Sport de filles (Patricia Mazuy, 2011)

Une palefrenière passionnée d’équitation est engagée par une prestigieuse écurie de dressage…

Avec un grand sens de l’à-propos, Patricia Mazuy prend en compte les thèmes ordinairement liés au milieu de l’équitation féminine (en gros: frigidité et lutte des classes) avant de les évacuer pour se focaliser sur le triomphe de la volonté d’une héroïne butée et mal dégrossie. Sport de filles révèle alors sa nature profonde: une profession de foi dans la poursuite des rêves fous qui aident à rester debout face à l’accablante réalité, oscillant entre un naturalisme terrible de justesse (les retrouvailles avec la caissière au supermarché) et un lyrisme absolu. Ainsi, la destinée de cette belle palefrenière vierge aurait pu être chantée par Bruce Springsteen:

For the ones who had a notion, a notion deep inside,
That it ain’t no sin to be glad you’re alive
I wanna find one face that ain’t looking through me
I wanna find one place,
I wanna spit in the face of these Badlands

La naissance houleuse de la symbiose entre la palefrenière obstinée et le vieux champion se décidant à envoyer valdinguer les riches harpies qui ont prostitué son talent est d’une beauté dure et intense.

Seul hic: une musique tellement nulle que je me suis dit que l’auteur de Travolta et moi « voulait du rock mais n’avait pas pu se payer les Rolling stones donc avait fait appel à un guitariste de ses amis ». Ce ne fut qu’une demi-surprise de voir au générique final que le responsable de ce forfait était ce vieil escroc de John Cale!

Retour à la bien-aimée (Jean-François Adam, 1979)

Pour retrouver sa femme, un pianiste réalise un plan machiavélique contre le nouveau mari.

Après avoir été assistant de Truffaut et Melville, Jean-François Adam a réalisé trois films avant son suicide en 1980. Retour à la bien-aimée est le dernier d’entre eux. C’est un polar basé sur l’amour fou tourné principalement -mais non exclusivement- en huis-clos. Dans une demeure bourgeoise grande et sinistre, un homme s’est introduit avec un unique but en tête: reconquérir la mère de son enfant. Le côté implacable de sa machination, le peu de péripéties qui viendraient interférer avec son projet ennuie légèrement à certains moments. Retour à la bien-aimée est un film assez abstrait qui ne se soucie guère de notations réalistes.

La mise en scène de Jean-François Adam rend l’oeuvre fascinante à bien des égards. Les sentiments sont exprimés par l’image et la musique avant de l’être par les mots. La superbe lumière (tendance impressionniste en extérieurs, tendance Rembrandt en intérieurs), la rigoureuse précision d’un découpage qui privilégie les lents et savants mouvements de caméra au champ-contrechamp, le jeu intériorisé mais très suggestif de Jacques Dutronc sont autant d’éléments qui nimbent le film d’un romantisme morbide et glacé tout en le faisant tendre légèrement vers l’opéra. On songe à Jean-Pierre Melville qui remakerait un Lang de l’après-guerre (disons La femme au portrait ou Le secret derrière la porte). Quoiqu’il en soit, Jean-François Adam était un réalisateur brillant. Le magnifique plan-séquence qui clôt ce Retour à la bien-aimée suffit à le prouver.