Bethsabée (Léonide Moguy, 1947)

Dans un poste militaire d’Afrique du Nord, l’arrivée de la fiancée d’un officier trouble le mess en réveillant des passions enfouies.

Une intrigue aussi inextricable que celle de Bethsabée aurait nécessité un traitement plus distant de façon à tirer le film vers la tragédie mais la vulgarité totale et veule de Léonide Moguy, qui va jusqu’à ôter à Danielle Darrieux sa grâce naturelle, l’abaisse dans une mièvrerie impossible.

Publicités

Un de la légion (Christian-Jaque, 1936)

Après avoir été entraîné par un truand à boire des pastis, un Marseillais récemment marié est envoyé dans la légion étrangère.

Amusante comédie de propagande sur un brave type à la botte de sa femme devenant « un homme, un vrai » une fois à la légion qui repose essentiellement sur Fernandel, ici génial. Les inflexions dramatiques du récit sont étonnantes mais quelque peu appuyées.

Amours exotiques (Léon Poirier, 1925)

Deux moyens-métrages sur l’Afrique :

  1. Zazavavindrano, adaptation d’une légende malgache qui voit deux jeunes amoureux dont l’union est empêchée par leurs parents car elle n’est pas fertile.
  2. L’Eve africaine, documentaire sur la femme dans différentes sociétés africaines.

Léon Poirier se comporte ici en digne émule de Robert Flaherty. Son talent naturel pour le cadrage et la captation de la lumière donne une présence sensible aux éléments de la légende. Les plans superbement éclairés où l’on voit les deux jeunes amoureux batifoler au bord de l’eau annoncent clairement Tabou. Quoique Poirier ait par ailleurs tourné plusieurs films à la gloire de l’Empire français (Amours exotiques est un projet parallèle à La croisière noire), les peuples indigènes et leurs coutumes sont ici filmés avec le respect d’un ethnologue. S’il y a un personnage hors-champ dans ces deux moyens-métrages, c’est bien l’homme blanc. Dans le second, on notera le respectueux génie avec lequel les danseuses exotiques sont filmées. Rarement film muet avait donné une telle impression musicale. Bref, Amours exotiques est à voir si vous en avez l’occasion.

Black Jesus (Seduto alla sua destra, Valerio Zurlini, 1968)

Dans un pays colonisé d’Afrique, le calvaire d’un leader indépendantiste pacifiste.

C’est une allégorie christique de gauche évidemment insupportable sur le papier (on songe à Dieu est mort, le pire ratage de Ford). Néanmoins, force est de constater que la mise en scène de Zurlini sauve quelques meubles. Le parti-pris d’épure bien tenu, l’élégante concision du découpage, le lyrisme mesuré de plusieurs plans et l’écrasant charisme de Woody Strode donnent une certaine puissance évocatrice à la fable en dépit du grossier manichéisme de ses ressorts dramatiques. Pas si mauvais.

Les cinq gentlemen maudits (Julien Duvivier, 1931)

Cinq hommes en vacances au Maroc maudits après avoir troublé une cérémonie religieuse meurent chacun leur tour.

Un film d’aventures exotiques d’une légèreté et d’une folie assez inhabituelles chez Julien Duvivier dont la forme, encore très marquée par l’esthétique du cinéma muet, a beaucoup vieilli et apparaît parfois décorrélée de l’action représentée.

Timbuktu (Jacques Tourneur, 1959)

Au Soudan français, pendant un soulèvement des autochtones, un mercenaire américain joue un trouble jeu avec le commandant de la garnison, son épouse et le chef des rebelles.

La convention du film d’aventures coloniales est détournée par un script intelligent qui rend incertaines les motivations des principaux protagonistes. Une multitude d’enjeux (patriotiques, économiques et amoureux) pèsent sur leurs décisions. Les personnages y gagnent une densité humaine tout à fait inhabituelle. Leur vérité psychologique va de pair avec une certaine grandeur romanesque exprimée à travers plusieurs actions surprenantes. Yvonne de Carlo est magnifique et les yeux de cocker de Victor Mature insufflent une tristesse bienvenue à son personnage de mercenaire désabusé. Comme il en a l’habitude, la petitesse de son budget est retournée par le cinéaste à son avantage: beauté nue des cadres, épure du découpage, génie de la fulgurance. Pour s’en convaincre, voir ne serait-ce que l’excellente ouverture.
Bref: Timbuktu est une superbe réussite de Jacques Tourneur.