L’aventurier (Maurice Mariaud et Louis Omont, 1924)

Après avoir fait fortune aux colonies, un homme revient dans la famille qui l’a chassé.

Le film débute brutalement en plongeant le spectateur dans une violente séquence de siège mais la suite ressort du plus médiocre drame sentimental, artificiellement étiré avec des rebondissements plus nuls les uns que les autres. Le tout au service d’un propos colonialiste des plus simplistes. J’ai l’impression que Maurice Mariaud a tenté de se départir d’un matériau consternant en ajoutant des extérieurs exotiques et mouvementés, en jouant -timidement- sur la profondeur de champ et la lumière dans les séquences d’intérieur et en mâtinant de flashbacks la narration mais tout ça ne suffit pas à rendre intéressants l’intrigue et les personnages de la pièce de Alfred Capus.

L’homme du Niger (Jacques de Baroncelli, 1939)

Au Niger, un ingénieur qui voulait entreprendre de grands travaux d’irrigation disparaît avec l’aide de son ami médécin lorsqu’il apprend qu’il a attrapé la lèpre.

Derrière le mélo colonial à l’écriture souffreteuse (théâtral et mal construit), il y a un étonnant et digne mélo homosexuel. Les séquences entre Harry Baur et Victor Francen sont d’une belle force émotionnelle.

Le secret du cargo/L’énigme du poignard (Maurice Mariaud, 1929)

En Algérie, un détective enquête sur l’enlèvement d’une artiste de music-hall…

Entre Tintin (le héros pur et dégingandé en pantalon de golf) et Rintintin (son fidèle acolyte n’est pas un fox-terrier mais un berger allemand), ce film policier qui se transforme en film d’aventures coloniales ne manque pas d’originalité dans le contexte du cinéma français de la fin des années 20. Le rythme de la narration aurait gagné à être plus rapide mais l’oeuvre n’est pas avare en extérieurs algériens qui donnent une touche documentaire légère et bienvenue au divertissement. Dynamique et désertique, la dernière partie culmine dans un duel sur les rochers parfaitement découpé où Maurice Mariaud s’avère plus proche de Anthony Mann qu’aucun des auteurs français contemporains régulièrement distingués comme tel par la critique parisienne. Sympathique.

La croix du sud (André Hugon, 1931)

Une jeune fille partie avec son père anthropologue dans le Sahara est enlevée par des pillards du désert…

La croix du sud est un film assez typique de André Hugon dans la mesure où l’ambition est aussi visible que mal concrétisée. C’est un mélange de film d’aventures et de documentaire. Quoique essentiellement folklorique (mais respectueux), l’aspect « documentaire » demeure le plus intéressant notamment grâce à une utilisation originale du commentaire textuel, hérité du cinéma muet, sur les images de la fiction. Un découpage pour le moins incertain nuit à l’intensité dramatique recherchée par ailleurs mais il y a quelques plans pas mal.

Bethsabée (Léonide Moguy, 1947)

Dans un poste militaire d’Afrique du Nord, l’arrivée de la fiancée d’un officier trouble le mess en réveillant des passions enfouies.

Une intrigue aussi inextricable que celle de Bethsabée aurait nécessité un traitement plus distant de façon à tirer le film vers la tragédie mais la vulgarité totale et veule de Léonide Moguy, qui va jusqu’à ôter à Danielle Darrieux sa grâce naturelle, l’abaisse dans une mièvrerie impossible.

Un de la légion (Christian-Jaque, 1936)

Après avoir été entraîné par un truand à boire des pastis, un Marseillais récemment marié est envoyé dans la légion étrangère.

Amusante comédie de propagande sur un brave type à la botte de sa femme devenant « un homme, un vrai » une fois à la légion qui repose essentiellement sur Fernandel, ici génial. Les inflexions dramatiques du récit sont étonnantes mais quelque peu appuyées.

