Le lourdaud (The clodhopper, Victor Schertzinger, 1917)

Le fils d’un banquier agricole se dispute avec son père trop sévère et s’en va tenter sa chance à Broadway…

Sobriété robuste des acteurs (Charles Ray est lumineux), simplicité directe du découpage, brio des éclairages, présence des décors naturels, bref le merveilleux classicisme de la facture Triangle insuffle une belle fraîcheur à la première partie qui est une tranche d’americana que n’aurait pas reniée Henry King. Quoique le poncif dramatique qui la sous-tende soit assez envahissant, la suite qui met aux prises le fils enrichi avec son père victime de faillite est menée avec habileté: les conventions sont digérées par une mise en scène réaliste et précise qui dédaigne toute sorte d’excès. Bon petit film.

Un lâche (The coward, Reginald Barker, 1915)

Au commencement de la guerre de Sécession, le fils d’une grande famille sudiste désespère son père en désertant.

La première partie, avec le fils qui signe son engagement sous la menace du revolver de son père, annonce une puissante tragédie psychologique comme les affectionnait Thomas Ince. Le découpage renforce l’intensité dramatique des scènes grâce notamment à une utilisation judicieuse du gros plan et de la profondeur de champ. La suite du récit, avec un conventionnel revirement du lâche, déçoit mais permet à Reginald Barker de déployer tout son talent de cinéaste: courses-poursuites, chevauchées et batailles rangées sont filmées avec une ampleur, une clarté et un dynamisme saisissants. L’acmé est une fusillade dans un salon où les balles éteignent les chandelles: le réalisme le plus brutal permet un contraste dramatique entre la lumière et l’obscurité. C’est grand.