Au pays du rêve (Going Hollywood, Raoul Walsh, 1933)

Une jeune professeur de Français quitte son collège rigoriste pour rejoindre son chanteur préféré à Hollywood.

Quelques standards du Great americain songbook sont tout ce qu’il y a à retenir de cette niaiserie.

 

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L’amour au studio (Max Ophuls, 1932)

A la montagne, pour se débarrasser d’une capricieuse vedette, une équipe de tournage a l’idée d’embaucher une jeune télégraphiste du cru.

Premier long-métrage de Max Ophuls, Die verliebte Firma peut-être considéré comme un brouillon des grandes oeuvres à venir car le thème -la femme et ses illusions- y est mais le style -empesé- n’y est pas du tout.

Crépuscule de gloire (The last command, Josef Von Sternberg, 1928)

Un général russe déchu par la Révolution devient figurant à Hollywood…

Les grandioses images du train plongeant dans le lac glacé sous le regard de Emil Jannings matérialisent somptueusement le drame puissant qui se jouait derrière la reconstitution hollywoodienne de la Révolution russe. La dernière partie qui montre la vérité des émotions au service de et à travers l’artifice est stupéfiante d’intelligence du septième art. Après avoir dérangé par sa lourdeur, le jeu très expressif de Emil Jannings se révèle idéal pour incarner tous les aspects -sociaux, moraux, physiques- de la pathétique déchéance d’un homme qui est au fond le sujet de ce grand film.

Voyage à travers le cinéma français (Bertrand Tavernier, 2016)

Bertrand Tavernier revient sur des cinéastes, des films, des acteurs et des musiciens qu’il a aimés dans le cinéma français des années 30 aux années 70.

Il a ainsi concocté un pendant français aux documentaires de Scorsese sur les cinémas américains et italiens. Son enthousiasme canalisé par ses dons de vulgarisateur fait merveille. Ainsi le début consacré à Jacques Becker est-il remarquable. En quelques minutes d’analyse aussi précise que synthétique, illustrée par une dizaine d’extraits de films, le cinéaste-critique remet à sa juste place l’auteur, connu mais insuffisamment célébré, de Antoine et Antoinette. Avec l’émouvant montage qui clôt ce chapitre, il parvient même à aller au-delà de la pédagogie pour faire oeuvre de poète élégiaque.

La suite est plus inégale. C’est que le nombre relativement faible de films réalisés par Becker rend possible la circonscription de sa filmographie tandis que parler de Renoir, Gabin ou Carné oblige à occulter arbitrairement des pans entiers de l’oeuvre. Ce Voyage à travers le cinéma français a beau durer plus de trois heures (que l’on ne voit pas passer), il laisse quand même une impression d’éparpillement superficiel qui explique certainement l’intention de son auteur de le prolonger dans une série de 14 heures. Espérons qu’il vienne à bout de ce projet.

Par ailleurs, passant de l’oeuvre à l’homme et de l’homme à l’oeuvre au gré de ses humeurs, Tavernier a tendance à digresser. Si les images de Jean-Pierre Melville dans son studio de la rue Jenner sont touchantes de par la relation amicalo-professionnelle qui exista entre Tavernier et lui, quel intérêt y a t-il à rappeler d’un air pincé les lettres où Jean Renoir proposa ses services à Vichy? Quel intérêt si ce n’est déboulonner l’idole à peu de frais (ces lettres étant connues depuis longtemps)? Les casseroles du patron sont-elles vraiment plus lourdes que celle de Carné (qui empoisonnait la nourriture de ses scènes de festin pour que les figurants affamés ne la mangent pas), de Becker (l’ami de Rebatet) ou de Fernandel pour que ce soient les seules à être rappelées sur un ton moralisateur? Je ne suis pas un dévot de Renoir, j’ai moi aussi apprécié le travail de Mérigeau mais cette parenthèse m’est apparu d’autant plus mesquine que l’entreprise de Tavernier se refuse globalement à la polémique*.

