Smith le taciturne (Whispering Smith, Leslie Fenton, 1948)

Un détective engagé par la compagnie des chemins de fer est partagé entre son sens du devoir et son amitié avec un fermier qu’il soupçonne de cacher les pilleurs de train.

Le scénario présente des personnages intéressants car leurs motivations sont multiples. Il est simplement dommage que le héros, joué par Alan Ladd, soit pur et parfait au delà de toute vraisemblance; cela donne au film un côté niais dont il se serait bien passé (Whispering Smith n’est pas Shane).  De plus, la matière dramatique est intéressante mais le développement narratif est somme toute basique. Il n’y a pas de point de vue donc il n’y a pas de mystère. Un exemple: le fait de voir Robert Preston participer à un braquage enlève de l’intérêt à la scène suivante qui confronte Smith à l’épouse du fermier, tous deux ignorant où est parti Preston et s’interrogeant sur son comportement. Le spectateur, lui, sait déja et s’ennuie. La mise en scène est purement fonctionnelle. Whispering Smith reste tout de même un bon film, représentatif de la santé d’un art d’usine au sommet plus que du style d’un auteur.

Le cheval de fer (The iron horse, John Ford, 1924)

Fresque édifiante sur la construction du chemin de fer américain. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas le meilleur muet réalisé par John Ford. La grandiloquence de l’histoire racontée n’est contrebalancée que par un trio de personnages comiques assez lourdauds. On peut cependant admirer la virtuosité du narrateur qui parvient malgré tout à maintenir un semblant d’intérêt chez le spectateur pendant plus de deux heures grâce à la multiplicité des intrigues et des personnages charriés par le film. Evidemment, chaque personnage pris individuellement est assez peu intéressant car il n’existe jamais au-delà de son basique stéréotype (le cow-boy intrépide, l’homme d’affaire lâche et véreux… ). On peut aussi regretter qu’une dimension politique essentielle de la construction du chemin de fer soit purement et simplement escamotée: le point de vue des Indiens dépossédés de leur terre n’est jamais exposé. Ils ne sont montrés qu’en assaillants permanents (à l’exception des Pawnees, gentils car alliés aux blancs) au cours de séquences redondantes mais indéniablement spectaculaires grâce à l’importance des moyens mis en œuvre. Au milieu de cette superproduction, Ford a tout de même réussi à intégrer une poignée de plans très personnels, donnant chair et sang à des figurants durant quelques secondes (ainsi d’un enterrement à la va-vite criant de vérité).