Le code criminel (Howard Hawks, 1931)

Nommé directeur de prison, un ancien procureur retrouve des détenus qu’il a condamnés…

Adaptation d’une pièce de théâtre « à thèse » dont Hawks aurait allégé le déterminisme de gauche. Le film, bavard et mou, n’en reste pas moins plombé par ses origines scéniques. Au sein d’un film plutôt académique, il y a toutefois quelques instants brillants (le meurtre hors-champ, très malaisant) ou personnels (la sécheresse forcée de la scène où le jeune détenu apprend la mort de sa mère).

Bedlam (Mark Robson, 1946)

Au XVIIIème siècle, une jeune femme est enfermée dans le terrifiant asile de Bedlam après s’être fâchée avec son directeur…

Quelques judicieuses idées de mise en scène (l’emmurement, les plans dans le couloir obscur qui sont tout à fait dans la tradition de Val Lewton…) agrémentent heureusement un film qui contient trop de scènes de parlotte, assez médiocrement interprété et dont la caractérisation des personnages manque de nuances.

L’île des morts (Mark Robson, 1945)

Durant la guerre civile grecque, un général et un journaliste américain se retrouvent coincés sur une petite île envahie par la peste.

En 1945, les idées et figures de style du génial producteur Val Lewton ont déja commencé à virer recettes et conventions. Dans L’île des morts, l’intéressant et inédit contexte de la guerre civile s’estompe rapidement pour laisser la place à un ersatz de Vaudou. Cela reste joliment fait. Le rythme languissant, l’hyper-sobriété des acteurs et les jeunes filles en transe qui marchent chemise de nuit au vent tissent une ambiance délétère qui plaira aux amateurs de Lewton. L’île des morts n’en reste pas moins un film moins mystérieux et plus conventionnel que les chefs d’oeuvre de poésie morbide qu’étaient La septième victime, Vaudou ou encore La féline.

Le chat noir (Edgar G.Ulmer, 1934)

Dans un château perdu d’Europe de l’Est, l’affrontement entre un homme qui a perdu sa femme et son épouse et le grand prêtre sataniste qui les lui a enlevées  dix-huit ans plus tôt.

L’histoire est donc grotesque. Le symbolisme ne fait pas dans la dentelle. La mise en scène est hiératique voire un brin guindée, à l’image du jeu de Boris Karloff et Bela Lugosi, mais ce hiératisme crée une réelle beauté. Les séquences liturgiques notamment sont fascinantes. Edgar Ulmer était le poète du bizarre, des forces occultes et il a su tirer parti de son matériau en le prenant à bras le corps, sans ironie. Son style se retrouve aussi dans la photographie très contrastée. Il faut donc passer outre les défauts de la narration pour apprécier l’atmosphère ténébreuse et discrètement mélancolique tissée par le metteur en scène. Ce qui, compte tenu du fait que le film ne dure guère plus d’une heure, n’est pas très difficile.

Les conquérants du nouveau monde (Unconquered, Cecil B. DeMille, 1947)

Une vraie, grande et belle saga épique sur des pionniers d’avant la guerre d’Indépendance.

Le film mêle brillamment petite et grande histoire. Cecil B. DeMille donne corps à des mythes qui ont présidé à la construction des Etats-Unis d’Amérique, notamment en opposant une paria réduite en esclavage par la justice anglaise à un méchant aristocrate. Paulette Goddard est très affriolante dans son rôle habituel de petite sauvageonne, Gary Cooper est un héros impassible, le Technicolor est certifié par Natalie Kalmus et la mise en scène a cette pureté archaïque qui fait la beauté primitive des fresques de DeMille. Loin d’être niais, Les conquérants du nouveau monde récèle aussi des instants d’horreur pure, telle la séquence où le héros découvre la famille massacrée; une leçon de gestion du hors-champ qui n’a rien à envier à un Jacques Tourneur en matière d’évocation diffuse du mal absolu. A noter tout de même pour les bonnes âmes qui seraient tentées par ce concentré d’idéologie WASP que la représentation des Indiens est clairement paternaliste.  C’est l’envers obligé de l’exaltation des vertus pionnières dans une oeuvre qui tire son sel du refus de l’ambigüité et du second degré.

Le récupérateur de cadavres (The body snatcher, Robert Wise, 1945)

Un scientifique se rend compte que l’homme qu’il paye pour lui fournir des cadavres fait du zèle…Cette adaptation de Robert Louis Stevenson bénéficie de la présence de deux icônes du genre, Boris Karloff et Bela Lugosi, et d’une direction artistique particulièrement soignée qui restranscrit bien l’ambiance gothique propre à ce genre d’histoire. Le film est cependant mou du genou, assez bavard, même si quelques belles ellipses de la mise en scène portent la marque de Val Lewton, le génial producteur. La fin est bêtement moralisatrice. A réserver aux inconditionnels (du genre, du producteur, de Stevenson…).

La patrouille perdue (John Ford, 1934)


Pendant la première guerre mondiale, une patrouille anglaise perdue dans le désert mésopotamien est décimée par des tireurs arabes.
Ce film souffre des défauts des mauvaises collaborations entre Ford et son scénariste attitré des années 30, Dudley Nichols. Ouvertement intellectuel, le scénario est trop abstrait, les idées passant avant des personnages esclaves de procédés dramatiques éculés (le simili-huis-clos qui révèle les personnalités). Par exemple, à travers le personnage ultra-caricatural de Boris Karloff, les auteurs dénoncent le fanatisme religieux. C’est d’une lourdeur qui frise le grotesque. La mise en scène de Ford, entre théâtralité empesée et formalisme vain, ne fait guère ressentir la tension potentielle de l’argument de base. Ajoutons à cela la ridicule grandiloquence de la musique de Max Steiner et on comprendra que La patrouille perdue est un film étouffé par ses ambitions, que Ford et Nichols n’avaient pas encore poli un style, synthèse évidente et vibrante entre les recherches plastiques de l’un et la dramaturgie « à idées » de l’autre, qui allait donner au cinéma américain quelques classiques éternels au premiers rangs desquels figure La chevauchée fantastique.