La dangereuse aventure (No time for love, Mitchell Leisen, 1943)

Une photographe réputée tombe amoureuse d’un perceur de tunnel rencontré lors d’un reportage.

Une comédie américaine typique, avec son histoire d’amour entre un homme et une femme diamétralement opposés racontée avec une pétillante précision ainsi que ses dialogues spirituels et bien envoyés par une Claudette Colbert pleine d’entrain. C’est très plaisant, à l’exception du dernier acte qui manque de la plus élémentaire des vraisemblances et qui tire un chouïa en longueur.

Adieu jeunesse (Remember the day, Henry King, 1941)

Une institutrice rencontre un de ses anciens élèves candidat à la présidence des Etats-Unis. Elle se souvient…

Un très joli film. Ce qui n’aurait pu être qu’une insignifiante bluette est un film sensible et délicat. Grâce à la justesse des comédiens et à la pudeur de son style, Henry King évite les écueils (niaiserie, sensiblerie…) dans lesquels un autre que lui aurait pu tomber. Ainsi, ce fameux chantre de l’americana nuance sa célébration de la communauté yankee en confrontant les amours de son héroïne aux ragots et aux préjugés puritains. La chronique recèle aussi ses moments de cruauté. La détresse du garçon amoureux de son institurice, le destin du jeune mari à la première guerre mondiale…Ces moments sont mis en scène sans fard mais avec tact. Ils se fondent dans le tout et n’entravent finalement pas l’optimisme de l’oeuvre. Quintessence de l’art d’Henry King, Remember the day a le charme d’une vignette nostalgique sans en avoir la fausseté car il ne manque jamais de vie.

The Palm Beach story (Preston Sturges, 1942)

La charmante épouse d’un architecte raté décide de plaquer son mari qui va tenter de la reconquérir.

The Palm Beach story est donc une classique comédie de remariage. Un peu trop classique. La convention n’y est que rarement dépassée. L’inhabituelle vérité érotique du début cède rapidement la place au déroulement convenu d’une intrigue analogue à celle de Cette sacrée vérité. Certes, rarement dans la comédie américaine la dimension matérialiste du couple aura été évoquée aussi explicitement mais Sturges passe à côté de ce sujet à cause d’une résolution du drame facile et attendue.

Son film est cependant de très bonne facture. Il est drôle, enlevé, mouvementé, divertissant. Si le couple qu’elle forme avec le terne Joel McCrea n’est pas des plus étincelants, Claudette Colbert, égale à elle-même, ne manque pas d’entrain. Les penchants loufoques de l’auteur sont tantôt réjouissants (la scène de chasse dans le train), tantôt poussifs (le personnage de Toto). Preston Sturges est un virtuose qui sait emballer son affaire mais faute d’une réelle attention aux personnages et au sujet, son film n’a pas la profondeur émotionnelle des chefs d’oeuvre de Hawks, McCarey, Capra ou Lubitsch. Bref, The Palm Beach story est une comédie mineure mais plaisante.

Le lieutenant souriant (Ernst Lubitsch, 1931)


Brillante comédie basée sur une opérette de Leopold Jacobson et Felix Dormann. C’est drôle, pétillant et plein de métaphores sexuelles. C’est du pur Lubitsch. Il faut voir la séquence qui lance l’intrigue, où des regards mal perçus entraînent les quiproquos. Le comique nait d’un montage magistral. Maurice Chevalier est particulièrement à son aise dans le rôle de ce lieutenant jouisseur. Son jeu, basé sur une perpétuelle complicité avec le public, est comme une ébauche de son travail sur le chef d’oeuvre tourné l’année suivante: Une heure près de toi, où ses adresses à la caméra sont restées dans les annales.
Enfin, la fantaisie laisse poindre une émotion inattentue lorsqu’à la fin, les auteurs se servent des impératifs conventionnels pour magnifier le personnage de Claudette Colbert et approfondir le récit. L’élégance de ce Lieutenant souriant est décidément infinie.

La baronne de minuit (Midnight, Mitchell Leisen, 1939)

Une excellente screwball-comedy, réalisée par l’équipe A de la Paramount: Wilder/Brackett au scénario, Claudette Colbert et Don Ameche devant la caméra, Mitchell Leisen derrière. La baronne de minuit est, comme beaucoup de pépites du genre, un film tranquillement mais sûrement subversif, un de ces films qui, en nous présentant des personnages d’aventurière éminemment sympathique, en mettant en scène de façon très gaie et jamais vulgaire des personnages immoraux, véhiculent un idéal de femme libre, sûre d’elle et surtout n’hésitant pas à jouer de ses atouts naturels pour arriver à ses fins, bref une vision à l’opposé des normes sociales ayant toujours court. Ce évidemment sans verser une seule seconde dans le pamphlet féministe grâce à la divine légèreté de l’écriture comme de la mise en scène. Claudette Colbert a su incarner mieux que personne ces femmes déterminées (aussi bien dans les comédies que dans Imitation of life de Stahl, un mélo), sans le coté androgyne d’une Katharine Hepburn.