Par la porte d’or (Hold back the dawn, Mitchell Leisen, 1941)

Au Mexique, un Français séduit une jeune institutrice en voyage scolaire pour acquérir la nationalité américaine en l’épousant.

La fusion entre le riche arrière-plan sociopolitique (belle galerie de seconds rôles français) et l’histoire d’amour n’est pas parfaite mais l’évolution dialectique de personnages finement interprétés fait de Par la porte d’or un bien beau film.

L’homme du large (Marcel L’Herbier, 1920)

En Bretagne, un pêcheur voit son fils mal tourner à force d’avoir été complaisant avec lui.

La nouvelle de Balzac a été affadie par l’ajout d’un personnage de grande soeur et par le plaquage du happy end. De plus, les fioritures visuelles de Marcel L’Herbier altèrent l’âpreté de la représentation. Toutefois, la haute tenue technique (les variations d’échelle de plan pendant la séquence de fête m’ont même paru inédites pour 1920) rend l’oeuvre digne d’intérêt car ainsi, on ne s’ennuie pas trop.

Une Parisienne (Michel Boisrond, 1957)

La fille d’un président du conseil s’entiche du directeur de cabinet de son père qui est un invétéré séducteur.

Malgré la présence de Brigitte Bardot, Une Parisienne n’est qu’un très pâle ersatz français de comédie de remariage à cause, en premier lieu, d’une écriture extrêmement paresseuse.

Tumultes (Robert Siodmak, 1932)

A sortie de prison, un mauvais garçon retrouve sa maîtresse qui s’est entichée d’un autre…

Le rythme manque de fluidité et de vivacité mais l’inventivité formelle de Siodmak donne de la hauteur à plusieurs séquences. Je pense notamment au travelling subjectif qui figure l’arrivée du rival chez la jeune femme. Plusieurs plans semblent sortis tout droit d’un film noir américain des années 40.

 

Nina (A matter of time, Vincente Minnelli, 1976)

Une star du cinéma se souvient de sa jeunesse lorsqu’elle était la femme de chambre d’une vieille comtesse…

Morbide célébration de rêves pour jeune fille d’avant-guerre: princes charmants, bijoux et fêtes somptueuses sont censés représenter l’accomplissement d’une vie féminine. La nature prostitutionnelle du modèle incarné par la comtesse est subrepticement évoquée par un vilain personnage d’écrivain « moderne » mais Vincente Minnelli prend soin de prendre finalement et clairement parti pour le « rêve ». En cela, l’artiste est fidèle à lui-même. Malheureusement la société autour de lui, elle, a changé et de ce fait, la nature frelatée du rêve en question saute aux yeux du spectateur. Ainsi cette fin est-elle ridicule de même que les séquences onirico-musicales, laborieux pastiches des morceaux de bravoure de l’époque MGM. Que ce soit comme chanteuse ou comme comédienne, Liza Minnelli n’a pas le talent de sa maman.

C’est en fait dans son versant décadent que Nina convainc le mieux. Ingrid Bergman vieillie plus que de raison mais toujours impériale, la photo sépia et les décors d’hôtel décati insufflent une tonalité viscontienne au début du film. La naissance de la relation entre l’aristocrate et la femme de chambre peut même donner lieu à une touchante poésie (les cris des oiseaux à la fenêtre de la comtesse). Le problème fondamental de l’oeuvre, un problème d’écriture, est que la suite ne fait que ressasser sur un mode lénifiant les idées amorcées dans cette première partie plutôt que de les faire évoluer dans un récit digne de ce nom.

Veillée d’amour (When tomorrow comes, John M.Stahl, 1939)

Un riche pianiste tente de séduire une jeune serveuse syndiquée…

Sorti la même année et réunissant le même couple d’acteurs, When tomorrow comes évoque immanquablement le chef d’oeuvre absolu qu’est Elle et lui. On y retrouve cette noblesse dans l’expression des sentiments qui sublime le mélodrame. Les deux premiers tiers où les protagonistes sont suivis sur une période de moins de 24 heures sont touchants de par l’habileté du scénario à confronter un homme et une femme issus de milieux sociaux opposés. Il est rare de voir une héroïne de film hollywoodien évoquer la lutte des classes. C’est ce que fait le personnage d’Irene Dunne ici et c’est ce qui évite à l’intrigue de tendre vers la niaiserie façon Cendrillon.

Cependant, lorsqu’il s’agit de faire décoller le récit et d’en faire ressentir tout le lyrisme plus ou moins rentré, la froideur routinière du découpage de John M.Stahl, froideur qui pouvait jusqu’ici passer pour de la pudeur, en vient à handicaper la mise en scène et à empêcher When tomorrow comes d’être la grande oeuvre que son début laissait présager. Une fois que le contexte social est évacué, on a trop souvent l’impression d’assister à l’enregistrement d’une pièce de théâtre. Ainsi de la fin, acmé supposée se réduisant en fait à un dialogue filmé en un quasi-unique plan fixe. When tomorrow comes n’en demeure pas moins un joli film, nettement plus réussi que le vague remake de Sirk et idéalement servi par l’interprétation pleine d’élégance de Charles Boyer (en revanche, une actrice plus plébéienne qu’Irene Dunne eût mieux convenu à  la serveuse qu’elle incarne).

The 13th letter (Otto Preminger, 1951)

Remake hollywoodien du Corbeau de Clouzot se passant au Québec.

Ce film méconnu d’Otto Preminger n’est rien de plus que cette phrase qui le résume habituellement dans sa filmographie. C’est même un peu moins que ça puisque le nouvel ancrage québécois n’est quasiment pas exploité même si un carton d’introduction affirme fièrement que le tournage a eu lieu en décors naturels. The 13th letter reprend scolairement chacune des scènes emblématiques de l’original mais, dépourvu de son terreau social, dépourvu de la charge contre une certaine hypocrisie provinciale, dépourvu du cynisme bienveillant de ses auteurs, bref dépourvu de tout ce qui faisait son sel, le chef d’oeuvre de Chavance et Clouzot se trouve ici réduit à une mécanique de scénario parfaitement vaine. Il ne faut pas compter sur les acteurs pour rehausser la platitude du film: Michael Rennie n’a (évidemment) pas le charisme sardonique de Fresnay, Linda Darnell réduit l’inoubliable personnage de Suzy Delair à une conventionnelle amoureuse du héros et Charles Boyer a l’air de s’en foutre. Il n’y a guère que la grande Françoise Rosay qui, dans un rôle secondaire quoique décisif, tire son épingle du jeu.