Le soldat Laforêt (Guy Cavagnac, 1972)

Pendant l’exode de 1940, un déserteur vagabonde dans l’Aveyron…

Plaquage des idéaux soixante-huitards sur la réalité de l’Exode. C’est incongru, bourré d’anachronismes (comme la rencontre finale avec le maquis) et d’un ridicule qui confine à l’obscénité. La grande faiblesse de l’écriture -à la fois étique et confuse- empêche la prise au sérieux des situations dramatiques. Toutefois, le naturel du filmage de Guy Cavagnac -hanté par son maître Jean Renoir- tempère, au niveau du détail de plusieurs scènes, la fausseté de la conception. Le charme capiteux de la trop rare Catherine Rouvel est un atout.

Chair de poule (Julien Duvivier, 1963)

Deux amis serruriers cambriolent un appartement. Cela tourne mal. L’un d’entre eux est arrêté et condamné aux travaux forcés. Il s’évade et se cache dans une station-service de Provence tenu par un homme âgé marié à une jeune et jolie femme…

Loin d’être un chef d’oeuvre, cette seconde adaptation de James Hardley Chase par Julien Duvivier (après L’homme à l’imperméable) est un bon film noir à la française. Ces histoires d’amitié virile contrariée par la femme et le pognon font penser à l’univers de José Giovanni. Dommage que Robert Hossein et Jean Sorel, sans être véritablement mauvais, ne conviennent guère à leurs rôles de malfrats en cavale. En revanche, Lucien Raimbourg (cousin de) exprime parfaitement le bon sens paysan honnête mais un brin retors de son personnage. Et la rare et gironde Catherine Rouvel est une parfaite femme fatale. La mise en scène sobre et efficace de Duvivier a le mérite d’ancrer l’action dans un lieu déterminé (la station-service), ce qui permet de dépasser la platitude des dialogues, la noirceur un brin exagérée et les légers problèmes de rythme d’une histoire un peu longue à se terminer.