Les deux orphelines (Riccardo Freda, 1965)

Quelques années avant la Révolution française, les tristes aventures de deux orphelines, dont une aveugle, à Paris.

L’épouvantable mélodrame de Adolphe d’Ennery est rendu encore plus consternant par la nullité des acteurs et du doublage (constante malheureuse chez Freda) ainsi que par un découpage pléonastique qui accentue le ridicule des rebondissements. Exemple: gros plan sur la tronche d’ahuri de Jean Carmet au moment d’un retournement de situation censé surprendre le spectateur. Même si Valeria Ciangottini et Sophie Darès sont très jolies et que le plan où les deux duellistes sortent du château est beau, cet opus tardif de Freda est indéfendable à moins d’être amateur de « nanar ».

Fra Diavolo (Luigi Zampa, 1942)

A Naples, un bandit se bat contre l’envahisseur bonapartiste.

Film d’aventures historique banal, bien rythmé et plombé par l’absence de charisme de son acteur principal (tare récurrente du cinéma de cape et épée italien). On note un cocasse personnage de fonctionnaire retournant sa veste au fur et à mesure des changements de régime qui annonce l’oeuvre à venir de Luigi Zampa.

Lorna Doone (Maurice Tourneur, 1922)

Dans l’Angleterre du XVIIème siècle, un fermier délivre une princesse enlevée par des renégats…

La mise en scène de Maurice Tourneur ne se soucie guère d’insuffler une profondeur psychologique aux archétypes romanesques mais pourvoit la reconstitution historique d’un réalisme rare et dote les scènes d’action d’un dynamisme saisissant. Madge Bellamy est bien.

Cyrano et D’Artagnan (Abel Gance, 1964)

Au XVIIème siècle, Cyrano de Bergerac et D’Artagnan montent à Paris, l’un pour servir la reine l’autre pour servir le cardinal.

Le dernier « véritable » film d’Abel Gance ne dépare pas au sein de la filmographie de son auteur. Il est aussi mal fichu qu’attachant. Certes, le temps glorieux des expérimentations géniales est depuis longtemps révolu ; les quelques travellings accélérés ne font guère illusion : filmage et montage sont globalement sages. Il n’empêche : la liberté du créateur se manifeste pleinement dans ce film qui détonne franchement au sein de la production de son époque. Il y a d’abord le scénario, un des plus baroques, un des plus composites qu’on puisse imaginer. Puisant chez Rostand, chez Dumas aussi bien que dans l’Histoire de France, Cyrano et D’Artagnan n’en est pas moins du pur Abel Gance. C’est comme si, ne sachant brider son enthousiasme tout en se sachant au terme de sa carrière, le cinéaste avait voulu caser plusieurs films dans un seul. Ça commence comme un roman initiatique, ça continue comme un film de cape et épée, ça se poursuit comme une comédie galante…ça s’achève comme une fable de La Fontaine. Chacun de ces segments est autonome par rapport aux autres. L’amitié entre Cyrano et D’Artagnan sert de fil conducteur mais des ellipses qui échappent à l’entendement du spectateur ramollissent cette ligne dramatique.

Abel Gance s’attache en fait au portrait du bretteur-poète-rêveur-inventeur qu’était Cyrano, personnage dans lequel il se projette certainement. Les Trissotin pourront facilement moquer son éternelle naïveté mais ce n’est pas le moindre des mérites du vieux cinéaste que d’avoir su exprimer, par exemple dans la scène du duel contre la gigantesque horde de spadassins qui annonce Mon nom est Personne, quelque chose de la fascination du petit garçon en face du héros. La foi d’Abel Gance dans ce qu’il raconte, son indéfectible premier degré, la sincérité de son admiration pour les grands humanistes, lui permettent ainsi de faire partager au spectateur l’émerveillement de d’Artagnan lorsqu’il découvre le magnétophone créé par son ami,  insérant, au passage, des bouts de science-fiction dans son film de cape et épées. Sûr de son génie, le cinéaste dédaigne la vraisemblance et ne rend de comptes qu’à la Beauté: en témoignent également les magnifiques dialogues en vers. La photo rougeoyante et la beauté grave de la musique de Michel Magne accentuent le lyrisme de la mise en scène.

