L’aventure est au coin de la rue (Jacques Daniel-Norman, 1944)

Un célibataire qui s’ennuie se retrouve embarqué dans une étrange aventure après qu’un pickpocket a tenté de lui voler son portefeuille.

Cette brillante comédie policière s’essouffle dans sa seconde partie car il est difficile de prendre au sérieux une intrigue policière après la présentation ironique de son simulacre. L’aventure est au coin de la rue préfigure en effet The game de David Fincher. Comme dans le film suivant de Jacques Daniel-Norman, 120 rue de la gare (probablement son chef d’oeuvre), le mélange (plus que l’alternance) des tons occasionne des effets étonnants et la fantaisie est remarquablement emballée: découpage digne d’une comédie américaine de par sa vivacité, rapidité vacharde des dialogues, élégant détachement de Raymond Rouleau et jolie photo de Claude Renoir.

Association de malfaiteurs (Claude Zidi, 1987)

A cause d’une mauvaise blague, deux anciens diplômés de HEC se retrouvent poursuivis par la police.

C’est sympa mais avec Daniel Auteuil et Thierry Lhermitte à la place de François Cluzet et Christophe Malavoy, c’eût été plus drôle. Il est dommage que la satire contre la « mentalité HEC » soit escamotée par les péripéties policières mais la banlieue est bien filmée.

Drôle de meurtre (Remains to be seen, Don Weis, 1953)

Dans un immeuble new-yorkais, le gérant découvre qu’un homme est mort tandis que la nièce de ce dernier arrive…

Les ressorts de cette comédie policière sont théâtraux mais la variété de l’histoire et la sympathie des acteurs font passer un bon moment.

 

L’heure zéro (Pascal Thomas, 2007)

Une réunion de famille dans un manoir breton vire au crime.

Passe encore pour les inégalités de la distribution (Laura Smet, très caricaturale) et le côté très « monde sous cloche » de la mise en scène d’un Pascal Thomas qui a depuis longtemps tourné le dos à la justesse réaliste de ses débuts. L’équilibre entre comique et policier est suffisamment assuré pour maintenir l’intérêt du spectateur. Ce qui fait vraiment sombrer L’heure zéro, c’est un dénouement, donc une clef de voûte, dénué de toute logique élémentaire. De plus, lors de cette scène capitale, le jeu de Melvil Poupaud, incapable de simuler la démence, en rajoute dans le ridicule (alors que le jeune homme s’en sort très bien lorsqu’il se limite à « jouer » le grand bourgeois).

Ce joli monde (Carlo Rim, 1957)

A la mort de sa mère, un jeune professeur de lettres fait connaissance avec son père, chef d’une bande de truands.

Darry Cowl, génial, illumine cette farce qui préfigure grandement Les tontons flingueurs mais qui est assez inégale. Certains dialogues sont délicieux, la tendresse de Rim est préférable au caricatural virilisme de Audiard mais, à force de se disperser dans des intrigues superfétatoires, le récit s’essouffle.

On a arrêté Sherlock Holmes (Karl Hartl, 1937)

Deux détectives amateurs se font passer pour Sherlock Holmes et démasquent un gang.

Divertissement assez creux mais brillamment emballé et mâtiné d’une savoureuse ironie pirandellienne. Quoique le film se passe en Angleterre, la propagande est absente et hommage est rendu à Sir Arthur Conan Doyle.

 

Du grabuge chez les veuves (Jacques Poitrenaud, 1964)

A la mort de son mari pharmacien, une jeune fille est contacté par des gens louches qui faisaient des affaires avec son époux.

Le scénario est astucieux en plus d’exploiter un aspect de l’histoire criminelle peu vu au cinéma (le trafic de pavot pendant la guerre d’Indochine), de Danielle Darrieux à Jean Rochefort en passant par Dany Carrel, les acteurs jouent bien leur partition et, le plus important, l’humour (noir) est suffisamment discret pour ne pas parasiter l’intérêt dramatique. Bref, Du grabuge chez les veuves est un divertissement tout à fait plaisant.

 

Monsieur Grégoire s’évade (Jacques Daniel-Norman, 1946)

Parce qu’il a gagné un concours de mots-croisés, un comptable est poursuivi par des malfrats qui le confondent avec un des leurs…

Ecrit et réalisé par Jacques Daniel-Norman, Monsieur Grégoire s’évade est une savoureuse comédie policière où l’équilibre entre drôlerie et mystère est finement tenu. Une plaisante galerie de seconds rôles entoure la belle Yvette Lebon, la fascinante crapule Jules Berry et Bernard Blier dans le rôle éponyme. Cette incarnation parfaite de la banalité s’insère idéalement dans le réalisme quotidien du début qui anticipe les films parisiens de Becker. Dans la suite du film, il faut reconnaître que l’attrait de son personnage pour le milieu n’est guère rendu sensible, la mise en scène peinant à se coltiner les invraisemblances psychologiques de l’astucieux scénario. Daniel-Norman filme avec des mouvements d’appareil alertes qui accentuent la charmante vivacité de l’ensemble. Ce n’est certes pas Toute la ville en parle mais c’est franchement pas mal.

