Limbo (John Sayles, 1999)

En Alaska, une chanteuse de bastringue tombe amoureuse d’un pêcheur au mystérieux passé.

Les personnages sont attachants et les acteurs sont bons mais le récit manque de rigueur dramatique; la transition vers le film de survie est mal amenée et le parallèle avec la famille de pionniers est poussif. Bref, ça se laisse regarder mais ça aurait pu être mieux.

Baby it’s you (John Sayles, 1983)

Dans les années 60, une lycéenne se laisse séduire par un kéké d’origine italienne.

L’utilisation des chansons y est parfois illustrative mais, grâce notamment à l’aura juvénile de Rosanna Arquette et au goût de John Sayles pour les plans longs, cette bluette adolescente montre avec une belle justesse la joie spontanée d’une lycéenne qui danse devant sa glace sur les Supremes, son évolution intellectuelle entraînée par le déménagement sur un campus et le poids des classes sociales dans son premier amour.

Sport de filles (Patricia Mazuy, 2011)

Une palefrenière passionnée d’équitation est engagée par une prestigieuse écurie de dressage…

Avec un grand sens de l’à-propos, Patricia Mazuy prend en compte les thèmes ordinairement liés au milieu de l’équitation féminine (en gros: frigidité et lutte des classes) avant de les évacuer pour se focaliser sur le triomphe de la volonté d’une héroïne butée et mal dégrossie. Sport de filles révèle alors sa nature profonde: une profession de foi dans la poursuite des rêves fous qui aident à rester debout face à l’accablante réalité, oscillant entre un naturalisme terrible de justesse (les retrouvailles avec la caissière au supermarché) et un lyrisme absolu. Ainsi, la destinée de cette belle palefrenière vierge aurait pu être chantée par Bruce Springsteen:

For the ones who had a notion, a notion deep inside,
That it ain’t no sin to be glad you’re alive
I wanna find one face that ain’t looking through me
I wanna find one place,
I wanna spit in the face of these Badlands

La naissance houleuse de la symbiose entre la palefrenière obstinée et le vieux champion se décidant à envoyer valdinguer les riches harpies qui ont prostitué son talent est d’une beauté dure et intense.

Seul hic: une musique tellement nulle que je me suis dit que l’auteur de Travolta et moi « voulait du rock mais n’avait pas pu se payer les Rolling stones donc avait fait appel à un guitariste de ses amis ». Ce ne fut qu’une demi-surprise de voir au générique final que le responsable de ce forfait était ce vieil escroc de John Cale!

Atlantic city (Louis Malle, 1980)

A Atlantic City, un escroc vieillissant et minable trouve une énorme quantité de drogue et en profite pour tenter de réaliser ses rêves.

Atlantic city est un beau film car, tout en montrant le pathétique d’un sexagénaire se rêvant caïd, il n’a aucun mépris pour lui ni pour sa nostalgie un brin faisandée. On le voit repasser ses cravates, promener le chien de sa vieille maîtresse, retrouver un vieux copain cireur de chaussures dans un hôtel de luxe. Ses désirs irréalistes mais ô combien compréhensibles tel celui de posséder sa jolie voisine de trente ans plus jeune que lui le rendent profondément attachant. Sa faiblesse est humaine et le rendra paradoxalement capable d’actes sublimes. Burt Lancaster est magnifique et la jeune Susan Sarandon délicieuse quoique presque trop distinguée pour son rôle. Malle mène son film avec simplicité, ancrant son histoire dans le décor de la ville nouvelle d’Atlantic city où les casinos en construction sont un écho concret à la mélancolie de son héros. Bref, ce film doucement désenchanté est un des plus beaux et des plus justes qui soient sur le rêve américain. C’est aussi le meilleur de Louis Malle.

Les chaînes du sang (Bloodbrothers, Robert Mulligan, 1978)

Un jeune homme issu d’une famille italo-américaine hésite entre une carrière toute tracée par son père dans le bâtiment et son envie de s’occuper d’enfants.

Bloodbroothers est un joli film racontant la lutte d’un individu contre l’emprise de son milieu. Cette emprise est aussi bien extérieure qu’intérieure. Il faut qu’il trouve sa propre voie et assume un choix.

Le film est très écrit, trop parfois (je songe au drame du personnage de Tony Lo Bianco) mais ne manque pas de vie. Le focus se fait sur la confrontation entre le fils et son père mais le récit est polyphonique et chaque personnage secondaire existe amplement. Entre bars, boîtes de nuit et chantiers de construction, l’évocation du Little Italy des années 70 ne manque pas de pittoresque. La bande originale d’Elmer Bernstein, funky à la limite de la parodie, est pour beaucoup dans la réussite de cette atmosphère urbaine.

Par ailleurs, Mulligan conduit son récit en se ménageant des digressions qui donnent de l’épaisseur aux personnages. Par exemple, à la fin d’une scène familiale importante où l’avenir du cadet est discuté, le père se réconcilie avec son épouse en lui chantant Maria. Grain de folie, étincelle de vie qui insuffle une vérité émotionnelle à la mécanique narrative.

Bloodbroothers est d’autant plus réussi que les acteurs sont tous excellents. Que ce soit Tony Lo Bianco et Paul Sorvino dans le rôle des vieux briscards italiens ou Richard Gere qui joue le jeune héros, tous sont finement dirigés. Richard Gere est un acteur inégal mais il est vraiment à son aise dans ce rôle éminemment springsteenien qui pourrait bien être le meilleur de sa carrière. Son mélange de charme et de fadeur sert idéalement son personnage timide.

Ruby in Paradise (Victor Nuñez, 1993)

Une jeune femme quitte son homme et arrive en Floride. La saison vient de se terminer mais elle parvient à se faire embaucher dans une boutique…

Des plages désertes, un passé que l’on fuit, des espoirs finalement très prosaïques…Si Bruce Springsteen avait été une femme, il aurait sans doute chanté Ruby in Paradise. Il s’agit d’un beau film sur le rêve américain  injustement tombé dans l’oubli. Ayant fait sensation au festival de Sundance en 1993, ce petit film de Victor Nuñez n’a pas grand-chose à voir avec le cinéma indépendant des années 2000. Les personnages ne sont pas « décalés », les couleurs ne sont pas celles d’une bande dessinée, la bande originale n’est pas faite de rock branché. Non, ce qui compte ici, c’est l’attention du cinéaste à ses personnages et plus particulièrement à sa magnifique héroïne. Une partie de la beauté de Ruby in Paradise réside dans ses moments en creux, ses digressions qui ne payent pas de mine mais qui émeuvent par leur justesse, leur vérité tout simple. Exemple: les tranches de rigolade des ouvrières pendant leurs pauses à l’usine.

La voix-off donne une dimension introspective à l’oeuvre mais le contexte social est toujours essentiel puisque Nuñez retrace d’abord l’itinéraire d’un retour à la communauté. Ainsi, on avait rarement vu une Floride aussi authentique au cinéma. De plus, les personnages secondaires sont très beaux. Il n’y a pas de réel méchant même si certains le paraissent à certains moments du film. Chacun a ses motivations, chacun a sa dignité, aucun n’est sacrifié à de quelconques facilités dramatiques. Enfin, ce qui rend Ruby in Paradise particulièrement attachant, c’est Ashley Judd. Ici à ses débuts, elle est superbe. En incarnant Ruby avec autant de charme que de dignité, elle donne au film sa chair.