Yamilé sous les cèdres (Charles d’Espinay, 1939)

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Au Liban, une chrétienne tombe amoureuse d’un musulman et ça déplaît fortement à sa famille.

Evidemment, les acteurs français (Charles Vanel, Jacques Dumesnil…) qui interprètent des Orientaux sont un lourd handicap. Au début du film, lorsqu’il s’agit d’exposer la situation, les dialogues de Henry Bordeaux pèchent par excès de généralisation. Pourtant, le fait que le drame s’incarne dans de multiples chevauchées à travers les décors naturels du Liban insuffle une vérité élémentaire qui par ailleurs fait défaut. Le découpage, assuré selon certaines sources par l’opérateur Jacques Vandal, est assez dynamique et la très bonne musique de Marius-François Gaillard apporte le lyrisme sombre nécessaire à la tragédie. Sans qu’il n’y ait de visée documentaire à la Léon Poirier, l’exotisme va ici de pair avec le respect des cultures étrangères. Bref, c’est (un peu) mieux que ce qu’on aurait pu croire.

L’île perdue/La femme du bout du monde (Jean Epstein, 1937)

Sur une île près de l’Antarctique, des marins partis chercher du radium tombent sous le charme d’une femme qui tient un bar avec son mari et son fils.

Une sorte de baudruche filmique. Le film aurait été considérablement mutilé (au point de changer de titre) et cela se voit car toutes les intrigues se résorbent (plus qu’elles ne se résolvent) subitement après environ 50 minutes de projection. Le récit de ces marins qui tombent sous le charme d’une sirène des temps modernes est a priori original et intéressant mais manque singulièrement de substance. De plus, la pauvreté des décors (dont Epstein plasticien ne fait pas grand-chose) va de pair avec la pauvreté narrative et accentue l’abstraction de ce qui nous est montré. La distribution est inégale: Le Vigan en armateur avide nous gratifie d’une composition délectable mais le Parisien Paul Azaïs imite l’Alsacien Pierre Fresnay lorsqu’il imite les Marseillais et ce n’est pas très probant. Néanmoins, La femme du bout du monde garde un certain charme nostalgique, charme qui se matérialise pleinement dans les flash-backs bizarres et folkoriques insérés par Jean Epstein lorsque « la femme du bout du monde » chante des airs bretons.

Le domino vert (Henri Decoin et Herbert Selpin, 1935)

Au moment de se marier, une jeune fille découvre la vérité sur son père bagnard.

Officiellement réalisé par Herbert Selpin et « supervisé » par Henri Decoin, Le domino vert est resté comme le film de la rencontre entre Danièle Darrieux et son célèbre Pygmalion. C’est un des moins bons de leur collaboration. La mise en scène est d’une rare platitude (zéro chanson, ce qui est rare pour un film avec D.D.) et le scénario ne recule devant aucune invraisemblance pour rester dans la convention.

La ferme du pendu (Jean Dréville, 1945)

A la mort de leur père, l’aîné prend en main la ferme familiale et interdit à ses frères de se marier pour ne pas avoir à partager quoi que ce soit.
Ce postulat m’a paru peu réaliste car se marier et faire des enfants fait partie des plans de tout agriculteur un tant soit peu soucieux de faire perdurer son domaine dans le temps. Néanmoins, La ferme du pendu s’avère une bonne chronique rurale. Sans être très originale, la mise en scène est solide et donne du corps au drame. Le décor de la ferme est découpé d’une façon claire, les images de la campagne sont joliment photographiées, les mouvements d’appareil dynamisent judicieusement plusieurs séquences. La dramaturgie est schématique mais la dimension romanesque du récit fait que les personnages ne restent pas prisonniers de leurs stéréotypes. Ainsi, le frère queutard joué par Alfred Adam surprend. Fait rare pour un film français de l’époque: l’avortement est clairement évoqué (pour être condamné sans appel bien entendu). La ferme du pendu est donc un film réussi quoique sa présentation très « la paysannerie pour les nuls » de son sujet -loin de la précision entomologiste d’un Goupi Mains Rouges- limite sa portée. En témoigne le pittoresque parfois caricatural de la composition de Charles Vanel. Une composition néanmoins savoureuse.