Dernier Amour (Léonce Perret, 1916)

Une actrice vieillissante s’entiche d’un jeune réalisateur de cinéma venu tourner dans sa villa.

Le récit a beau pécher par schématisme suranné, les relents incestueux d’une telle relation sont retranscrits avec une certaine justesse notamment dans la scène où Valentine Petit, impeccable dans ce rôle, prépare des crêpes pour son jeune amant. Au sein d’une mise en scène dont la facture souvent théâtrale dénote une régression par rapport aux formidables Mystère des roches de KadorEnfant de Paris et autres Roman d’un mousse (sans que ce primitivisme ne porte forcément préjudice à un canevas qui n’appelait pas la plus grande des virtuosités…), quelques idées cinématographiques se distinguent au premier rang desquelles le panoramique à 360° sur les différents plateaux de la Gaumont s’achevant sur la fiancée abandonnée; en revanche, le symbolisme floral est un peu lourdingue.

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Trois valses (Ludwig Berger, 1938)

Note dédiée à Tom Peeping

Trois générations de comédiennes tombent amoureuses de trois générations de nobles.

Le concept de ce véhicule du couple Yvonne Printemps/Pierre Fresnay est pour le moins fumeux mais un charme superficiel émane des chansons et du découpage dont la saillante mobilité est, dans les deux premiers sketchs, digne de Max Ophuls. Le dernier segment, qui joue la carte du cinéma dans le cinéma, est plus laborieux.

Le gaucho (Dino Risi, 1964)

Un attaché de presse et des actrices vont en Argentine pour défendre l’Italie dans un festival de cinéma. Là, ils rencontrent un immigré qui a fait fortune dans la viande de boeuf.

Partis en Argentine, Ettore Scola et Dino Risi n’ont eu qu’un mois pour écrire le film avant que le tournage ne commence. Cela se ressent tant le récit manque de ligne directrice. Toutefois, si le comique n’est pas aussi brillant qu’il ne le fut avec ces auteurs, plusieurs séquences touchent par leur pudique amertume; c’est le cas de celles avec le personnage de l’ami qui a raté sa vie joué par Nino Manfredi. Ses retrouvailles avec Gassman dans les quartiers populaires et immigrés de Buenos Aires font fortement songer à Nous nous sommes tant aimés, sorti 10 ans plus tard.

L’amour au studio (Max Ophuls, 1932)

A la montagne, pour se débarrasser d’une capricieuse vedette, une équipe de tournage a l’idée d’embaucher une jeune télégraphiste du cru.

Premier long-métrage de Max Ophuls, Die verliebte Firma peut-être considéré comme un brouillon des grandes oeuvres à venir car le thème -la femme et ses illusions- y est mais le style -empesé- n’y est pas du tout.

Crépuscule de gloire (The last command, Josef Von Sternberg, 1928)

Un général russe déchu par la Révolution devient figurant à Hollywood…

Les grandioses images du train plongeant dans le lac glacé sous le regard de Emil Jannings matérialisent somptueusement le drame puissant qui se jouait derrière la reconstitution hollywoodienne de la Révolution russe. La dernière partie qui montre la vérité des émotions au service de et à travers l’artifice est stupéfiante d’intelligence du septième art. Après avoir dérangé par sa lourdeur, le jeu très expressif de Emil Jannings se révèle idéal pour incarner tous les aspects -sociaux, moraux, physiques- de la pathétique déchéance d’un homme qui est au fond le sujet de ce grand film.

Voyage à travers le cinéma français (Bertrand Tavernier, 2016)

Bertrand Tavernier revient sur des cinéastes, des films, des acteurs et des musiciens qu’il a aimés dans le cinéma français des années 30 aux années 70.

Il a ainsi concocté un pendant français aux documentaires de Scorsese sur les cinémas américains et italiens. Son enthousiasme canalisé par ses dons de vulgarisateur fait merveille. Ainsi le début consacré à Jacques Becker est-il remarquable. En quelques minutes d’analyse aussi précise que synthétique, illustrée par une dizaine d’extraits de films, le cinéaste-critique remet à sa juste place l’auteur, connu mais insuffisamment célébré, de Antoine et Antoinette. Avec l’émouvant montage qui clôt ce chapitre, il parvient même à aller au-delà de la pédagogie pour faire oeuvre de poète élégiaque.

La suite est plus inégale. C’est que le nombre relativement faible de films réalisés par Becker rend possible la circonscription de sa filmographie tandis que parler de Renoir, Gabin ou Carné oblige à occulter arbitrairement des pans entiers de l’oeuvre. Ce Voyage à travers le cinéma français a beau durer plus de trois heures (que l’on ne voit pas passer), il laisse quand même une impression d’éparpillement superficiel qui explique certainement l’intention de son auteur de le prolonger dans une série de 14 heures. Espérons qu’il vienne à bout de ce projet.

Par ailleurs, passant de l’oeuvre à l’homme et de l’homme à l’oeuvre au gré de ses humeurs, Tavernier a tendance à digresser. Si les images de Jean-Pierre Melville dans son studio de la rue Jenner sont touchantes de par la relation amicalo-professionnelle qui exista entre Tavernier et lui, quel intérêt y a t-il à rappeler d’un air pincé les lettres où Jean Renoir proposa ses services à Vichy? Quel intérêt si ce n’est déboulonner l’idole à peu de frais (ces lettres étant connues depuis longtemps)? Les casseroles du patron sont-elles vraiment plus lourdes que celle de Carné (qui empoisonnait la nourriture de ses scènes de festin pour que les figurants affamés ne la mangent pas), de Becker (l’ami de Rebatet) ou de Fernandel pour que ce soient les seules à être rappelées sur un ton moralisateur? Je ne suis pas un dévot de Renoir, j’ai moi aussi apprécié le travail de Mérigeau mais cette parenthèse m’est apparu d’autant plus mesquine que l’entreprise de Tavernier se refuse globalement à la polémique*.

Face à un tel documentaire, on peut aussi se demander qui est le public visé. Le « grand public »? Les cinéphiles? En dehors d’une très convaincante apologie des films d’Eddie Constantine, le fait que la plupart des oeuvres citées soient signées par de grands noms incline vers la première catégorie mais je gage que certaines allusions -telle celle au « style UFA » de Curt Courant- ont échappé à la majorité de la salle. A en juger par ses réactions, ces menues incompréhensions n’ont toutefois pas eu l’air de l’empêcher de prendre du plaisir à ce voyage tout comme la présence de documents rares (Henri Decoin parlant de Gabin, une engueulade entre Belmondo et Melville…) ainsi que de pénétrantes analyses de Tavernier (tel sa judicieuse comparaison entre musiciens français et musiciens hollywoodiens) devraient ravir les amateurs les plus pointus.

Bref, l’ensemble est un peu fouillis, forcément, mais donne envie de voir la suite; si Tavernier se laisse aller à encore plus de subjectivité, peut-être que nous aurons là un équivalent filmé à la formidable encinéclopédie de Vecchiali.

*Dans le même ordre d’idées, quoique plus bénin, Tavernier a inséré dans son film un extrait de l’émission où Henri Jeanson clame que c’est lui qui a présenté Louis Jouvet dans Hôtel du Nord à un producteur et un réalisateur ignares. Un rappel comme quoi Drôle de drame est un film de Carné avec Jouvet antérieur à Hôtel du Nord aurait été bienvenu pour rectifier les médisances de la vieille langue de vipère.