastiquement inspiré. Sa mise en scène compile les poncifs de l’esthétique gothique-londonienne avec une maîtrise visuelle qui ne manquera pas de séduire l’amateur. Dommage que les comédiens soient fades et le scénario médiocre: le sujet -la nécrophilie- est intéressant mais des rebondissements grotesques annihilent le récit. D’où l’impression finale que laisse cette jolie coquille vide qu’est L’effroyable secret du Dr Hichcock: une impression de profonde vanité.