No room for the groom (Douglas Sirk, 1953)

Un soldat en permission constate que toute la famille de sa nouvelle épouse s’est installée chez lui.

Le découpage vif et précis de Douglas Sirk, le sens du tempo comique et l’entrain de Tony Curtis transfigurent les artifices théâtraux de l’intrigue (coïncidences opportunes et condensation abusive des péripéties). Bonne comédie.

The swinger (George Sidney, 1966)

Pour se faire publier dans une revue, une jeune autrice envoie un texte érotique faisant croire qu’il s’agit de son autobiographie sexuelle.

Le montage accroît la vulgarité de cette satire grossière, efficace et roublarde qui fait feu de tout bois (accélérés, chansons, voix-off, burlesque…) pour moquer l’hypocrisie de la société américaine et qui étonne par sa liberté de ton, deux ans avant Woodstock, trois ans avant Easy rider.

La belle ensorceleuse (Flame of New Orleans, René Clair, 1941)

En 1840 à la Nouvelle-Orléans, une aventurière européenne se faisant passer pour une comtesse séduit un notable mais tombe amoureuse d’un marin.

Pas grand-chose ne vient agrémenter la mécanique attendue, Marlene Dietrich n’est clairement pas la reine des actrices comiques (j’en ai un meilleur souvenir dans La scandaleuse de Berlin) et Bruce Cabot, son partenaire, est fade. Heureusement, montage et mouvements d’appareil sont enlevés. Une comédie passable.

 

Empreintes digitales (Big brown eyes, Raoul Walsh, 1936)

Après une dispute avec son fiancé policier, une manucure est engagée dans un journal où elle enquête sur la même affaire criminelle que son ex.

Alors que ses films réalisés dans les années 30 sont majoritairement décevants, cela fait plaisir de retrouver le rythme vif, les ruptures de ton surprenantes mais logiques et le populisme de bon aloi (les clients du coiffeur qui font office de choeur tragique!) propres à Raoul Walsh dans un bon film. Cette comédie policière, non dénuée de gravité, bénéficie de dialogues vachards, de l’amoralisme du style qui détourne la convention et d’un Cary Grant plus plébéien qu’à l’accoutumée mais non moins spirituel; son couple avec Joan Bennett fonctionne bien.

 

Je retourne chez maman (The marrying kind, George Cukor, 1951)

Devant la juge de divorce, deux époux retracent l’histoire de leur couple.

La comédie de remariage a ici gagné en précision sociologique ce qu’elle a perdu en loufoquerie. La vision d’un chimérique rêve américain qui broie le couple est aussi amère -mais moins féroce donc moins réjouissante- que les satires d’un Dino Risi contre la société de consommation italienne dans les années 60. Le film est peu drôle, aigre et touchant de par la finesse implacable qu’il déploie pour représenter l’évolution de l’amour face aux problèmes matériels et aux ambitions avortées. Un bémol toutefois: l’inopportune introduction dans le scénario d’un événement à la gravité hors de proportion avec le reste dont les résonances conjugales et métaphysiques auraient nécessité un Henry King pour être dignement traitées mais que George Cukor se contente d’expédier comme une péripétie simplement plus larmoyante que les autres. A noter que, contrastant avec un style globalement sans éclat, le jeu sur les deux voix-off commentant un même flash-back propulse le récit avec une originalité dont Martin Scorsese a du se souvenir lorsqu’il a réalisé Les affranchis, quarante ans plus tard.

Madame et ses partenaires (Part time wife, Leo McCarey, 1930)

Un PDG tente de reconquérir sa femme délaissée en se mettant au golf.

Véritable ébauche de Cette sacrée vérité. On y retrouve l’intrigue mais aussi plusieurs détails tel l’importance d’un chien. On décèle aussi le talent de Leo McCarey pour le contraste émotionnel. Grâce à son attention à chacun des personnages et à son jusqu’au boutisme, il fait passer le spectateur de l’amusement à la poignante gravité à l’intérieur d’une même séquence sans que ça ne paraisse forcé. Les ruptures de ton les plus frappantes, tel le gazage du chien, ne sont pas artifices lacrymaux décorrélés du reste mais justifient l’oeuvre dans toute sa profondeur; ainsi l’improbable amitié entre un PDG et un gamin vagabond est-elle expliquée par une solidarité de coeur. Edmond Lowe n’a pas le génie comique de Cary Grant et le découpage n’est pas aussi fluide que celui du chef d’oeuvre de 1937 mais, pour un film de 1930, Madame et ses partenaires est un film aéré et dynamique. En dehors de Soupe au canard qui appartient autant aux Marx brothers qu’à son réalisateur, c’est, de loin, le meilleur long-métrage de McCarey d’avant L’extravagant Mr Ruggles.