Trop jeune pour elle (I Could Never Be Your Woman, Amy Heckerling, 2007)

Une productrice de télé divorcée s’entiche d’un de ses acteurs, nettement plus jeune qu’elle…

Quelques scènes marrantes, un certain piquant satirique contre l’illusion de la jeunesse éternelle et le charisme des deux acteurs, Paul Rudd et la toujours très belle Michelle Pfeiffer, rehaussent l’intérêt de cette comédie opportuniste, pusillanime (la différence d’âge entre les amants aurait dû être plus importante) et globalement poussive (le pire étant le parallèle avec la fille qui vit ses premières amours).

C’est la faute à Rio (Blame it on Rio, Stanley Donen, 1984)

En vacances à Rio, un quadragénaire est séduit par la fille de son meilleur ami.

Le dernier film en date du grand Stanley Donen est un remake de Un moment d’égarement. Le naturalisme parfois sordide de Claude Berri cède ici la place à un ton plus franchement comique et à une mise en scène plus colorée. Le récit n’en reste pas moins insignifiant et peu crédible, d’autant moins crédible que l’ajout le plus significatif des scénaristes américains consiste en des péripéties artificielles et larmoyantes pour résoudre le dilemme dans l’unanimisme. Médiocre.

Toute la ville en parle (John Ford, 1935)

Un timide employé de bureau est confondu avec l’ennemi public n°1 dont il est le sosie…

Le moins fordien -et le plus oublié- des classiques réalisés par John Ford est un chef d’oeuvre. Un chef d’oeuvre de la comédie américaine au même titre que New-York Miami, L’amour en première page ou L’impossible M. Bébé. Tourné pour Columbia et écrit par Robert Riskin, Toute la ville en parle aurait pu être signé Frank Capra. Sauf que les comédies de Capra n’ont pas la densité et le réalisme du film de Ford. Ce dernier est d’abord un sommet de narration où, à partir d’un postulat incongru, et sans jamais que le parcours individuel des personnages ne soit oblitéré par un quelconque « message », l’ensemble de la société américaine est satirisé avec une fantaisie naturelle;  les policiers agissant comme des cow-boys, le matriarcat, l’oppression capitaliste, la toute-puissance des journalistes…sont tour à tour moqués dans la joie et la bonne humeur. Evidemment, cela n’empêchera pas le film de se conclure par une fin typiquement américaine où l’homme de la rue défait les méchants. Pour le plus grand bonheur du spectateur.

De l’inénarrable Donald Meek qui a le don de faire rire en deux secondes d’apparition à la grande Jean Arthur, l’interprétation, colorée mais jamais caricaturale, est de la plus haute qualité. Une mise en scène extrêmement précise et jamais décorative confère à Toute la ville en parle un rythme parmi les plus parfaits de la comédie américaine des années 30; ce qui n’est pas peu dire. En tous points, la profusion d’inventions comiques est canalisée par le dynamique récit. A noter que, soixante ans avant Christian Clavier dans Les visiteurs, Edward G.Robinson apparaît parfois deux fois dans le même plan. Remarquable exemple des trucages les plus avancés mis au service de la narration, sans la moindre ostentation. Tout, ici, respire le juste dosage des ingrédients, la maîtrise totale de chacun des savoir-faire du cinéma, la soumission du talent de tous les artistes au résultat final. En un mot: la perfection classique.

Real life (Albert Brooks, 1979)

L’histoire de An american family, programme télévisuel qui montrait une famille américaine filmée toute la journée par les équipes de PBS.

Très bonne comédie qui brocarde l’aspiration au fameux quart d’heure de gloire ainsi que le cynisme des faiseurs de télé.  Avec une certaine jubilation, Albert Brooks pousse la satire envers la famille américaine modèle jusqu’au malaise. Il ne se contente pas de la moquerie et, ainsi que le montre l’ambivalence du producteur de l’émission, un type bienveillant, roué et finalement cinglé, atteint à une certaine profondeur dans l’évocation de la télé comme miroir grossissant des maladies de la société contemporaine. L’interprétation de l’auteur dans le rôle principal est excellente.

Une vraie blonde (Tom DiCillo, 1997)

A New-York, les tribulations sentimentales et professionnelles de plusieurs comédiens.

La difficulté d’appliquer concrètement ses principes, les petites lâchetés propres à chacun et surtout la corrélation entre réussite matérielle et compromission morale sont la matière de cette admirable comédie de l’héroïsme au  quotidien. L’équilibre entre satire et empathie est magistralement tenu par Tom DiCillo. Etayée par une stylisation plastique absente du genre depuis Frank Tashlin et Jerry Lewis, sa peinture des milieux arty-pubeux ne manque pas de mordant (hilarant tournage du clip avec Steve Buscemi en tyran d’opérette). Mais la grandeur de ce petit film vient surtout de sa richesse humaine, de la précision respectueuse avec laquelle sont filmés les protagonistes. Ainsi, quelle représentation plus tendre, plus drôle, plus percutante de la mesquinerie conjugale que ce bref plan où chacun des deux amoureux tire la couette?

Pour se rendre compte de l’humanisme de l’auteur, il faut aussi voir comment le regard sur Joe, qui peut être considéré comme le héros de The real blonde, évolue au cours de la projection. On se moque de sa versatilité devant l’imprésario avant d’être ému par sa noblesse lorsqu’il recadre l’assistant négationniste ou qu’il tient tête à un homme qui bat sa femme. Il n’est pas spécialement glorifié par la mise en scène et ses gestes courageux en paraissent d’autant plus humains. Ce raffinement dans la psychologie permet au cinéaste d’éviter les facilités dramatiques et de surprendre le spectateur sans jamais trahir la vérité des personnages. Ces personnages sont judicieusement interprétés. De Christopher Lloyd en maître d’hôtel intransigeant à Kathleen Turner en agent cynique, la distribution est aux petits oignons. A sa tête, Matthew Modine, remarquable. Les quelques afféteries typiques du cinéma indépendant américain contemporain (la musique, la mini-intrigue parallèle du chien perdu) ne pèsent pas lourd face à un tel condensé de noblesse et de justesse .

American college (Animal house, John Landis, 1978)

En 1962, dans une université américaine, le conflit entre une fraternité d’étudiants et le directeur…

La distribution pleine de fraîcheur et de talent égaye considérablement cette comédie de campus aux ressorts attendus. A noter aussi un morceau de bravoure final particulièrement drôle qui concrétise intelligemment le potentiel subversif du film.

Spéciale première (The front page, Billy Wilder, 1974)

Au moment de couvrir un scoop, un patron de presse tente de retenir son meilleur journaliste qui veut se marier.

Cette nouvelle adaptation de la célèbre pièce de Hecht et MacArthur, entreprise par Billy Wilder parce qu’il était alors au creux de la vague, est un exercice de style mineur, brillant (voir l’exploitation du Cinémascope) et très plaisant où le duo Matthau/Lemmon s’en donne à coeur joie.