Barrabas (Richard Fleischer, 1961)

Après avoir été gracié par la foule à la place de Jésus-Christ, le voleur Barrabas erre, tourmenté, dans l’empire romain.

Les plans longs, larges et beaux de Richard Fleischer posent un regard d’esthète sur ce long et redondant itinéraire spirituel, alourdi par une distribution d’acteurs prestigieux mais jouant sans nuance.

Le roi des rois (Cecil B. DeMille, 1927)

La vie de Jésus lourdement illustrée par Cecil B.DeMille. Toutefois, deux séquences se distinguent:

  • la catastrophe naturelle du mont Golgotha où l’inspiration spectaculaire de l’auteur des Dix commandements se déploie
  • et surtout la stupéfiante ouverture en Technicolor bichrome où l’on voit la grande courtisane Marie-Madeleine s’ébattre entre les fauves et les patriciens décadents

Sodome et Gomorrhe (Michael Kertész, 1922)

Sur le point d’être exécutée, une garce sans foi ni loi rêve qu’elle est l’épouse de Loth, à Sodome.

« Classique » de la période autrichienne de Michael Curtiz, Sodome et Gomorrhe est une impressionnante superproduction qui semble avoir été conçue comme un passeport pour Hollywood par ses auteurs. Le mélange d’histoire contemporaine et biblique pour édifier les foules rappelle évidemment Intolérance tout en anticipant Les dix commandements (qui sortira l’année suivante). Force est de constater (déjà!) la virtuosité du metteur en scène qui gère les milliers de figurants avec l’aisance d’un maître. Les séquences de fureur païenne avec fleuves et flambeaux font penser à la fin d’Apocalypse Now. Sans les faire verser dans l’expressionnisme, le clair-obscur stylise les scènes d’intérieur. Dans ces passages, les cadrages sont inhabituellement larges, ce qui permet au cinéaste de soigner sa composition et d’éloigner son film du théâtre filmé. Dès ce film, on peut déceler la personnalité de Curtiz: celle d’un brillant styliste qui n’a pas de « thématique récurrente » ni de « vision du monde » à donner à manger au critique mais qui se distingue des autres réalisateurs grâce à un brio éclatant et un goût très sûr. Dommage que l’histoire soit ici complètement niaise.

Esther et le roi (Raoul Walsh, 1960)

Le roi des Perses épouse une Juive.

La beauté des grands films américains, et plus spécialement ceux de Raoul Walsh, résidait dans le fait que la mise en scène de « thématiques profondes » se faisait à travers l’action, les péripéties et une trivialité qui frisait le documentaire. Dans ce péplum biblique coproduit par l’Italie à une époque où Hollywood se meurt, rien de tout cela. L’incarnation fait cruellement défaut. La statisme de la mise en scène n’a d’égal que la niaiserie de la morale et le ridicule des acteurs de deuxième zone débitant gravement leurs déclarations d’amour ou de haine. Reste la beauté de Joan Collins, ce qui n’est pas tout à fait rien.

David et Bethsabée (Henry King, 1951)

L’amour interdit entre le roi David et Bethsabée, l’épouse délaissée du plus vaillant de ses officiers.

David et Bethsabée est un peplum qui n’a rien de démesuré. Pas de bataille, peu de figurants, une durée raisonnable, le focus sur une histoire d’amour. C’est en fait un film que l’on peut qualifier d’intimiste. La mise en scène de Henry King y est d’une élégance rigoureusement classique. Cette approche n’est peut-être pas idéale pour évoquer les passions charriées par l’histoire de David et Bethsabée, l’expression des tourments des personnages est parfois trop verbeuse pour convaincre mais la beauté simple des cadrages, la chaleur du Technicolor de Leon Shamroy, la qualité du jeu de Gregory Peck et plusieurs idées intéressantes de narration (le flashback final) ou de mise en scène (le retour de David au champ de bataille) en font un beau film qui plaira tout particulièrement aux happy few que sont les amateurs du style feutré et délicat de Henry King.

Rogopag (Roberto Rossellini, Jean-Luc Godard, Pier Paolo Pasolini et Ugo Gregoretti, 1963)

Rogopag est un ensemble de courts-métrages nommé d’après les premières lettres des noms des cinéastes.
Pureté de Rossellini est l’histoire d’un homme d’affaire américain qui tente de séduire une ravissante hôtesse de l’air. Les férus d’analyse sans goût qui vénèrent Brian De Palma auront matière à s’amuser avec le cinéma auto-réflexif parce que le businessman prend plaisir à filmer sa dulcinée. Les autres oublieront rapidement cette oeuvrette de l’auteur de Stromboli. Le nouveau monde est l’histoire d’un jeune couple parisien typique de la Nouvelle Vague française. Comme c’est Jean-Luc Godard qui réalise, c’est saupoudré d’un péril nucléaire. La ricotta est un film-essai de Pasolini avec Orson Welles qui joue le rôle d’un cinéaste qui met en scène la passion du Christ. Pasolini ne cherche même pas à camoufler son autoportrait (« je suis un catholique marxiste qui pense que les bourgeois italiens sont des ignorants »). Il y a des accélérés (soit le procédé le plus hideux qui existe au cinéma) et un parallèle douteux entre le destin d’un comédien affamé et celui du Christ. On est à des années lumières de la splendeur de L’Evangile selon St Matthieu, qui sortira l’année suivante. Le dernier film, Le poulet de grain, est une grossière satire de la société de consommation réalisée par un intellectuel italien, Ugo Gregoretti. A voir ce film, on comprend pourquoi ce monsieur n’a pas fait carrière dans le cinéma.
Bref, Rogopag est un agrégat de films complètement anecdotiques. Ce quel que soit le prestige de leurs auteurs.

Samson et Dalila (Cecil B. De Mille, 1949)

L’Ancien Testament, quel fabuleuse réserve d’histoires mythiques…Et qui mieux que DeMille, a su mieux les mettre en images ? Personne. Souvent simpliste, DeMille avait un véritable don pour l’imagerie, don qui en faisait le cinéaste biblique idéal. Ne pas chercher de subtilité dans sa mise en scène rigoureusement archaïque mais se délecter des plans très composés, de ces cadres bariolés qui sont un beau contrepoint à une narration épurée. Se délecter aussi des diverses petites tenues d’Hedy Lamarr, une des plus belles actrices de tout le cinéma hollywoodien, femme fatale idéale dont l’interprétation sensible du personnage de Dalila fait que le film de DeMille est aussi, quelque part, un beau portrait de femme amoureuse.