Le train (John Frankenheimer, 1964)

Trois semaines avant la Libération de Paris, des cheminots se mobilisent pour empêcher qu’un train rempli de chefs d’oeuvre de la peinture française ne parte en Allemagne.

De grosses invraisemblances, quelques tirades philosophiques hors de propos et le manque de concision à certains endroits n’empêchent pas de regretter que cette célébration spectaculaire de la Résistance française ait dû attendre le bon vouloir de Hollywood pour avoir lieu. Avec ses multiples explosions, ses cadres parfaits, ses mouvements d’appareil élégants, son héros super opiniâtre et super fort (à cinquante ans, Burt Lancaster tenait à faire savoir qu’il n’avait pas perdu ses talents d’acrobate) et, surtout, son sens continu de l’action technicienne, le film de Frankenheimer n’a aucune justesse historique mais préfigure Piège de cristal avec 25 ans d’avance.

Le temps du châtiment (The young savages, John Frankenheimer, 1960)

Un procureur est chargé par son chef d’envoyer à la chaise électrique le fils de son ancienne fiancée qui a poignardé un jeune aveugle avec deux copains.

Un film démonstratif (mais nuancé) et un peu lourdaud dans son esthétique post-wellesienne mais assez bien mené pour ne pas ennuyer.

 

Le grand chantage (Sweet smell of success, Alexander Mackendrick, 1957)

Un journaliste-vedette utilise son sous-fifre pour briser l’idylle entre sa soeur et un musicien de jazz.

La peinture cynique et inédite de certains milieux journalistes (jusqu’ici plus souvent représentés dans des comédies que dans des films noirs) est une percutante métonymie de la société américaine des années 50. Ses peurs et ses valeurs perverties sont puissamment évoquées à travers les rapports entre le personnage de Burt Lancaster, imposante incarnation de ces faiseurs d’opinion qui sont conservateurs avec trop d’ostentation pour être honnêtes, et celui de Tony Curtis, fébrile et pathétique larbin prêt à toutes les compromissions morales pour grimper l’échelle sociale.

L’acteur d’Amicalement vôtre, éblouissant, trouve ici ce qui fut peut-être le rôle de sa vie. La souplesse et l’ampleur de ses gestes, en parfaite harmonie avec la belle partition jazz d’Elmer Berntein, apportent une grâce féline à son personnage de petite frappe tout droit sortie d’une chanson de Bruce Springsteen. Le somptueux noir et blanc de James Wong Howe, des dialogues incisifs, un soupçon de tragédie discrètement mêlé à la satire sociale (voir ce magnifique plan de Burt Lancaster surplombant New-York sur son balcon après qu’il ait constaté que sa soeur lui échappait) et une caméra en état de grâce achèvent de faire de ce premier film américain d’Alexander Mackendrick un des derniers chefs d’oeuvre du film noir.

L’ultimatum des trois mercenaires (Twilight’s last gleaming, Robert Aldrich, 1977)

Un général renégat s’empare d’un silo de missiles nucléaires et fait du chantage sur la maison-blanche…

Cet opus tardif de Robert Aldrich est une parabole gauchiste aux ressorts particulièrement grossiers et artificiels. Je songe notamment au contenu du fameux document top-secret qui dénote la naïveté du film. Je songe aussi à l’absurdité du fait que le président aille se présenter aux terroristes après avoir accepté leurs exigences. Je songe au fait qu’un simple truand explique à un général étoilé présenté pendant tout le film comme hyper-brillant les pièges (qui sont gros comme une maison) que celui-ci n’a pas anticipés. Ce manque de crédibilité se retrouve aussi dans une mise en scène étonnamment inégale: l’assaut du silo nucléaire ressemble à un braquage d’épicerie tant il manque d’ampleur. Pas de plan large, un montage confus, un décor quasi-ridicule et des péripéties artificielles (le coup du niveau à bulles) font que l’on ne ressent guère la tension de l’évènement. L’utilisation abusive du split-screen ajoute à la confusion générale. Les personnages sont taillés à la serpe (pauvre Richard Widmark!), le film est truffé de coups de stabylo surlignant le discours de l’auteur. Pourtant, le film se suit avec un certain plaisir grâce à la puissance de son ressort dramatique principal, à quelques moments de suspense bien orchestrés et à Burt Lancaster, toujours excellent. Chouette divertissement du samedi soir,  L’ultimatum des trois mercenaires reste un opus mineur au sein de la filmographie de son auteur.

La vallée de la vengeance (Richard Thorpe, 1951)

Le fils adoptif et le fils légitime d’un rancher amoureux de la même femme se déchirent.

Cet argument dramatique principal est enrobé de beaucoup de pistes narratives accessoires. La vallée de la vengeance est un surwestern; c’est donc un western qui met l’accent sur la psychologie plutôt que sur l’action. Le déroulement de l’intrigue n’en reste pas moins simpliste et sans surprise. Quoique traitant de thématiques similaires (on songe à L’homme de la plaine et aux Affameurs), le scénario est très loin d’avoir la finesse des scripts de Philip Yordan ou Borden Chase pour Anthony Mann. Le découpage de Richard Thorpe est quant à lui désolant de platitude. Même ses scènes de convoyage de vaches n’ont aucune ampleur. Les intentions documentaires manifestées par la direction artistique (les costumes sont ainsi anti-glamour au possible) sont ravalées au rang de simples velléités par de regrettables restes de convention hollywoodienne (tel le maquillage de Joanne Dru). Enfin, il faut préciser que le Technicolor est un des plus hideux jamais vus dans le cinéma américain (à moins que ce ne soit le DVD). Bref, La vallée de la vengeance est un mauvais film.

Atlantic city (Louis Malle, 1980)

A Atlantic City, un escroc vieillissant et minable trouve une énorme quantité de drogue et en profite pour tenter de réaliser ses rêves.

Atlantic city est un beau film car, tout en montrant le pathétique d’un sexagénaire se rêvant caïd, il n’a aucun mépris pour lui ni pour sa nostalgie un brin faisandée. On le voit repasser ses cravates, promener le chien de sa vieille maîtresse, retrouver un vieux copain cireur de chaussures dans un hôtel de luxe. Ses désirs irréalistes mais ô combien compréhensibles tel celui de posséder sa jolie voisine de trente ans plus jeune que lui le rendent profondément attachant. Sa faiblesse est humaine et le rendra paradoxalement capable d’actes sublimes. Burt Lancaster est magnifique et la jeune Susan Sarandon délicieuse quoique presque trop distinguée pour son rôle. Malle mène son film avec simplicité, ancrant son histoire dans le décor de la ville nouvelle d’Atlantic city où les casinos en construction sont un écho concret à la mélancolie de son héros. Bref, ce film doucement désenchanté est un des plus beaux et des plus justes qui soient sur le rêve américain. C’est aussi le meilleur de Louis Malle.