1 homme de trop (Costa-Gavras, 1967)

Dans les Cévennes, des maquisards délivrent douze prisonniers mais un intrus s’est glissé parmi eux.

1 homme de trop n’est pas un film « sur la Résistance » mais est un film où la Résistance sert de cadre à l’exploitation de recettes d’écriture conventionnelles (le suspense autour de la botte allemande…) et de procédés spectaculaires (le film est une succession de coups de mains) qui nuisent à la crédibilité et à la justesse des situations représentées. De plus, les ambitions « westerniennes » de Costa-Gavras ne sont pas vraiment concrétisées faute de rigueur dans le découpage (l’introduction est d’une lamentable confusion). Les mouvements d’appareil abondent et ne sont pas toujours justifiés mais engendrent parfois des effets intéressants: ainsi du rapide éloignement de la caméra lorsque le camion poursuivi sort de la route de montagne qui étonne tout en précisant la topographie. Bref, 1 homme de trop est une superproduction qui se laisse regarder, notamment parce que son rythme est haletant, mais qui ne joue pas dans la même catégorie que L’armée des ombres.

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Lucky Jo (Michel Deville, 1964)

A sa sortie de prison, un gangster malchanceux se retrouve soupçonné d’un braquage commis par ses anciens complices.

Le mariage entre la fantaisie mélancolique de Michel Deville et la série noire fait merveille. Le cadre du genre canalise l’inspiration du réalisateur et refrène ce sentiment d’arbitraire artificiel qui émane de la majorité de ses films. En dehors d’un ou deux raccourcis, le déroulement du récit garde une certaine logique. Eddie Constantine parfait en gangster fatigué, la musique de Delerue, des trouvailles de mise en scène comme le chien errant et des digressions où l’amitié est filmée comme dans Touchez pas au grisbi sont autant de qualités qui contribuent à faire de Lucky Jo un polar crépusculaire bien plus attachant que les films que Sam Peckinpah a ensuite tournés sur des thèmes analogues.

Rue des prairies (Denys de La Patellière, 1959)

A Ménilmontant, les déboires d’un ouvrier veuf dont les trois enfants arrivent à l’âge adulte.

Il y a un plan parfaitement symptomatique de l’esthétique générale du film. C’est le plan récurrent sur la Tour Eiffel qui précède systématiquement les scènes à Ménilmontant. Alors que je ne sache pas que le fameux monument parisien soit visible d’aussi bas depuis Ménilmuche, ce plan montre bien tout ce que l’aspiration à la rigueur classique peut avoir de velléitaire chez Denys de La Patellière. Si mesure et application empêchent certes Rue des praires de sombrer dans la caricature et permettent à la description familiale de garder un minimum de justesse, force est de constater que le réalisateur illustre laborieusement des clichés plutôt qu’il ne traite en profondeur son sujet, un sujet tout à fait intéressant en lui-même: la confrontation entre un ouvrier fidèle aux principes de sa classe sociale et ses enfants décidés à jouir rapidement de la société de consommation.

Dans ce véhicule pour Jean Gabin customisé par Michel Audiard (dont les dialogues ôtent pas mal de crédibilité à la peinture sociale), les personnages restent prisonniers de leurs rigides stéréotypes. Cette rigidité peut donner lieu à de jolies scènes lorsqu’elle est en adéquation avec des personnages qui font la démonstration de leur intégrité: ainsi la visite de Gabin chez le riche amant de sa fille.

Mais tout ce qui pourrait venir ébranler ces stéréotypes, tout ce qui pourrait venir contredire le propos populiste du film, tout ce qui pourrait complexifier le récit est soigneusement éludé, au risque de faire paraître le scénario infirme. Ainsi lorsque le financier honni engage une avocate pour tirer le père et son fils de leurs ennuis judiciaires, sa conduite montre que son personnage est peut-être un peu plus qu’un vieux richard se payant une prolo. Peut-être sa relation avec la fille de Gabin n’est-elle pas dénuée de sentiments, peut-être alors l’opinion de Gabin (et donc du film) à son endroit pourrait évoluer…Las! Ce n’était qu’une simple astuce scénaristique et le film s’arrête sur le pseudo happy-end de la réconciliation entre le père et le fils, éludant purement et simplement l’histoire de la fille. Rue des prairies est bien un film velléitaire.

La gitane (Philippe de Broca, 1983)

Un banquier voit sa vie bouleversée par la jolie gitane qui a volé sa voiture.

Il y a des hauts et des bas dans l’oeuvre de Philippe de Broca. La gitane est un bas. Il est difficile de passer outre Valérie Kaprisky en gitane, le folklore de pacotille, les seconds rôles réduits à des caricatures, l’indigence des quelques gags. Que reste t-il alors ? Reste le style du cinéaste. C’est à dire l’élégante vivacité de la narration. C’est à dire aussi un ou deux jolis moments dans lesquelles l’aventure fait naître chez ceux qui la vivent la nostalgie d’une jeunesse révolue. C’est peu et c’est beaucoup.

Le grand escogriffe (Claude Pinoteau, 1976)

Un trio d’escrocs minables enlève l’enfant d’un riche mafieux. L’opération réussit mais le bébé de remplacement plait plus a son père que l’original…

Cette comédie policière produite par Philippe de Broca est une sorte d’ersatz de film de de Broca. Il y a certes un mélange plutôt bien équilibré entre comédie, film policier et mélancolie mais les personnages sont superficiels, la mise en scène manque d’envergure, le producteur n’a pas insufflé sa poésie, son regard attendri sur les doux rêveurs. La musique baroque de Georges Delerue, une des ses partitions les plus réussies dans ce style, le cabotinage de Montand et le charme d’Agostina Belli peinent à relever une sauce bien fade.

Les distractions (Jacques Dupont, 1960)


Paul, un journaliste parisien désoeuvré est chargé d’un article sur un malfaiteur qui a tué un policier en s’enfuyant. Il se trouve que le malfaiteur est un ancien camarade de régiment qui a sauvé la vie de Paul en Algérie…Les distractions est un film pleinement ancré dans la Nouvelle Vague telle que l’a définie Françoise Giroud en 1957 dans la mesure où c’est un film sur la jeunesse branchée de l’époque vu par un « jeune » (moins de quarante ans) cinéaste. Jolies filles, décapotables, fêtes sur les Champs-Elysées…le film raconte en fait l’histoire d’un jeune homme superficiel et amoral que l’expérience de l’amitié rendra un peu moins con. Son personnage n’est pas aussi intéressant que celui de Silien dans Le doulos mais Belmondo est très bien dans ce rôle. C’est filmé sans génie mais au sein d’un ensemble convenu, il y a quelques passages frappants comme le plan furtif où le fuyard mange dans une auge.

Détective (Jean-Luc Godard, 1985)

Saboter son intrigue, briser la continuité des séquences, user des écrans noir, désynchroniser le son…ça pouvait passer pour de l’inventivité dans les films pop des années 60, des films qui en dépit de ces artifices de petit malin, respiraient l’envie et l’amour du cinéma. Vingt ans après, ce ne sont que les tics auto-complaisants d’un génie fâné, plus intéressant lors de ses apparitions médiatiques que lorsqu’il réalise des films.