Le passage du Rhin (André Cayatte, 1960)

Après la défaite de 1940, un journaliste et un boulanger sont faits prisonniers et envoyés en Allemagne…

Ce n’est pas un film à thèse car André Cayatte n’y assène nul message. Tout au juste relativise t-il l’ignominie du peuple allemand quinze ans seulement après la fin de la guerre. En revanche, c’est un film dont les personnages et les situations s’avèrent des véhicules à idées et les séquences des prétextes à confrontations morales. Ainsi, la scène d’amour avorté sert à interroger le spectateur sur la conduite du héros: est-ce bien ou pas bien? Le dessein d’ensemble est trop voyant pour ne pas sembler artificiel car la mise en scène manque de détails justes et de vitalité. La direction d’acteurs est particulièrement pataude. La variété des époques, des lieux et des personnages qui aurait pu engendrer une profusion romanesque ne nourrit qu’un récit étriqué, au rythme excessivement lent, où l’opposition des  trajectoires des deux soldats est schématiquement matérialisée par le montage parallèle. Bref: sans cesse la conception préalable du dissertant se fait jour au détriment de la vérité immédiate et sensible de la mise en scène.

La part des lions (Jean Larriaga, 1971)

A la mort de leur père adoptif, un écrivain et un truand organisent un casse pour restaurer la maison de leur enfance.

Jean Larriaga n’a pas laissé son nom dans l’Histoire du cinéma et c’est logique. Molle et approximative, la mise en scène ne compense pas la faiblesse d’un scénario qui recelait pourtant des thèmes intéressants (notamment le lien entre Résistance et pègre d’après-guerre). L’anarchisme amer de la fin émeut par sa dureté et j’aurais aimé que l’ensemble soit mieux. Mais en l’état, La part des lions n’est pas défendable.

Un taxi pour Tobrouk (Denys de La Patellière, 1960)

En 1942 dans le Sahara, quatre soldats français essaient de regagner leur base après avoir capturé un capitaine allemand.

Certains dialogues (de Michel Audiard) sont savoureux mais, excessivement littéraires et théoriques, ils ôtent une bonne part de réalisme à cette démonstration de « l’absurdité de la guerre ». Soumis à une telle écriture théâtrale, le déroulement des péripéties dans le désert n’a pas le naturel des grands films de guerre américains et a quelque chose de scolaire, d’appliqué, voire de prévisible. Les acteurs sont sympathiques mais ils campent des stéréotypes plus qu’ils n’incarnent des humains de chair et de sang. Par ailleurs, la musique redonde souvent.

Les ficelles dramatiques ont beau apparaître parfois, Un taxi pour Tobrouk se regarde cependant avec intérêt.  La mise en scène de Denys de La Patellière, précise et pudique, insuffle une certaine dignité aux personnages. Le réalisateur montre sans appuyer, ne s’appesantit pas et sait se passer de son encombrant dialoguiste. Il y a même quelques beaux éclats, tel le travelling qui recadre les croix au moment du départ. La fin doit sa force inaltérée à sa rapidité (je ne parle pas de la dernière séquence, rajoutée suite aux projections-tests, mais de l’avant-dernière). En somme, il s’agit d’un film honnête, dans tous les sens du terme.