Le film est particulièrement bien distribué. José Ferrer insuffle une humanité mélancolique au héros tandis que Jean-Pierre Cassel est un parfait freluquet. Sylva Koscina et Daliah Levi en courtisanes Grand Siècle montrent qu’Abel Gance n’a pas perdu son goût pour les jolies jeunes femmes. Certains seconds rôles sont éminemment savoureux: l’ouverture avec Michel Simon en père handicapé de Cyrano conquiert d’emblée le spectateur.

Tout ça pour dire que, filmé par Abel Gance, Cyrano a mille fois plus de panache que filmé par Jean-Paul Rappeneau.

Don Cesare di Bazan (Riccardo Freda, 1942)

En Espagne au XVIIème siècle, un aventurier déjoue une conjuration indépendantiste manigancée par la France.

Outre quelques facilités d’écriture qui confinent à la niaiserie (la façon dont le héros échappe à son exécution), le principal hiatus entre l’ambition de Riccardo Freda qui était de faire des films d’aventure à la façon des Américains et la relative faiblesse du résultat effectif vient des acteurs qui paraissent pour le moins inappropriés. Comment croire à Gino Cervi dans un rôle à la Tyrone Power? Moi, je n’y arrive pas.

Sous la robe rouge (Victor Sjöström, 1937)

Le cardinal de Richelieu envoie un repris de justice infiltrer la maison d’un conspirateur huguenot.

Le dernier film de Victor Sjöström n’est certes pas un chef d’oeuvre de l’acabit de La lettre écarlate ou du Vent mais il n’est pas indigne de son talent non plus. Le maître n’a pas perdu son sens de la composition visuelle comme en témoigne la beauté harmonieuse d’images par ailleurs éclairées par un tandem de choc: James Wong Howe et George Perinal. Son découpage est plus illustratif que dramatisant; ce qui est une limite. A l’opposé du dynamisme facétieux de Douglas Fairbanks ou Errol Flynn, Sous la robe rouge s’attache à restituer la violence et la dureté de la France de Richelieu. Il n’y a pas vraiment de méchant ou de gentil. On peine d’ailleurs à cerner le héros interprété par Conrad Veidt. Le jeu glacial de l’acteur allemand ne cadre pas avec la nature censément fougueuse du bretteur. C’est un héros dont Raoul Walsh aurait fait son miel mais auquel Sjöström peine à donner vie.

 

Robin des bois (Allan Dwan, 1922)

Un noble anglais parti aux croisades avec son roi revient chez lui sous une autre identité pour déloger un usurpateur.

Cette version accorde plus de temps à la croisade qui est habituellement expédiée sous forme d’une rapide introduction dans les autres films sur le mythique héros. Ici, il faut attendre la moitié du métrage avant que lord Hundington ne revienne en Angleterre et ne se transforme en Robin des bois. D’une façon générale,  le film est long et aurait gagné à être plus concis. Superproduction qui a fait date dans l’histoire du cinéma muet pour le gigantisme de ses décors, Robin des bois montre que la corrélation entre inflation du budget et inflation narrative ne date pas d’hier à Hollywood.

Nonobstant cette relative lourdeur, Robin des bois reste un film d’une prodigieuse vitalité grâce à Douglas Fairbanks. La star, qui a produit et écrit le film, peut ici être considérée comme le véritable maître d’oeuvre. C’est autour d’elle que s’organise la mise en scène et ce n’est pas un hasard si la première partie, celle où Fairbanks ne joue pas encore Robin des bois et donc ne s’en donne pas à coeur joie, n’est guère intéressante. Le sourire large et permanent avec lequel il affronte ses ennemis, sa démarche toujours sautillante, ses cabrioles et ses voltiges expriment un entrain surjoué mais irrésistible et procurent une jouissance éminemment ludique qui renvoie directement à l’enfance. Voir ainsi la cruauté innocente et joyeuse avec laquelle il brise la colonne vertébrale (!!) du méchant.