La reine vierge (Young Bess, George Sidney, 1953)

Avant son accès au trône sous le nom de Elizabeth, l’amour tragique d’une bâtarde de Henry VIII pour un brillant amiral.

Le déroulement du drame manque de concision et est trop statique mais le style rend le tout intéressant: l’esthétisme de George Sidney, son goût pour les cadres larges admirablement composés et coloriés, n’empêche pas que son film comporte aussi des scènes d’un lyrisme intense où les cordes de Miklos Rosza sur le si doux visage de Jean Simmons font merveille.

L’île du docteur Moreau (Island of lost souls, Erle C. Kenton, 1932)

Un naufragé se retrouve sur une île où un savant anglais travaille sur des créatures hybrides.

Quoique paraissant aujourd’hui assez conventionnel, cette première adaptation du roman de H.G Wells s’inscrit pleinement dans cette sorte d’âge d’or du cinéma fantastique que fut le début des années 30 à Hollywood. Certes, on n’y retrouve pas la poésie douloureusement humaniste d’authentiques chefs d’oeuvre tels que La fiancée de Frankenstein ou Freaks mais le jeune Charles Laughton fait merveille dans le rôle du maniéré docteur Moreau, les maquillages restent impressionnants, l’atmosphère étrange est bien rendue grâce à la photo et à des personnages originaux et bien caractérisés (la femme-panthère!) et le tout a le mérite, typique de l’époque, d’être concis. Un bon film donc.

Le suspect (Robert Siodmak, 1944)

Dans le Londres du début du XXème siècle, un homme marié à une mégère s’entiche d’une jeune femme adorable. Bientôt, la mégère est assassinée…

Le suspect est un exercice de style dont les coutures sont parfois apparentes (l’inspecteur dont l’acharnement est inexpliqué, les modifications de l’opinion publique suivant les nécessités de l’intrigue au détriment de la vraisemblance) dans la lignée de certains films de Hitchcock. Pour vous donner une idée du genre de film dont il est question, sachez que l’un de ses moments forts est un apéritif avec un cadavre planqué sous le canapé. La mécanique, au fond très théâtrale, est brillamment agencée mais le tout est véritablement transcendé par un dénouement magnifique qui voit se révéler le méchant le plus gentil de l’histoire du cinéma. Ce flou moral donne une passionnante profondeur à l’exercice de style d’autant que les acteurs ont la présence nécessaire pour incarner leurs rôles stéréotypés. Ella Raines est très belle tandis que les manières de Charles Laughton font merveille. Au final, Le suspect peut être considéré comme un des meilleurs films de Robert Siodmak.

Chaussure à son pied (Hobson’s choice, David Lean, 1954)

« Comédie » anglaise sur la confrontation d’un mauvais père avec ses filles qui veulent se marier. Ce fut en son temps un succès (Ours d’or à Berlin notamment). Aujourd’hui, à regarder ce film dépourvu de la moindre fantaisie, on se demande si ce n’est pas le seul prestige de David Lean et Charles Laughton qui a assuré cette gloire -éphémère. Le film est horriblement statique, les gags absents, Laughton cabotine plus qu’il n’incarne. Peut-être est-ce le fait que le film soit l’adaptation d’une pièce qui anémie le style de Lean qui ne se sert jamais des conventions théâtrales pour dynamiser sa mise en scène (à l’instar d’un Lubitsch ou d’un Guitry) mais reste atrocement sérieux tout au long de son film? Ici, l’artifice du studio, de la dramaturgie, saute aux yeux sans que Lean ne songe une seule seconde à en jouer, à s’en amuser, ce qui serait pourtant pertinent dans une comédie. Il est très difficile de croire que les personnages sont faits de chair et de sang malgré le talent évident des acteurs, tous des cadors du théâtre anglais (John Mills est l’un des rares à s’en sortir). Ils ne semblent exister que par leurs répliques.
Chaussure à son pied ou le faux bon film par excellence, le parangon du pire académisme cinématographique.

L’extravagant Mr Ruggles (Ruggles of Red Gap, Leo McCarey, 1935)

Apologue sur le rêve américain vécu par un majordome anglais. Si certains aspects apparaissent un peu caricaturaux aujourd’hui (les yipeeeeee hurlés à tout bout de champ par les cow-boys, la rombière dont on se demande pourquoi l’Américain s’est marié avec…), le film reste un régal. D’abord, la distribution est excellente, dominée par un Charles Laughton des grands jours, irrésistible lorsqu’il s’agit d’exprimer la fierté dans l’obéissance atavique. Ensuite, cette adaptation d’un roman est particulièrement bien écrite, bien rythmée et concise. La foi indéniable en l’Amérique et en ses idéaux est tempérée par des saillies cocasses, notamment sur la légendaire inculture de ses ressortissants (belle scène du discours de Lincoln à Gettysburg récité par Ruggles, ses amis américains étant incapables de s’en rappeler). Peut-être le caractère finalement superficiel des personnages -qui sont avant tout au service de la fable- empêche t-il L’extravagant Mr Ruggles d’atteindre la profondeur émotionnelle des plus grands chefs d’oeuvre de Leo McCarey. Il n’empêche que le couple formé par Charles Laughton et Zasu Pitts est très attachant, notamment parce que pour une fois les amoureux ont des physiques banals, ce sont des gens ordinaires dont l’auteur s’amuse à nous suggérer l’amour, sans jamais les montrer entrain de s’embrasser. Quoiqu’il en soit, encore un classique de la comédie américaine à l’actif de Leo McCarey.