Le destin est au tournant (Drive a crooked road, Richard Quine, 1954)

Un pilote-mécanicien esseulé se fait manipuler par un couple qui veut utiliser ses talents pour un casse.

Ce petit film noir de la Columbia écrit par Blake Edwards se distingue par la personnalité de son personnage principal. Sa soif affective, excellemment retranscrite par Mickey Rooney, insuffle une certaine émotion à un récit dont le déroulement reste schématique. Le regard porté sur le mécanicien n’est jamais dénué de tendresse, y compris lorsque celui-ci passe de l’autre côté de la barrière. Ainsi, la fin, subtilement mélodramatique, est vraiment touchante.

A lire, cette très belle déclaration d’amour (plus belle que le film, sans doute).

L’inquiétante dame en noir (The notorious landlady, Richard Quine, 1960)

Comédie policière écrite par Blake Edwards et réalisée par Richard Quine. C’est évidemment ficelé avec brio, Kim Novak est évidemment magnifique, les deux acteurs qui l’entourent sont évidemment épatants, le film se met dans la poche le spectateur dès les premières scènes et n’aura de cesse de jouer avec sa complicité. Le talent comique dont font preuve les deux auteurs est d’une belle variété, L’inquiétante dame en noir alternant les répliques piquantes façon screwball,  l’humour non-sensique un peu macabre typiquement british (l’action se passe à Londres) et le burlesque muet. Toute cette verve borcarde gentiment l’aveuglement lié au désir. Le seul point faible du film, c’est ce qui est lié directement et uniquement à l’intrigue policière. En effet, le film repose sur la connivence, le second degré. Au fond, le spectateur se fout de savoir qui a tué qui. On peut considérer cela comme une limite de la narration mais l’ensemble reste un délice.

Ma soeur est du tonnerre (My sister Eileen, Richard Quine, 1955)

Quel plus grand plaisir pour le cinéphile pendant les fêtes que celui d’aller se régaler d’un classique de la comédie américaine dans un cinéma du quartier latin ?

bon, dit comme ça ça fait un peu élitiste comme vision du cinéma pourtant je vous assure que la salle était pleine et que le public -varié pour une fois- riait de bon coeur. Et c’est vrai qu’avec un tel film, il y a de quoi ! Ma soeur est du tonnerre est pensé du début à la fin comme un pur spectacle, la mise en scène assume pleinement ses artifices théâtraux (le charmant kitsch des décors notamment) ou musicaux et joue perpétuellement sur la complicité du spectateur. Alors oui, le film traite son histoire de façon un peu superficielle -peut-être qu’un Billy Wilder en aurait tiré quelque chose de plus profond- mais les gags basés sur de classiques quiproquos sont si bien agencés, la galerie de personnages secondaires si cocasse, les dialogues si piquants, les acteurs si à l’aise, et surtout Janet Leigh dont l’incroyable sex-appeal est le moteur de l’intrigue est si ravissante (surtout en mini-short) que Ma soeur est du tonnerre est un délice de chaque instant. Peut-être pourra t-on juste regretter certains numéros musicaux qui font pâle figure face à ceux des classiques de la comédie musicale et qui ralentissent l’histoire plutôt qu’ils ne la font avancer. Mais la franche loufoquerie qui gagne le film à la fin (comme dans Une vierge sur canapé du même Quine, la fin est un grand moment de n’importe quoi) finit par conquérir l’ensemble des spectateurs.