La vipère (The little foxes, William Wyler, 1941)

Dans le Sud des Etats-Unis, une femme fait pression sur son mari malade pour obtenir l’argent nécessaire à une affaire industrielle menée avec ses deux frères.

Au début, l’arrière-plan historique, les digressions avec les serviteurs Noirs et l’impressionnant travail sur la profondeur de champ rappellent carrément La règle du jeu et laissent penser que William Wyler a transformé la pièce de Liliane Hellman en oeuvre cinématographique digne de ce nom. Malheureusement, cette impression s’avère vite trompeuse car rarement le temps et l’espace auront été aussi mal restitués dans un film; des séquences censées se dérouler à des milliers de kilomètres de distance se succèdent comme si les personnages n’avaient fait que changer de pièce. La mise en scène n’est finalement qu’un écrin décoratif enrobant les dialogues d’une demi-douzaine de personnages univoques qui délayent très longuement un drame cousu de fil blanc. Poussiéreux.

Storm center (Daniel Taradash, 1956)

Dans une petite ville américaine, la bibliothécaire est soumise à la pression du conseil municipal qui veut lui faire retirer « Le rêve communiste » de ses rayons.

Leçon d’éducation civique assez bien menée dans ses deux premiers tiers; la dernière partie sent l’artifice de scénariste à plein nez. Bette Davis fait son numéro. La mise en scène est terne à tel point que, jusqu’à l’évocation des Pères fondateurs, j’ai cru qu’il s’agissait d’un film anglais.

L’insoumise (Jezebel, William Wyler, 1938)

A la Nouvelle-Orléans, quelques années avant la guerre de Sécession, une jeune fille est mise au ban de la société pour avoir dansé en robe rouge…

Il y a un hiatus entre la froideur du style et le romantisme de la conduite des personnages. En dehors de certaines scènes opératiques, telle la fin, l’attirance amoureuse des héros n’est guère rendue sensible. Cependant l’évocation de l’arrière-plan social et historique est d’une belle richesse. Même si le manque de variété du décor est quelque peu ennuyeux à la longue, la perfection de la direction artistique mise en valeur par une caméra très mobile et une multitude de détails dans l’écriture font que le veux Sud est bien reconstitué. Tout ce travail serait purement décoratif si la variété des cadrages ainsi que le travail sur le profondeur de champ ne rehaussaient, tant que faire se peut, l’intensité d’une dramaturgie surannée.

Sixième édition (The font page woman, Michael Curtiz, 1935)

Un talentueux reporter exige que sa fiancée, elle-même journaliste, abandonne son métier. Celle-ci refuse.

Petite comédie américaine sophistiquée typique des années 30. Le rythme est endiablé (les travellings de Curtiz font merveille!) et les dialogues bien sentis. Il n’y a pas à proprement parler de message féministe mais plutôt le récit d’une lutte professionnelle entre une débutante qui va réussir à force de travail et de talent individuel et un concurrent établi qui fait marcher ses réseaux (cf la scène dans le bureau du D.E.A). En cela, Sixième édition est d’ailleurs un film fondamentalement et magnifiquement américain.

Une femme cherche son destin (Now, voyager, Irving Rapper, 1942)

Une vieille fille sous l’emprise de sa mère s’émancipe grâce à un psychiatre bienveillant.

Now, voyager ne transcende pas la désuétude du genre dans lequel il s’inscrit, à savoir le « women picture ». Le « women picture » qui a connu son apogée dans les années 40 était un drame psychologique se passant généralement en milieu bourgeois dont la Warner s’était fait une spécialité.  Le jackpot était atteint quand l’actrice remportait son Oscar. Le problème de ce genre de film est que l’ambition et la maturité des sujets abordés n’empêchent que rarement les conventions hollywoodiennes du traitement, conventions qui apparaissent alors comme un véritable rouleau-compresseur. Hollywood n’est pas Ingmar Bergman (et Dieu merci!).

Les facilités de l’intrigue, l’épaisseur d’une narration qui délaye par trop longuement chaque aspect du drame, le manque de relief concret d’une mise en scène fondamentalement théâtrale, des dialogues trop étincelants pour être vrais et l’omniprésence du sirop de Max Steiner font de Now, voyager une oeuvre essentiellement artificielle et parfois insupportable de lourdeur. Ce, nonobstant d’indéniables qualités de facture (montage, photo, décors, costumes, coiffeurs: le studio affectait ses meilleurs employés à ces entreprises censément prestigieuses).

Dernier round (Kid Galahad, Michael Curtiz, 1937)

Un film anodin, très conventionnel, qui se suit sans déplaisir grâce aux vedettes qui font leur numéro habituel (Edward G.Robinson, Bette Davis, Humphrey Bogart) et au savoir-faire de Curtiz qui filme avec une égale virtuosité combats de boxe et réceptions mondaines. Ses travellings sont décidément fabuleux. L’ensemble est peut-être un peu trop long pour une histoire aussi calibrée. On notera cependant un plan final étonnamment pessimiste alors que le film aurait tout aussi bien pu se terminer par une happy-end.