La maison Bonnadieu (Carlo Rim, 1951)

Croyant avoir affaire à un cambrioleur, le patron d’une maison de couture se retrouve nez à nez avec le jeune amant de son épouse…

Une vraie bonne comédie, pétillante et malicieuse. Des dialogues savoureux, de l’invention dans les situations comiques, la haute tenue du découpage (certains plans subjectifs frisent même la coquetterie) et, surtout, un personnage de cocu magnifiquement interprété par Bernard Blier dont l’amour vrai et profond insuffle une cruauté inattendue au vaudeville, font probablement de La maison Bonnadieu le meilleur film de Carlo Rim.

 

Seul dans la nuit (Christian Stengel, 1945)

A Paris, des jeunes femmes sont assassinées. Un policier débutant est chargé de l’enquête qui s’oriente vers l’entourage d’une vedette de la chanson.

C’est une idée intéressante que d’avoir situé le polar dans le milieu de la chanson (on voit une des premières apparitions de la télévision au cinéma), les acteurs sont corrects (sans être sensationnels) et l’intrigue est correctement ficelée mais le tout demeure un peu plan-plan. Il manque à la mise en scène de Christian Stengel quelque chose qui épicerait et singulariserait son enquête policière tel que la vivacité entomologiste d’un Becker, l’ampleur pessimiste d’un Clouzot ou l’entrain piquant d’un Jacques Daniel-Norman. Bref, Seul dans la nuit est un assez bon film quelque peu frustrant.

Question d’honneur (Luigi Zampa, 1965)

En Sardaigne, pour des questions d’honneur, un journalier est forcé d’épouser une détenue récemment libérée…

Se moquer des ploucs du Sud fut une grande spécialité des auteurs de la comédie italienne. C’est ici la matière de plusieurs scènes marrantes (le concours de coups de boules!) mais, fort heureusement, Luigi Zampa ne se contente pas de ricaner d’un peuple aux moeurs archaïques. Son regard est nettement plus subtil que celui de Pietro Germi dans Séduite et abandonnée par exemple. Rapidement, le récit se complexifie et ses enjeux évoluent. Plusieurs virages à 180°, toujours justifiés par la logique profonde des personnages et des évènements, lui donnent une profondeur romanesque et la tragédie contamine peu à peu la comédie avec un naturel qui n’exclut jamais le sens de la bouffonnerie. Génie italien. La beauté de Nicoletta Machiavelli fait qu’on croit sans peine à l’amour qui anime l’attachant personnage de Ugo Tognazzi. C’est en prenant son temps et en soignant les enchaînements de la narration que le cinéaste rend perceptible le glissement de son brave héros, écartelé par des codes sociaux absurdes, dans la folie. Seul le discours final venant expliciter le propos du film -péché mignon de Zampa- altère la force implacable de ce quasi chef d’oeuvre.

Vive Henri IV…vive l’amour! (Claude Autant-Lara, 1961)

Pour mieux pouvoir la séduire, Henri IV arrange la mariage de mademoiselle de Montmorency avec le prince de Condé…

Le cabotinage des uns et des autres peine à enlever une mise en scène désolante d’académisme. Dommage, le récit, habilement inspiré d’une des anecdotes les plus piquantes du règne du Vert galant, aurait pu donner lieu à une savoureuse comédie historique.

Monsieur Grégoire s’évade (Jacques Daniel-Norman, 1945)

Parce qu’il a gagné un concours de mots-croisés, un comptable est poursuivi par des malfrats qui le confondent avec un des leurs…

Ecrit et réalisé par Jacques Daniel-Norman, Monsieur Grégoire s’évade est une savoureuse comédie policière où l’équilibre entre drôlerie et mystère est finement tenu. Une plaisante galerie de seconds rôles entoure la belle Yvette Lebon, la fascinante crapule Jules Berry et Bernard Blier dans le rôle éponyme. Cette incarnation parfaite de la banalité s’insère idéalement dans le réalisme quotidien du début qui anticipe les films parisiens de Becker. Dans la suite du film, il faut reconnaître que l’attrait de son personnage pour le milieu n’est guère rendu sensible, la mise en scène peinant à se coltiner les invraisemblances psychologiques de l’astucieux scénario. Daniel-Norman filme avec des mouvements d’appareil alertes qui accentuent la charmante vivacité de l’ensemble. Ce n’est certes pas Toute la ville en parle mais c’est franchement pas mal.

La chatte (Henri Decoin, 1958)

Sous l’Occupation, une résistante est retournée par un agent de l’AbWehr amoureux d’elle…

Très inégal. Deux scènes d’action sèches et percutantes encadrent un film médiocre: les conventions dramatiques préférées à la vérité documentaire sur les réseaux de résistance ainsi que l’absence de finesse dans la mise en scène nuisent gravement à la crédibilité des situations représentées. Certaines scènes, tel l’empoisonnement avorté, sont carrément risibles au lieu d’être palpitantes. Françoise Arnoul est mignonne.