Face à un tel documentaire, on peut aussi se demander qui est le public visé. Le « grand public »? Les cinéphiles? En dehors d’une très convaincante apologie des films d’Eddie Constantine, le fait que la plupart des oeuvres citées soient signées par de grands noms incline vers la première catégorie mais je gage que certaines allusions -telle celle au « style UFA » de Curt Courant- ont échappé à la majorité de la salle. A en juger par ses réactions, ces menues incompréhensions n’ont toutefois pas eu l’air de l’empêcher de prendre du plaisir à ce voyage tout comme la présence de documents rares (Henri Decoin parlant de Gabin, une engueulade entre Belmondo et Melville…) ainsi que de pénétrantes analyses de Tavernier (tel sa judicieuse comparaison entre musiciens français et musiciens hollywoodiens) devraient ravir les amateurs les plus pointus.

Bref, l’ensemble est un peu fouillis, forcément, mais donne envie de voir la suite; si Tavernier se laisse aller à encore plus de subjectivité, peut-être que nous aurons là un équivalent filmé à la formidable encinéclopédie de Vecchiali.

*Dans le même ordre d’idées, quoique plus bénin, Tavernier a inséré dans son film un extrait de l’émission où Henri Jeanson clame que c’est lui qui a présenté Louis Jouvet dans Hôtel du Nord à un producteur et un réalisateur ignares. Un rappel comme quoi Drôle de drame est un film de Carné avec Jouvet antérieur à Hôtel du Nord aurait été bienvenu pour rectifier les médisances de la vieille langue de vipère.

 

Le meilleur film de Thomas Graals (Mauritz Stiller, 1917)

Un scénariste s’entiche d’une jeune fille mythomane et écrit un film en se basant sur les dires de celle-ci…

Le cinéma dans le cinéma -un motif déjà vu et revu en 1917- est ici source d’inventions formelles au service de la comédie, tel le jeu autour des flash-backs dont les intertitres contredisent l’image, procédé qui exprime drôlement le mensonge du personnage qui raconte. La virtuosité pétulante et mouvementée du style rappelle les comédies d’Allan Dwan à la Triangle. Ainsi, le jeu de Victor Sjöström dans Thomas Graals bästa film est aussi dynamique que celui de Douglas Fairbanks circa 1916. Brillant.

Kenji Mizoguchi, ou la vie d’un cinéaste (Kaneto Shindo, 1975)

La vie de Kenji Mizoguchi racontée par les gens qui l’ont connu.

Plusieurs témoignages, Kinuyo Tanaka notamment, sont évidemment intéressants mais le film est trop long et a tendance à se disperser dans des anecdotes sans intérêt (était-ce nécessaire de garder l’interview du charpentier au montage?). Après avoir vu ce film, un néophyte n’en saura pas beaucoup sur ce qui fait la grandeur de l’oeuvre de Mizoguchi; au contraire par exemple de quelqu’un qui découvrirait John Ford via l’excellent documentaire de Bogdanovich.

La Tierra de los toros (Musidora, 1924)

Le rejoneador Antonio Cañero reçoit la visite d’une productrice de cinéma…

A la fin des années 1910, Musidora s’éprend du rejoneador Antonio Cañero. Pour lui, la star quitte Paris et s’en va vivre en Espagne où elle est accueillie comme une reine. Désormais entichée de la tauromachie et de l’Andalousie, elle fait tourner son amant dans plusieurs films à tonalité plus ou moins didactique. La Tierra de los toros est le dernier d’entre eux. Initialement exploité comme préambule d’un spectacle vivant de sa vedette, le film se tient très bien tout seul et apparaît aujourd’hui comme une merveille d’inventivité.

Avant Guitry, Godard et Moretti, Musidora fut peut-être la première à utiliser le cinéma pour réaliser des essais. En effet, après une longue exposition documentaire où la continuité entre le travail d’un gardien de taureaux en hacienda et l’art de toréer en arène est montrée, la cinéaste met en scène sa rencontre avec Cañero dans un savoureux mélange de fantaisie et d’auto-dérision. Le ludisme est poussé jusqu’à l’introduction d’une variabilité du film en fonction du lieu où il est montré: un carton, inséré au moment où l’héroïne annonce son départ à cause de son prochain engagement, a pour contenu le nom de la salle où la projection se déroule. Ici, Musidora se joue des frontières entre la réalité et l’écran avec la même jubilation qu’un Guitry.

En plus de filmer splendidement les paysages andalous (certains plans avec la cavalière à l’horizon évoquent Ford) et les différents animaux sur lesquels règne le maître de la hacienda, Musidora a signé une oeuvre très amusante dans sa modernité même, reflet limpide d’une personnalité pétulante et enthousiaste qui apparaît comme l’opposé de l’icône monotone et surfaite des Vampires.