Amours exotiques (Léon Poirier, 1925)

Deux moyens-métrages sur l’Afrique :

  1. Zazavavindrano, adaptation d’une légende malgache qui voit deux jeunes amoureux dont l’union est empêchée par leurs parents car elle n’est pas fertile.
  2. L’Eve africaine, documentaire sur la femme dans différentes sociétés africaines.

Léon Poirier se comporte ici en digne émule de Robert Flaherty. Son talent naturel pour le cadrage et la captation de la lumière donne une présence sensible aux éléments de la légende. Les plans superbement éclairés où l’on voit les deux jeunes amoureux batifoler au bord de l’eau annoncent clairement Tabou. Quoique Poirier ait par ailleurs tourné plusieurs films à la gloire de l’Empire français (Amours exotiques est un projet parallèle à La croisière noire), les peuples indigènes et leurs coutumes sont ici filmés avec le respect d’un ethnologue. S’il y a un personnage hors-champ dans ces deux moyens-métrages, c’est bien l’homme blanc. Dans le second, on notera le respectueux génie avec lequel les danseuses exotiques sont filmées. Rarement film muet avait donné une telle impression musicale. Bref, Amours exotiques est à voir si vous en avez l’occasion.

Black Jesus (Seduto alla sua destra, Valerio Zurlini, 1968)

Dans un pays colonisé d’Afrique, le calvaire d’un leader indépendantiste pacifiste.

C’est une allégorie christique de gauche évidemment insupportable sur le papier (on songe à Dieu est mort, le pire ratage de Ford). Néanmoins, force est de constater que la mise en scène de Zurlini sauve quelques meubles. Le parti-pris d’épure bien tenu, l’élégante concision du découpage, le lyrisme mesuré de plusieurs plans et l’écrasant charisme de Woody Strode donnent une certaine puissance évocatrice à la fable en dépit du grossier manichéisme de ses ressorts dramatiques. Pas si mauvais.

Les cinq gentlemen maudits (Julien Duvivier, 1931)

Cinq hommes en vacances au Maroc maudits après avoir troublé une cérémonie religieuse meurent chacun leur tour.

Un film d’aventures exotiques d’une légèreté et d’une folie assez inhabituelles chez Julien Duvivier dont la forme, encore très marquée par l’esthétique du cinéma muet, a beaucoup vieilli et apparaît parfois décorrélée de l’action représentée.

Timbuktu (Jacques Tourneur, 1959)

Au Soudan français, pendant un soulèvement des autochtones, un mercenaire américain joue un trouble jeu avec le commandant de la garnison, son épouse et le chef des rebelles.

La convention du film d’aventures coloniales est détournée par un script intelligent qui rend incertaines les motivations des principaux protagonistes. Une multitude d’enjeux (patriotiques, économiques et amoureux) pèsent sur leurs décisions. Les personnages y gagnent une densité humaine tout à fait inhabituelle. Leur vérité psychologique va de pair avec une certaine grandeur romanesque exprimée à travers plusieurs actions surprenantes. Yvonne de Carlo est magnifique et les yeux de cocker de Victor Mature insufflent une tristesse bienvenue à son personnage de mercenaire désabusé. Comme il en a l’habitude, la petitesse de son budget est retournée par le cinéaste à son avantage: beauté nue des cadres, épure du découpage, génie de la fulgurance. Pour s’en convaincre, voir ne serait-ce que l’excellente ouverture.
Bref: Timbuktu est une superbe réussite de Jacques Tourneur.

The black watch (John Ford, 1929)

Le capitaine King de l’armée britannique part en Inde alors que commence la Première guerre mondiale, passant pour un lâche aux yeux de ses camarades. En réalité, il est en mission secrète pour libérer des soldats britanniques détenus dans cette région…

Le début est typiquement fordien avec départ de soldats à la gare, chants collectifs et adieux des épouses. C’est assez réussi malgré la lenteur inhérente à ces tout-débuts de cinéma parlant. Après le départ en Inde, le scénario vire au grand n’importe quoi et le jeu excessivement solennel des acteurs achève de faire de The black watch un véritable navet. A noter que plusieurs scènes de dialogue n’ont pas été dirigées par Ford mais par le comédien Lumsden Hare.

