Au nom de la loi (Maurice Tourneur, 1932)

L’assassinat d’un  inspecteur entraîne l’enquête de ses collègues dans le milieu parisien.

Au nom de la loi est un film policier à la Française emblématique de son temps. L’évocation de la pègre donne lieu à un pittoresque populiste. Pittoresque qui n’édulcore pas la violence inhérente au genre (voir le siège final). Loin d’être inoubliable, le film est bien fait.

Les pirates du rail (Christian-Jaque, 1937)

L’ingénieur en chef d’une ligne ferroviaire en Indochine affronte une bande de pillards.

Un film d’aventures coloniales assez typique du cinéma français commercial des années 30. La distribution réunit Charles Vanel, Suzy Prim, Erich Von Stroheim, Dalio…Christian-Jaque est aux commandes et fait bien son travail de technicien, on note la vivacité de sa caméra. La vision des Asiatiques est raciste mais d’un racisme franc, assumé et qui n’exclut pas le respect de l’autre. Là où le film apparaît moralement détestable, c’est dans le personnage du métèque mi-juif mi-rital qui s’enrichit sur le dos des nations. Cliché xénophobe bien représentatif de son époque, cliché évidemment incarné par Dalio. Rien que pour avoir permis à cet immense acteur de jouer le  marquis de La Chesnaye, on ne remerciera jamais assez Jean Renoir. Ceci étant dit, Les pirates du rail est un film assez ennuyeux dont le grand tort est de se prendre très au sérieux malgré des personnages caricaturaux. Il manque l’essentiel brin de fantaisie qu’on retrouvait dans les films américains du même registre (disons La charge de la brigade légère).

un texte plus joli que le film

Le ciel est à vous (Jean Grémillon, 1943)

Un des plus beaux films tournés sous l’Occupation.

Un film intéressant à analyser par rapport aux valeurs pétainistes, le film traitant en effet des exploits d’une aviatrice qui est aussi épouse et mère de famille. La communauté provinciale, qui célèbre son héroïne après l’avoir fustigée pour sa non-conformité, est gentiment renvoyée dans sa contradiction. De ce point de vue là, Le ciel est à vous est moins féroce que Le corbeau. Il donne la parole à chacun, aussi bien au couple qui revit sa jeunesse grâce à l’aviation qu’à la grand-mère légitimement effrayée de voir sa fille délaisser sa famille pour flirter avec la mort. C’est une des grandes beautés du film que d’exalter la passion comme moteur du couple tout en montrant ses dommages « collatéraux ». D’une facture superbe, Le ciel est à vous est une conjonction des plus grands talents de l’époque. En dehors, d’une ou deux séquences assez niaises avec les enfants, l’écriture dramatique est d’une finesse implacable. La brochette de seconds rôles (Debucourt en professeur de musique romantique notamment) permet de faire exister d’une fort belle manière l’environnement social du couple. Couple qui reste au centre du film, couple peint avec une justesse remarquable, couple interprété par deux acteurs en état de grâce, les immenses Charles Vanel et Madeleine Renaud qui rendent tangibles la passion et le désarroi des amoureux. Les petits gestes entre les époux sont porteurs de sens et d’émotion, il faut voir par exemple Madeleine Renaud toucher la joue de son mari après son premier envol pour saisir la profonde justesse de la direction d’acteurs de Grémillon.