The lucky lady (Raoul Walsh, 1926)

L’héritière du trône d’un petit royaume dont l’économie est basée sur le jeu refuse un mariage arrangé et s’entiche d’un touriste américain.

Sympathique petite comédie à la Lubitsch agrémentée d’un dynamisme typique de Walsh (la course-poursuite entre amoureux) . Les savoureux cartons sont ce qu’il y a de plus amusant.

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La roulotte du plaisir (The long, long trailer, Vincente Minnelli, 1953)

Un couple nouvellement marié décide de s’installer dans une caravane plutôt qu’une maison.

Le grand Vincente n’était pas fait pour la méchanceté. Dénué de la tendresse lucide qui fait le prix des chefs d’oeuvre que sont Le chant du Missouri ou Il faut marier papa, La roulotte du plaisir est une comédie des plus poussives. Ses articulations semblent forcées, son ton grimaçant. Systématiquement, le couple de héros prend la décision la plus stupide. En plus de désintéresser le spectateur de leur sort, cette irrécupérable sottise des protagonistes ôte sa pertinence à ce qui aurait dû être une satire bien sentie de l’American way of life.

Embrasse-la pour moi (Stanley Donen, Kiss them for me, 1957)

En 1944 à San Francisco, quatre pilotes bien déterminés à faire la fête pendant leurs quatre jours de permission se voient soumis à des obligations de propagande par des magnats de l’industrie…

L’élégance virtuose de Stanley Donen fait merveille dans cette comédie où, régulièrement, des notations amères matérialisent le retour du refoulé guerrier et viennent altérer l’élan vitaliste d’une mise en scène loufoque et colorée qui utilise parfaitement le CinémaScope pour filmer les fêtes en chambre d’hôtel. Derrière le pittoresque joyeux, Kiss them for me s’avère donc un film d’une grande justesse quant à l’état d’esprit du soldat en permission ou l’exploitation des héros par les capitalistes (là-dessus, il est infiniment plus léger mais non moins percutant que Mémoires de nos pères). Le dénouement, fondamentalement militariste, est sans doute une concession à l’US Air Force qui a prêté son concours à la production et jure un peu avec le reste.

Une femme de tête (Desk set, Walter Lang, 1957)

Un service de documentalistes à la tête duquel exerce une vieille fille est perturbé par un ingénieur chargé d’y introduire un supercalculateur.

Soit les inquiétudes des salariés du tertiaire face à l’automatisation de leur travail. C’est peu dire que le thème n’a pas pris une ride en 60 ans. Evidemment, le ton de ce véhicule pour le couple Hepburn/Tracy est bon enfant et la justesse inaltérée des notations sur l’informatique en entreprise n’empêche pas que tout se résolve dans la joie et la bonne humeur. En 57, on pouvait croire que l’ordinateur était là pour aider l’homme et non le supplanter. Par ailleurs, la tendresse avec laquelle sont filmées les documentalistes qui noient joyeusement leurs peines de coeur dans le champagne est à l’opposé de l’aigreur misogyne d’un Cukor. Le Cinémascope restitue bien l’espace des bureaux, le Technicolor est étonnement chaleureux et, dans un rôle certes taillé sur mesure, Katharine Hepburn est formidable. Bref, sans être géniale, Desk set est une comédie tout  à fait sympathique.

Old wives for new (Cecil B.DeMille, 1918)

Son épouse ne faisant plus aucun effort pour le séduire ni pour tenir la maison, un père de famille va voir ailleurs…

Sagesse du propos, liberté du ton, richesse des détails et inventivité constante de la forme assurent à cette fable à mi-chemin entre le drame et la comédie l’éternité d’un classique.

Le valet de coeur (A gentleman of Paris, Harry d’Abbadie d’Arrast, 1927)

La complicité entre un noceur parisien et son domestique s’effrite lorsque ce dernier se rend compte que son maître a aussi séduit son épouse.

Une comédie américaine au ton tout à fait exceptionnel. Bien sûr, le décor parisien, la présence du grand Adolphe Menjou et le classicisme parfait de la mise en scène rappellent L’opinion publique; cette analogie est d’autant plus facile à déceler si on se rappelle que Harry d’Abbadie d’Arrast fut l’assistant et le grand ami de Chaplin. Bien sûr, les personnages mondains et la maîtrise du hors-champ gaguesque évoquent Lubitsch. Toutefois, A gentleman of Paris est à ma connaissance la seule comédie hollywoodienne où la relation entre un aristocrate et son domestique vient alimenter et parasiter le sempiternel jeu du désir et de la convention sociale. Cette relation est dépeinte avec une élégante lucidité et un génial sens de l’ironie dont je ne connais d’équivalent que dans les films de Sacha Guitry.

 

Laughter (Harry d’Abbadie d’Arrast, 1930)

Une chercheuse d’or mariée à un millionnaire s’entiche d’un jeune pianiste…

En dépit d’un rythme pâteux typique des débuts du parlant, Laughter s’avère merveilleux. Certains historiens du cinéma en font la première des grandes comédies américaines de l’âge d’or mais le comique reste assez discret. Quant à l’émotion, elle n’est pas que sous-jacente tel qu’en témoigne le très surprenant suicide. Si Harry d’Abbadie d’Arrast préfigure ici Frank Capra et Leo McCarey, c’est grâce à l’originalité du ton avec lequel il transfigure son intrigue canonique. Chaque personnage est montré avec une empathie et une hauteur de vue qui l’arrachent à son rôle conventionnel pour le restituer dans une humanité pleine et entière. A elle seule, la délicatesse du découpage nuance et approfondit le sens de plusieurs scènes. Ainsi le gros plan sur le bracelet qui charge le happy-end d’une insondable mélancolie…