L’Ennemi public (Baby face Nelson, Don Siegel, 1957)

Le sanglant itinéraire de Baby Face Nelson.

La trame canonique est sertie dans une mise en scène à l’impeccable sécheresse: parfaite concision du découpage, gestes stylisés des comédiens, contrastes tranchants du noir et blanc, éclatante dureté de la violence. Certes, ces qualités relèvent plus de la perfection d’une usine à polars (la Columbia des années 50) que de l’originalité d’un auteur mais Mickey Rooney, excellent, et Carolyn Jones, bizarrement sexy, insufflent ce qu’il faut d’humanité déréglée au film pour que celui-ci ne se réduise pas une mécanique. Evidemment, le lien entre la violence du psychopathe et son complexe d’infériorité virile reste suggéré, latent, à l’opposé de la lourdeur explicite du Bonnie & Clyde d’Arthur Penn.

 

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Bagarres au King Creole (Michael Curtiz, 1958)

A la Nouvelle-Orléans, un jeune et brillant chanteur est harcelé par le caïd qui tient la quasi-totalité des cabarets de la ville.

Parce que Michael Curtiz, aidé par le grand Russell Harlan qui lui a concocté un noir&blanc aussi chiadé que du temps de la Warner, a su mêler pittoresque sudiste, réalisme social et archétypes du film noir avec son élégance et sa vivacité coutumières, parce que la dureté du marché du travail américain y est évoquée avec une précision surprenante, parce que, juste avant son fatal départ pour l’armée, Elvis y livre des interprétations chaudes, sensuelles et poisseuses de plusieurs chansons devenues des standards, parce que, autour de la star, la part belle est faite à d’excellents seconds rôles en tête desquelles figure Carolyn Jones qui incarne avec une stupéfiante justesse la nostalgie amère de la fille revenue de tout, Bagarres au King Creole s’avère un très bon film.