Le secret du cargo/L’énigme du poignard (Maurice Mariaud, 1929)

En Algérie, un détective enquête sur l’enlèvement d’une artiste de music-hall…

Entre Tintin (le héros pur et dégingandé en pantalon de golf) et Rintintin (son fidèle acolyte n’est pas un fox-terrier mais un berger allemand), ce film policier qui se transforme en film d’aventures coloniales ne manque pas d’originalité dans le contexte du cinéma français de la fin des années 20. Le rythme de la narration aurait gagné à être plus rapide mais l’oeuvre n’est pas avare en extérieurs algériens qui donnent une touche documentaire légère et bienvenue au divertissement. Dynamique et désertique, la dernière partie culmine dans un duel sur les rochers parfaitement découpé où Maurice Mariaud s’avère plus proche de Anthony Mann qu’aucun des auteurs français contemporains régulièrement distingués comme tel par la critique parisienne. Sympathique.

La croix du sud (André Hugon, 1931)

Une jeune fille partie avec son père anthropologue dans le Sahara est enlevée par des pillards du désert…

La croix du sud est un film assez typique de André Hugon dans la mesure où l’ambition est aussi visible que mal concrétisée. C’est un mélange de film d’aventures et de documentaire. Quoique essentiellement folklorique (mais respectueux), l’aspect « documentaire » demeure le plus intéressant notamment grâce à une utilisation originale du commentaire textuel, hérité du cinéma muet, sur les images de la fiction. Un découpage pour le moins incertain nuit à l’intensité dramatique recherchée par ailleurs mais il y a quelques plans pas mal.

Bethsabée (Léonide Moguy, 1947)

Dans un poste militaire d’Afrique du Nord, l’arrivée de la fiancée d’un officier trouble le mess en réveillant des passions enfouies.

Une intrigue aussi inextricable que celle de Bethsabée aurait nécessité un traitement plus distant de façon à tirer le film vers la tragédie mais la vulgarité totale et veule de Léonide Moguy, qui va jusqu’à ôter à Danielle Darrieux sa grâce naturelle, l’abaisse dans une mièvrerie impossible.

Un de la légion (Christian-Jaque, 1936)

Après avoir été entraîné par un truand à boire des pastis, un Marseillais récemment marié est envoyé dans la légion étrangère.

Amusante comédie de propagande sur un brave type à la botte de sa femme devenant « un homme, un vrai » une fois à la légion qui repose essentiellement sur Fernandel, ici génial. Les inflexions dramatiques du récit sont étonnantes mais quelque peu appuyées.

Amours exotiques (Léon Poirier, 1925)

Deux moyens-métrages sur l’Afrique :

  1. Zazavavindrano, adaptation d’une légende malgache qui voit deux jeunes amoureux dont l’union est empêchée par leurs parents car elle n’est pas fertile.
  2. L’Eve africaine, documentaire sur la femme dans différentes sociétés africaines.

Léon Poirier se comporte ici en digne émule de Robert Flaherty. Son talent naturel pour le cadrage et la captation de la lumière donne une présence sensible aux éléments de la légende. Les plans superbement éclairés où l’on voit les deux jeunes amoureux batifoler au bord de l’eau annoncent clairement Tabou. Quoique Poirier ait par ailleurs tourné plusieurs films à la gloire de l’Empire français (Amours exotiques est un projet parallèle à La croisière noire), les peuples indigènes et leurs coutumes sont ici filmés avec le respect d’un ethnologue. S’il y a un personnage hors-champ dans ces deux moyens-métrages, c’est bien l’homme blanc. Dans le second, on notera le respectueux génie avec lequel les danseuses exotiques sont filmées. Rarement film muet avait donné une telle impression musicale. Bref, Amours exotiques est à voir si vous en avez l’occasion.