Le bled (Jean Renoir, 1929)

Un Parisien va retrouver son oncle qui a fait fortune en Algérie dans le but de lui emprunter de l’argent. Sur le bateau, il rencontre une jeune héritière…

Cette commande du gouvernement français pour célébrer le centenaire de la conquête de l’Algérie est peut-être le pire film de Jean Renoir. Oh, il ne s’agit pas de s’indigner benoîtement devant le propos évidemment colonialiste de l’entreprise! Celui-ci ne fait que confirmer la terrifiante facilité avec laquelle le futur réalisateur de La vie est à nous et de Vivre libre! adaptait son style à l’idéologie requise par le moment.

Les séquences qui voient des soldats débarquer tandis que l’oncle se lance dans un éloge passionné du « rôle positif de la colonisation » devant un neveu citadin donc superficiel qui ne comprend pas que le travail, il n’y a que ça de vrai, sont d’ailleurs les passages les plus intéressants du film d’un point de vue strictement formel. Comme les scènes de duel du Tournoi dans la cité (film de commande précédent par ailleurs autrement plus intéressant), elles montrent la maîtrise qu’a atteint Renoir dans ces dernières années du cinéma muet.

Simplement, l’histoire racontée est parfaitement inepte. Jamais les personnages n’existent en dehors du rôle que leur a assigné une intrigue convenue et débile. Qui plus est, Le bled n’a même pas le mérite de la concision narative. A la fin, le héros n’en finit pas de courir après le méchant dans le désert. Il s’agit d’un film de prestige donc il faut les voir en voiture, en chameau, à pied, à cheval, avec la caméra qui bouge dans tous les sens. Las! Cette interminable course-poursuite achève l’indulgence du spectateur de 2010.

Beau geste (William Wellman, 1939)

Trois frères adoptés par une riche Lady fuient la demeure dans laquelle ils ont grandi lorsque le saphir de leur bienfaitrice est dérobé par l’un d’entre eux. Ils  s’engagent dans la Légion étrangère…

Un beau film d’aventures classique avec de grands sentiments et de belles images. C’est très bien cadré mais ça ne tombe jamais dans l’imagerie. Ca sent la sueur et le sable chaud. Les passages avec le sergent sadique qui cumule tous les vices du monde auraient peut-être gagné à être supprimés car ils éloignent l’oeuvre de sa thématique sur l’honneur et la fidélité fraternelle mais ça reste un film d’excellente facture, une des références du genre.

Les pirates du rail (Christian-Jaque, 1937)

L’ingénieur en chef d’une ligne ferroviaire en Indochine affronte une bande de pillards.

Un film d’aventures coloniales assez typique du cinéma français commercial des années 30. La distribution réunit Charles Vanel, Suzy Prim, Erich Von Stroheim, Dalio…Christian-Jaque est aux commandes et fait bien son travail de technicien, on note la vivacité de sa caméra. La vision des Asiatiques est raciste mais d’un racisme franc, assumé et qui n’exclut pas le respect de l’autre. Là où le film apparaît moralement détestable, c’est dans le personnage du métèque mi-juif mi-rital qui s’enrichit sur le dos des nations. Cliché xénophobe bien représentatif de son époque, cliché évidemment incarné par Dalio. Rien que pour avoir permis à cet immense acteur de jouer le  marquis de La Chesnaye, on ne remerciera jamais assez Jean Renoir. Ceci étant dit, Les pirates du rail est un film assez ennuyeux dont le grand tort est de se prendre très au sérieux malgré des personnages caricaturaux. Il manque l’essentiel brin de fantaisie qu’on retrouvait dans les films américains du même registre (disons La charge de la brigade légère).

un texte plus joli que le film