L’arche (Tang Shu-Shuen, 1968)

Sous les Ming, une veuve respectée par sa communauté doit accueillir un militaire dans sa maison où elle vit avec sa mère et sa fille.

Esthétiquement, le film est le cul entre deux chaises. Soutenu par le beau noir et blanc de Subrata Mitra (directeur de la photographie de Satyajit Ray), la mise en scène appuie sur les éléments qui poétisaient des films comme ceux de Mizoguchi avec un emploi abusif du gros plan (notamment sur des feuilles). Cette lourdeur de l’expression amoindrit justement la poésie. La lenteur soporofique va de pair avec quelques audaces de montage qui préfigurent ce que sera le cinéma de Hong-Kong dix ans plus tard. L’arche n’en demeure pas moins un film globalement académique.

Pagode en flammes/Sur la route de Birmanie (China Girl, Henry Hathaway, 1942)

Film de propagande sur la résistance chinoise. Le début est très bon, avec des péripéties typiques du film d’aventure qui  s’enchaînent sans la moindre graisse, dans le plus pur style Hathaway. De plus, la photo de Lee Garmes est jolie. Malheureusement, la love story conventionnelle est difficilement croyable et la fin emphatique est risible même si spectaculaire au sens le plus primaire du terme. Quant à Gene Tierney, elle est -évidemment- superbe, dans un rôle d’Asiatique similaire à celui qu’elle tenait la même année dans Shanghai Gesture. Un film anecdotique à réserver aux inconditionnels de la belle.

China doll (Frank Borzage, 1958)

Un beau film avec un excellent Victor Mature. La fin est peut-être un peu plus convenue que le reste d’un film qui brille par sa sensibilité. L’acuité du style de Borzage se ressent encore; ainsi de la séquence où Mature allume son briquet pour jauger la fille qu’un père de famille misérable lui propose. L’horreur de la marchandisation des êtres exprimée en un plan.

La grande muraille (The bitter tea of General Yen, Frank Capra, 1933)


Ne pas se fier au titre français d’une affligeante banalité et sans rapport avec l’oeuvre, voici un des films les plus singuliers tournés à Hollywood parmi ceux mettant en scène l’Orient. Il raconte les rapports complexes entre un seigneur de guerre chinois et sa captive, une missionnaire américaine égarée sur le champ de bataille par son fiancé correspondant de guerre.
La représentation de la confrontation entre les deux cultures est particulièrement fine grâce notamment à une écriture digne de L’invraisemblable verité, où les rebondissements révèlent d’une part l’inanité de l’humanisme occidental dans une situation de guerre et d’autre part l’inattendue grandeur d’âme de certains personnages. Le couple d’acteurs, Nils Asther dont le maquillage fait oublier les origines suédoises et Barbara Stanwyck fonctionne parfaitement. La mise en scène est d’une immense élégance. Elle relève d’un art consommé de la nuance, mais d’une nuance qui n’a rien de timoré, une nuance qui est là pour aller au fond des états d’âme les plus complexes. Un exemple: après avoir éconduit par fierté le général, la missionnaire assiste sur son balcon, aux échanges épistolaires d’une jeune servante avec un soldat. Toute l’amertume de la solitude, la faiblesse de coeur qui en découle et finalement la naissance du sentiment amoureux sont clairement évoqués en deux plans.
The bitter tea of General Yen est un film profondément romantique qui, après avoir montré intelligemment le chaos de la guerre civile, prend finalement l’allure d’un songe doucement mélancolique.
Après le cuisant échec de cette histoire d’amour interraciale à gros budget, Frank Capra allait se refaire une réputation grâce aux screwball comedies. On peut légitimement se demander quelle aurait été la carrière du cinéaste si cet atypique joyau, qui apparait aujourd’hui comme un de ses plus beaux chefs d’oeuvre, avait eu le succès qu’il méritait.