L’armée Brancaleone (Mario Monicelli, 1966)

Ayant par hasard récupéré le titre de possession d’un fief, une bande de manants entraîne un chevalier désargenté dans une drôle d’équipée…

L’armata Brancaleone est peut-être le chef d’oeuvre de Mario Monicelli. Pour une fois, le ridicule de ses protagonistes n’apparaît pas comme une mesquine facilité. Est-ce dû au contexte temporel? Le fait est que le mélange de crudité démystificatrice et de fantaisie grotesque de la mise en scène donne une assez juste idée de l’époque représentée et fait de cette comédie un des meilleurs films sur le Moyen-âge. L’épisode de la croisade des gueux avec le leader halluciné qui ne parle qu’en criant est particulièrement bien senti.

Toutefois, L’armata Brancaleone ne serait pas un film très intéressant (ni très courageux) s’il se contentait de brocarder un obscurantisme millénaire. Au-delà de la verve satirique et burlesque qu’ils déploient avec une grande inventivité, Age, Scarpelli et Monicelli savent accorder à leurs personnages une dignité salvatrice. Ainsi Brancaleone, superbement interprété par Vittorio Gassman, est bête mais a le coeur noble. Il se comporte à plusieurs reprise tel Don Quichotte. D’ailleurs, ce récit picaresque qui entraîne les personnages dans différentes aventures -cocasses, effrayantes voire émouvantes- est sans doute le plus parfait équivalent cinématographique à l’absolu chef d’oeuvre de Cervantès (quoique sans la dimension réflexive de sa deuxième partie).

Derrière la dérision, le profond respect des auteurs pour leur matière est également tangible dans la façon dont ils restituent la campagne italienne: ses paysages, ses églises et ses villages ont, mine de rien, rarement été aussi bien filmés. L’équilibre pictural de plusieurs plans participe de la nature profondément classique de cette farce qui, entre autres rares plaisirs, donne l’occasion de voir Gian Maria Volonte nanti d’une coupe de douilles lui donnant des airs à la Régis Laspalès.

Elle est terrible (Luciano Salce, 1962)

Suite à une panne automobile, un ingénieur italien passe du temps avec une bande de jeunes…

Le surplace du récit, la convention superficielle des caractères, les limites du talent de Catherine Spaak, la grossièreté d’une écriture qui abuse des flash-backs bêtement explicitant et la nullité à peu près totale de la mise en scène font que cette comédie italienne est très justement tombée dans l’oubli.

L’amour à cheval (La matriarca, Pasquale Festa Campanile, 1968)

Une jeune veuve découvrant que son mari la trompait allègrement s’initie au libertinage.

Festa Campanile réalisateur, c’est le versant grivois de la comédie italienne. La matriarca est une sorte de catalogue des perversions sexuelles où l’on prend soin cependant de ne pas montrer le moindre téton. Le machisme latin est (très) grossièrement satirisé dans un récit superficiel et assez redondant. L’agréable soupe psychédélique qui sert de bande-son aussi bien que la direction artistique tendance abstrait sont typiques des 60’s. Le réalisateur abuse des effets kitsch (zooms, ralentis) mais il sait garder une distance ironique par rapport aux découvertes de sa candide héroïne. Ainsi lorsqu’elle quitte un jeu de rôles SM au grand désarroi de ses partenaires: « c’est trop ridicule, vous me faites rire ». Cette distance préserve Festa Campanile de la vulgarité qui aurait pu être la sienne avec un tel matériau.