La fiancée des ténèbres (Serge de Poligny, 1945)

A Carcassone, un compositeur tombe amoureux de la fille adoptive du dernier évêque cathare.

Pour évoquer le mystère de la métempsycose, l’onirisme du voyage dans un espace-temps alternatif et l’horreur d’un culte satanique, il eût fallu un Jacques Tourneur mais c’est Serge de Poligny qui fut choisi. L’ambition était louable mais le résultat est confus et mièvre, confirmant l’infériorité du cinéma français par rapport au cinéma américain en matière de fantastique.

Le miracle des loups (Raymond Bernard, 1924)

Louis XI et Charles le Téméraire se disputent la France.

Seuls d’étonnants détails gores viennent épicer cette fresque académique dont le rythme narratif est particulièrement boiteux. A commencer par la scène éponyme, la platitude des morceaux de bravoure fait pâle figure face au lyrisme merveilleux d’un Stiller ou d’un Griffith.

Le tournoi dans la cité (Jean Renoir, 1928)

Au temps des guerres de religion, un seigneur protestant et un seigneur catholique se disputent une belle catholique.

Commande réalisée dans le cadre du bi-millénaire de la cité de Carcassone, Le tournoi dans la cité est peut-être le meilleur film muet de Jean Renoir. La technique est sûre, les moyens sont là et on peut même déceler en filigrane la personnalité du futur auteur de La règle du jeu.

Le tournoi dans la cité est d’abord une des rares réussites françaises dans le genre de la reconstitution historique. Les enjeux narratifs sont multiples, variés et bien présentés. Il y a certes beaucoup de cartons et la mise en images est parfois illustrative mais le cinéaste trousse avec brio divers morceaux de bravoure dans lesquels découpage et mouvements de caméra insufflent une réelle force dramatique à l’action. Je songe notamment au duel d’anthologie sur les remparts de Carcassone avec l’épéiste italien Aldo Naldi.

La mise en scène de la violence est d’une crudité qui sauve le film de l’académisme et qui pourra étonner le spectateur qui comme moi associait la représentation cinématographique du XVIème siècle au genre, léger et guilleret par nature, du film de cape et épée. Le tournoi dans la cité est un film sanglant et dénué de mièvrerie. Un exemple: après avoir éventré son adversaire, le « héros » essuie sa lame dans les cheveux de la soeur convoitée du macchabée puis l’embrasse de force. Un grand moment de hussard attitude! Qui l’eût cru de ce cher vieux Renoir…

Les caractères sont relativement complexes car non soumis à un vulgaire schéma dramatique. En d’autres termes, difficile de savoir qui est le bon et qui est le méchant. Le héros est d’ailleurs franchement antipathique même s’il n’est pas diabolisé. C’est dans ce regard dénué d’a priori sur ses personnages qu’on a le plus de chances de retrouver la personnalité du réalisateur. « Tout le monde a ses raisons ».

On regrettera simplement le manque de concision du film. Le scénario n’a pas l’efficacité des grands films hollywoodiens de cape et épée. C’est certes parce que l’intrigue et les personnages sont peu conventionnels mais c’est aussi dû à certains moments décoratifs dans lesquels il s’agit plus de faire étalage des nombreux chevaux et des riches costumes qu’a pu se payer la production que de faire avancer le récit. L’attention retombe donc parfois mais Le tournoi dans la cité n’en reste pas moins un bon film ne méritant pas l’oubli dans lequel il est tombé.