Mademoiselle de Joncquière (Emmanuel Mouret, 2018)

Au XVIIIème siècle, une femme de venge d’un séducteur en le faisant tomber amoureux d’une prostituée.

Le film inutile et chiant par excellence. Cette nouvelle adaptation de Diderot explicite lourdement ce que Bresson évoquait brillamment et est dénuée de l’humour de la narration de Jacques le fataliste. Edouard Baer manque de la distinction requise pour incarner un marquis (quelle piteuse idée que de ne l’avoir pas rasé et cravaté parce qu’il est libertin) et Cécile de France n’est jamais vraiment crédible dans le rôle principal; seule la belle Laure Calamy, dans un second rôle, et la quasi-muette Alice Isaaz arrivent à se coltiner ce texte quasi-impossible (les dialogues de Cocteau pour Les dames du bois de Boulogne étaient bien plus cinégéniques). La joliesse clichetonneuse des images et une bande originale en forme de compilation de musique baroque sont représentatifs d’une esthétique dont le principe essentiel semble être la connivence avec la bourgeoisie culturelle.

Gardiens de l’ordre (Nicolas Boukhrief, 2010)

En marge de leur hiérarchie, deux jeunes flics accusés de bavure infiltrent un réseau de trafic de drogue pour prouver leur innocence.

Nicolas Boukhrief est de loin le plus intéressant des réalisateurs contemporains de polar. Certes, tourner de meilleurs films que ceux d’Olivier Marchal ne fait pas automatiquement de vous un génie du cinéma mais l’ancien rédacteur de Starfix a au moins un chef d’oeuvre à son actif: Le convoyeur qui en 1h30 se montrait plus percutant dans sa représentation de la déliquescence des rapports sociaux en banlieue que l’intégrale de Bertrand Tavernier.

Ce Gardiens de l’ordre est un niveau en dessous du coup de maître de son réalisateur. Sa principale limite est que c’est une oeuvre de pure convention. On n’y retrouve pas les vertus de cristallisation sociale du Convoyeur. Le ton naturaliste du début laisse rapidement la place à un exercice de style dans lequel l’auteur se soucie peu de nuance, de réalisme voire de crédibilité. La vision ultra-pessimiste des rapports entre politique et police est trop caricaturale pour chercher à convaincre. Ce n’est qu’une facilité narrative. Les méchants sont des clichés sur pattes tout droit sortis d’Hollywood Night. A force de rechercher le spectaculaire, la fin verse dans le grand-guignol. D’une manière générale, le film semble manquer de finitions. Les détails du scénario notamment auraient peut-être gagnés à être plus travaillés. Les coutures sont parfois apparentes.

Pourtant, Gardiens de l’ordre reste un polar tout ce qu’il y a de plus prenant. C’est grâce au talent de Boukhrief pour la mise en scène. On retrouve cette ambiance oppressante tissée grâce à un travail unique sur les textures sonores. On retrouve les ruptures de ton savamment ménagées qui font instantanément basculer le récit tout en insufflant une ampleur tragique aux séquences. On retrouve l’efficacité dans la caractérisation des personnages. Quelques notations suffisent à l’auteur. Il ne s’appesantit jamais. L’histoire d’amour en creux de cette descente aux enfers est d’ailleurs ce qu’il y a de plus beau dans le film.

Bref, après l’intéressant mais anémié Cortex, Gardiens de l’ordre, s’il ne témoigne d’aucun renouvellement d’inspiration, nous permet de retrouver un des meilleurs stylistes du cinéma français en pleine possession de ses moyens.