Home cargo (Allan Dwan, 1936)

Un journaliste expérimenté et une novice enquêtent sur une filière d’immigration clandestine.

Une fantaisie de traitement qui n’élude pas la noirceur du thème, la souveraine harmonie entre les différentes composantes (comiques, policières, politiques) du récit et l’admirable concision du style insufflent à cette série B un parfum de modeste perfection.

Marché de brutes (Raw deal, Anthony Mann, 1948)

Un homme s’évade de prison avec l’aide d’une fille qui est amoureuse lui mais entraîne dans leur cavale la bourgeoise dont il demeure amoureux.

Aux confins de l’abstraction, la sécheresse formaliste du style force l’admiration mais éloigne quelque peu le spectateur des personnages et des enjeux dramatiques.

 

Hard, fast and beautiful (Ida Lupino, 1951)

Une femme ambitieuse pousse sa fille à devenir championne de tennis…

Hard, fast and beautiful n’est certes pas une tornade dramatique et humaniste comme l’étaient les précédents films d’Ida Lupino: Avant de t’aimer, Never Fear et Outrage. Il a plus à voir avec le réalisme critique de The bigamist. Personne dans les années 50 n’avait filmé les classes moyennes de banlieue avec une telle lucidité. En une poignée de séquences, la réalisatrice révèle avec une tranchante acuité tout ce que l’american way of life charrie de rêves frelatés et de rancœurs malsaines. Mettre à jour la dialectique infinie de la frustration et de l’ambition permet à la cinéaste de garder une certaine hauteur de vue et de préserver son récit des facilités mélodramatiques; en d’autres termes, le personnage de la mère « a ses raisons » et c’est heureux pour la vérité dramatique. La justesse de l’interprétation de Sally Forrest et Claire Trevor concourt également à cette vérité dramatique. Au sein d’un film au découpage plus sage que ses réalisations antérieures, plusieurs plans montrent le génie d’Ida Lupino, un génie de la condensation et de la fulgurance. Outre la célèbre fin, je songe à cette terrible image des deux époux séparés par une tête de lit, la femme se faisant les ongles pendant que l’homme déclare son amour en s’excusant piteusement d’être ce qu’il est.

L’escadron noir (The dark command, Raoul Walsh, 1940)

Un des premiers westerns de série A entrepris après le succès de La chevauchée fantastique en 1939.
Certains aspects sont encore d’une naïveté confondante. Ainsi, le héros joué par un John Wayne encore jeune est un des personnages les moins intéressants de l’oeuvre de Walsh. Il paraît bien fade face à Quantrill, la terreur de la guerre de Sécession présentée ici comme un amoureux désespéré. Ce lettré déçu par ses concitoyens, qui va se perdre en tentant de reconquérir la femme aimée, aurait pu être un bel avatar négatif du héros walshien si sa caractérisation avait été plus soignée. En l’état, son évolution est présentée assez sommairement.
Heureusement, le rythme enlevé de la narration, qui brasse plusieurs périodes (avant et pendant la guerre de Sécession) en 90 minutes, permet de passer un très bon moment. L’importance d’un contexte historique complexe entraîne une variété des enjeux dramatiques et des rôles endossés par les protagonistes (ainsi du frère de l’héroïne, joué par Roy Rogers, tantôt gentil tantôt méchant), variété qui confère un cachet feuilletonesque très agréable à l’histoire racontée. De plus, L’escadron noir comporte son lot de séquences d’action débridées, scènes extraordinaires comme on n’en filmait qu’à cette époque (par exemple, un attelage qui saute d’une falaise dans une rivière). La vivacité du rythme et la mise en scène spectaculaire permettent également de faire accepter au spectateur certains raccourcis scénaristiques un peu grossiers, la fin notamment.
Bref, L’escadron noir est un western de très bonne facture bien qu’assez superficiel du fait notamment de certains conventions narratives mal intégrées à la trame globale.