Le Président Wilson (Henry King, 1944)

La carrière politique de Wilson, professeur d’université devenu président des Etats-Unis.

Tournée en pleine seconde guerre mondiale, cette biographie du président auteur des « quatorze points » peut d’abord apparaître comme un film de propagande interventionniste. De fait: excellemment interprété, riche de notations sur la vie politique U.S au début du XXème siècle, articulant l’intimisme et l’épique avec l’habileté propre aux meilleurs scénaristes hollywoodiens (Lamar Trotti), superbement décoré avec de luxueuses reconstitutions des intérieurs de la Maison-Blanche et du Capitole, chaudement photographié par le fidèle Leon Shamroy et jalonné d’hymnes patriotiques orchestrés par Alfred Newman, Wilson est d’abord une parfaite, magnifique et -en dépit de sa durée de 2h34- assez irrésistible machinerie du producteur Darryl Zanuck qui était un grand admirateur du président. Le lyrisme idéaliste d’une séquence comme le discours de Wilson à la Chambre des représentants pourra arracher des larmes. Le film est d’autant plus fort qu’il fait entendre les arguments, pertinents, des adversaires pacifistes du héros.

Enfin, l’oeuvre est parcouru d’une secrète vibration qui lui insuffle une résonnance plus profonde que le claironnement d’un message patriotico-humanitaire: c’est la récurrence des tentations d’un chef d’état -plus époux idéaliste qu’animal politique- prônant l’engagement de son pays pour la sécurité de l’univers de retourner à un foyer source de bonheur -et de malheur- égoïste. Dans ces évocations mélancoliques, la caméra, toujours pudique et à juste distance, d’Henry King fait merveille.

Plus on est de fous (The more the merrier, George Stevens, 1943)

A Washington D.C, pendant la guerre, à cause de la pénurie de logements, un millionnaire à la retraite loue une chambre à une working-girl.

Très sympathique comédie romantique, portée par la présence de la géniale Jean Arthur, le sens du découpage de Stevens qui sait exploiter l’espace de l’appartement à des fins comiques ou dramatiques ainsi que par l’ancrage dans une réalité pratique et historique très précise (j’ai songé aux comédies de Jacques Becker tournées après-guerre) mais qui, pour plus de vérité émotionnelle, aurait gagné à approfondir les motivations du personnage deus ex-machina joué par Charles Coburn.

Un homme pas comme les autres (Trouble along the way, Michael Curtiz, 1953)

Pour sauver son université de la faillite, un curé embauche un entraîneur de football américain au passé prestigieux. Celui-ci accepte avec d’autant plus d’empressement que, en plein conflit avec son ex-femme pour la garde de sa fille, il veut montrer sa bonne moralité.

Le comportement de l’épouse, trop diabolisée, manque de cohérence et ce qui y a trait constitue la faiblesse d’un récit particulièrement varié dans ses enjeux dramatiques et mené avec tact et fluidité. La relation entre le personnage de John Wayne et sa fille n’y manque pas de tendresse et surprend au regard de l’image de l’acteur.

Mademoiselle et son bébé (Bachelor mother, Garson Kanin, 1939)

Prise pour la mère d’un bébé abandonné, une vendeuse se retrouve à devoir le garder si elle veut garder son emploi.

Le postulat qui, avec le plus grand des naturels, cristallise en quelque sorte une double oppression capitaliste et patriarcale, est prometteur mais l’intrigue fait vite fi de la crédibilité des comportements au profit de rebondissements conventionnels qui émoussent la satire. La mise en scène est trop terne, trop timide, pour transfigurer ces lacunes scénaristiques; David Niven et Ginger Rogers sont sympathiques mais n’ont pas la vitalité comique de Cary Grant et Irene Dunne.