Les rois du gag (Claude Zidi, 1985)

Deux jeunes auteurs comiques sont engagés par un roi de la télévision qui a peur de devenir ringard.

Servi par la vitalité des acteurs, le déchaînement burlesque rendu possible par l’intrigue méta-cinématographique est réjouissant et cent fois plus drôle que la somme des intégrales de Tati et Etaix mais dès que ça commence à vouloir approfondir les personnages et à développer une vision sur le conflit entre culture populaire et culture d’élite, c’est moins convaincant car perpétuellement caricatural. Pas grave.

Le temps des oeufs durs (Norbert Carbonnaux, 1958)

Après avoir gagné à la loterie, un garagiste achète les toiles d’un peintre raté par amour pour sa fille.

Plus abouti que Courte-tête, Le temps des oeufs durs est un des plus sympathiques parangons de burlesque à la Française. Dénué du volontarisme stérilisant de Tati ou Etaix, Norbert Carbonnaux a un naturel dans la fantaisie qui rappelle le cinéma français d’avant-guerre. En cela, il est aidé par des acteurs magnifiques d’extravagance: Darry Cowl, bien sûr, mais aussi Julien Carette, glorieux rescapé des années 30 justement. Le relatif manque d’impulsion de la mise en scène empêche certes Le temps des oeufs durs de prétendre à la perfection formelle mais la gentillesse inhabituelle du ton séduit tandis que certains gags, tel celui de « Petit papa Noël », sont la preuve d’une inventivité poétique dans la droite lignée du merveilleux Monsieur Coccinelle de Bernard-Deschamps. La place de ce film parmi les dix préférés de Jean-Luc Godard en 1958 était donc méritée.

Le jouet (Francis Veber, 1976)

Après 17 mois de chômage, un journaliste est « demandé » en tant que jouet par le fils de son richissime patron…

Le premier film réalisé par Francis Veber est aussi son plus incisif. Rarement la comédie française avait représenté la lutte des classes et attaqué le pouvoir de l’argent aussi franchement. Marcel Dassault est clairement satirisé. La particularité du Jouet est d’inscrire ce discours social dans le monde de l’enfance. Un enfant gâté et délaissé s’entiche, d’abord par caprice puis par amour filial, d’un adulte en qui il a reconnu un semblable; d’où une dialectique de l’enfance et de la responsabilité qui correspond avec une dialectique de l’humiliation et de la dignité retrouvée. Même si son argument de base peut paraître artificiel, la mécanique narrative concoctée par Francis Veber est exceptionnelle de par sa richesse et la précision de ses emboîtements.

Sans pour autant se déballonner politiquement, l’auteur évite le militantisme manichéen à l’image de la séquence de la garden-party où « le jouet » ne rejoint pas les syndicalistes qui manifestent derrière la grille mais retourne le rôle humiliant que les riches lui font jouer et met le bazar chez son patron, à sa façon régressive et poétique. De même que Michel Bouquet dans le rôle de l’industriel, Pierre Richard est évidemment parfait dans le rôle du jouet. Son talent burlesque est joliment exploité par le metteur en scène débutant. Si, par la suite, Francis Veber a fait plus drôle, il a rarement fait plus équilibré que cette fable où la tendresse est érigée en rempart ultime contre le pouvoir de l’argent.

 

Léonce aime les morilles (Léonce Perret, 1913)

Les déboires de Léonce durant sa quête aux champignons.

Ce court-métrage qui met en scène Léonce dans son rôle comique récurrent est assez drôle. Les gags burlesques (l’un annonce celui de Milou qui fait manger une éponge à un fauve dans Tintin au Congo) sont un peu épais mais la tendre satire de la vie conjugale est bien sentie, excellemment servie qu’elle est par le jeu assez fin de Léonce Perret.

Le tombeur de ces dames (The ladies man, Jerry Lewis, 1961)

Un jeune homme fuyant les femmes depuis que sa dulcinée est partie avec un autre est embauché dans une pension pour jeunes filles.

Deuxième long-métrage réalisé par Jerry Lewis, Le tombeur de ces dames permet au comique d’assouvir sa soif de contrôle total sur la mise en scène. Rarement les possibilités du studio auront été exploitées avec une telle inventivité. A l’exception de l’introduction, le décor est unique: c’est celui de la pension. La dramaturgie est réduite à peau de chagrin et chaque séquence de ce film quasi-expérimental est prétexte d’une idée visuelle. Jerry Lewis est l’héritier direct de Chaplin et Keaton mais aussi et surtout des Marx Brothers en ceci que sa folie contamine jusqu’aux décors et accessoires qui, libérés des lois de la physique, sont le support de l’expression d’une poésie surréaliste que n’aurait pas reniée Jean Cocteau. Ainsi des papillons collectionnés qui s’envolent après que Jerry ait ouvert le cadre où ils étaient fixés. Jerry siffle alors; il reviennent se fixer. On pourrait aussi citer les plans hallucinants où l’ensemble de la maison est vue transversalement, telle une maison de poupées, et la mise en abyme télévisuelle. Certes ces idées sont d’une intérêt inégal, plusieurs gags sont lourds notamment ceux à base de grimaces, mais sa fantaisie et sa vitalité -fut-elle outrée- font du Tombeur de ces dames un film nettement moins ennuyeux que ceux de Jacques Tati, l’autre démiurge burlesque de l’époque.

La poupée (Ernst Lubitsch, 1919)

Un héritier noble qui doit se marier mais qui a peur des femmes croit se tirer d’affaire en épousant un(e) automate.

Le film est à la hauteur de son sujet. La poupée est une petite comédie déjantée comme les concoctait Lubitsch en Allemagne. Le burlesque outrancier, les allusions salaces, la cruauté, l’individualité des personnages secondaires, l’inventivité poétique de la mise en scène (le coup des ballons!) et le charmant minois d’Ossi Oswalda en font un film réjouissant.