Riches et célèbres (George Cukor, 1981)

Par-delà les années, l’amitié teintée de jalousie et de rancœur entre deux copines d’université.

Ce dernier film de George Cukor ne rajoute pas à la gloire du très inégal réalisateur. Sans doute moins entravé par le studio qu’il ne l’était dans les années 40, le cinéaste laisse ici libre cours à son aigreur et à ses penchants misogynes. Ainsi la scène de séparation entre les époux n’est-elle pas un moment émouvant mais un moyen de moquer l’hystérie de la dame. L’auteur appuie la vulgarité et se délecte de la bassesse de ses personnages, notamment la très caricaturale Sudiste jouée par Candice Bergen. On a certes connu Cukor plus fin. Cette charge serait éventuellement intéressante si le style était à la hauteur. Malheureusement, sa mise en scène est aussi nulle qu’à l’époque de My fair lady ou Edward, my son. Manque de fermeté dans la narration, exploitation du décor inexistante, découpage fait à la va-comme j’te pousse (témoin la causette sur la plage). Reste la beauté feutrée de l’attachante Jacqueline Bisset ainsi que la belle musique de Georges Delerue qui offre un lyrique contrepoint à des images ternes.

Le lion et le vent (John Milius, 1975)

Au Maroc en 1904, un chef arabe kidnappe une famille de riches Américains…

Les intentions nobles, épiques et héroïques de John Milius sont visibles mais leur traduction à l’écran manque un peu de naturel. Le film semble avoir été pensé par le verbe plus que par l’image et le mouvement: qu’elles aient lieu dans le désert ou dans les ambassades, bon nombre de scènes sont des dialogues théoriques à deux personnages sur la guerre, l’Islam et l’Occident. Les péripéties de l’action sont, elles, assez conventionnelles. De plus, Sean Connery en chef arabe n’est guère crédible. Ce manque d’enracinement des idées de l’auteur dans la réalité -autrement dit ce défaut de mise en scène- fait du Lion et le vent un film assez superficiel quoique divertissant: cela reste un agréable film d’aventures.

Soldat bleu (Ralph Nelson, 1970)

Broderie gauchiste autour du massacre de Sand Creek

Pourquoi réaliser un film sur cette tuerie sans proposer aucun point de vue sur les tenants et aboutissements des guerres indiennes ? Présentée tel que par le cinéaste, l’évènement reste à l’état de fait divers et n’est en rien représentatif de la politique indienne du gouvernement américain. Pour pallier à cette absence de réflexion, Ralph Nelson a opté pour une mise en scène choc, ne lésinant pas sur les effets gore lors des fusillades, mais ses effets racoleurs ne masquent pas longtemps la nullité de son propos. Il faut bien le dire, Soldat bleu se réduit à sa séquence finale ultra-violente. Encore aujourd’hui, c’est ce qui est resté dans les mémoires. Tout le reste n’est que prétexte à long-métrage sans grand intérêt. Par exemple, l’intrigue avec le trafiquant d’armes n’a aucune utilité dramatique par rapport au temps qu’elle prend à l’écran.

Le héros, bleusaille complètement innocente, rend le film complètement binaire. Il n’est là que pour conforter le spectateur dans un point de vue d’innocent face au massacre. Le traitement est donc purement illustratif, le spectateur n’est amené à se poser aucune question. Il y a d’un côté le bien représenté par lui et le héros et de l’autre le mal que Nelson circonscrit à une poignée de monstres en uniforme dont il peint les horreurs complaisamment. C’est nul. Reste la belle chanson du générique, interprétée par la tristement oubliée Buffy Sainte-Marie.