La ville sous le joug (The vanquished/The gallant rebel, Edward Ludwig, 1953)

Après la guerre de Sécession, le fils d’une grande famille sudiste retourne dans sa ville natale, accaparée par un « administrateur » appointé par le gouvernement fédéral.

Plus que l’expression d’un propos politique, ce contexte historique incertain permet à Edward Ludwig d’exploiter sa verve romanesque en se délectant des trahisons, infiltrations et autres retournements de situation. A l’exemple de l’amoureuse pressée d’arriver, les opposants au héros ne sont nullement caricaturés mais présentés avec une certaine justesse. Comme d’habitude, John Payne est excellent. Bref, même s’il contient plus de parlotte que d’action, La ville sous le joug est un bon petit western.

Quand les tambours s’arrêteront (Apache drums, Hugo Fregonese, 1951)

Une petite ville isolée est menacée par les Apaches.

Dernier film produit par Val Lewton (La féline, Vaudou, La septième victime…), Quand les tambours s’arrêteront jouit d’un certain prestige chez les amateurs de western. Il est vrai qu’il réunit les qualités propres aux meilleures séries B: subversion des codes du genre, évidence de l’exposition, rapidité de la narration, richesse des enjeux dramatiques, efficacité de la mise en scène. Qualités dont Hollywood a malheureusement perdu le secret depuis bien longtemps, l’inflation des budgets ayant entraîné l’inflation narrative.

Par ailleurs, l’influence du génial producteur se fait sentir dans une première partie ayant plus à voir avec le film d’horreur qu’avec le western. La gradation de la menace indienne est subtile. Les auteurs s’intéressent aux effets des attaques et non aux attaques elles-mêmes. L’essentiel de l’action a donc lieu hors-champ, ce qui permet de se focaliser sur les réactions des villageois tout en stimulant l’imagination du spectateur. A ce titre, il est dommage qu’une poignée de contrechamps déplacés percent le mystère un peu trop tôt.

La seconde partie, qui voit tous les survivants retranchés dans l’église affronter des guerriers apaches sortis d’un cauchemar, brille par son inventivité plastique. Le réalisateur argentin cristallise la terreur guerrière dans de saisissants tableaux façon Goya en Technicolor mordoré.

Bref, Quand les tambours s’arrêteront ne manque ni d’originalité ni d’intérêt. Pourtant, je n’y ai pas vu un chef d’oeuvre de la série B, un film de l’acabit des classiques d’Allan Dwan ou Budd Boetticher. La faute à plusieurs conventions mal digérées par les auteurs. La réconciliation des rivaux sous le feu de l’ennemi, l’arrivée deus ex-machina de la cavalerie…jurent avec l’ensemble. Il faut dire que les acteurs de deuxième ordre n’aident pas à incarner ces clichés.

Ainsi, sans prétendre au statut de chef d’oeuvre, Quand les tambours s’arrêteront est un très bon film.

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Le quatrième homme (Kansas city confidential, Phil Karlson, 1952)

Un conducteur de camion est injustement accusé d’avoir pris part à un hold-up. Décidé à se venger et à laver tout soupçon, il infiltre le gang…

De la même trempe que The lineup, Kansas city confidential fait partie des petits classiques du polar américain. C’est un film noir sec, violent, très violent, à l’intrigue maline. A l’exception des séquences de romance dans lesquelles Phil Karlson se montre moins à l’aise que dans l’action, c’est mis en scène à la perfection, sans une once de graisse. La distribution qui regroupe John Payne, Lee Van Cleef -dont le profil d’aigle, est en quelque sorte le résumé du film: sec, tranchant, acéré-, Neville Brand, et Jack Elam est un joli panel de durs à cuire hollywoodiens.

Il manque simplement une part d’affect, d’imprévu, quelque chose qui sortirait les personnages d’une dramaturgie essentiellement mécanique. Comme en témoigne l’absence d’unité de point de vue, Kansas city confidential est un film sur un processus -certes enrayé- avant d’être un film sur des individus de chair et de sang. C’est ce qui explique qu’il ait été repris, adapté, distordu, amplifié par des petits malins post-modernes (c’est une des sources d’inspiration principales de Resevoir dogs), c’est ce qui l’empêche aussi d’atteindre la grandeur de chefs d’oeuvre tels que Le port de la drogue ou Détour.