Un cadeau pour le patron (Surprise package, Stanley Donen, 1960)

Un mafieux américain expulsé dans son pays d’origine, la Grèce, tente de voler la couronne d’un roi déchu.

Stanley Donen parvient à animer ses amusants croquis d’une vie véritable, notamment en peignant l’inculture de ses personnage avec une certaine tendresse. Sympathique et prestement rythmée, Surprise package est une bonne comédie policière à laquelle, toutefois, la couleur manque cruellement.

Riley the cop (John Ford, 1928)

Un policier débonnaire qui « n’a jamais arrêté personne » est envoyé en Europe arrêter un jeune homme de son quartier soupçonné de vol.

Comédie policière sympathique et parfois amusante mais dont la complaisance, notamment la complaisance dans le pittoresque, finit par lasser. La musique est médiocre, comme souvent dans les premiers films sonores.

Toute la ville en parle (John Ford, 1935)

Un timide employé de bureau est confondu avec l’ennemi public n°1 dont il est le sosie…

Le moins fordien -et le plus oublié- des classiques réalisés par John Ford est un chef d’oeuvre. Un chef d’oeuvre de la comédie américaine au même titre que New-York Miami, L’amour en première page ou L’impossible M. Bébé. Tourné pour Columbia et écrit par Robert Riskin, Toute la ville en parle aurait pu être signé Frank Capra. Sauf que les comédies de Capra n’ont pas la densité et le réalisme du film de Ford. Ce dernier est d’abord un sommet de narration où, à partir d’un postulat incongru, et sans jamais que le parcours individuel des personnages ne soit oblitéré par un quelconque « message », l’ensemble de la société américaine est satirisé avec une fantaisie naturelle;  les policiers agissant comme des cow-boys, le matriarcat, l’oppression capitaliste, la toute-puissance des journalistes…sont tour à tour moqués dans la joie et la bonne humeur. Evidemment, cela n’empêchera pas le film de se conclure par une fin typiquement américaine où l’homme de la rue défait les méchants. Pour le plus grand bonheur du spectateur.

De l’inénarrable Donald Meek qui a le don de faire rire en deux secondes d’apparition à la grande Jean Arthur, l’interprétation, colorée mais jamais caricaturale, est de la plus haute qualité. Une mise en scène extrêmement précise et jamais décorative confère à Toute la ville en parle un rythme parmi les plus parfaits de la comédie américaine des années 30; ce qui n’est pas peu dire. En tous points, la profusion d’inventions comiques est canalisée par le dynamique récit. A noter que, soixante ans avant Christian Clavier dans Les visiteurs, Edward G.Robinson apparaît parfois deux fois dans le même plan. Remarquable exemple de trucages sophistiqués mis au service de la narration, sans la moindre ostentation. Tout, ici, respire le juste dosage des ingrédients, la maîtrise totale de chacun des savoir-faire du cinéma, la soumission du talent de tous les artistes au résultat final. En un mot: la perfection classique.

Banco à Las Vegas (Silver Bears, Ivan Passer, 1978)

Pour le compte d’un mafieux de Las Vegas, un truand achète une banque suisse. Il se rend compte qu’il s’est fait arnaquer par son contact…

Sympathique comédie policière qui, comme les autres films de Ivan Passer, se distingue par la douceur de son ton plus que par la folie comique de sa mise en scène. Voir par exemple la très belle scène où le caïd cède la banque à son homme de main. Rien que pour cette idée, Silver bears, oeuvre à la limite de l’insignifiance mais qui n’y sombre pas tout à fait, mérite d’être regardée.

L’assassin connaît la musique (Pierre Chenal, 1963)

Un musicien père d’une belle jeune fille cherchant à épouser une riche veuve catholique se découvre un don pour le meurtre.

Une réjouissante petite comédie policière. L’humour noir et absurde peut rappeler les Anglais de Ealing mais le sens de la caricature légère, la pointe de burlesque et les notations (auto)parodiques me font plus penser au Goscinny du Viager ou des Gaspards. Le jeu sur les voix-off, le détachement de Paul Meurisse, le cabotinage de Maria Shell, la belle galerie de seconds rôles et le cynisme particulièrement inspiré des vannes sont franchement savoureux. L’irrésistible confrontation entre Meurisse et Noël Rocquevert vaut à elle seule l’intégrale des films de Michel Audiard. On saura gré aussi à l’auteur de maintenir la logique dans le déroulement de son intrigue, de ne jamais complètement sacrifier celle-ci à la dérision, sachant maintenir entre la composante « comédie » et la composante « policière » de son film un indispensable équilibre. Tout cela ne se prend pas au sérieux et reste modeste mais de plus grands cinéastes ont plus mal fini leur carrière que le décidément estimable Pierre Chenal.

La cité de l’indicible peur/La grande frousse (Jean-Pierre Mocky, 1964)

Tandis qu’il poursuit un évadé, un policier légèrement benêt s’arrête dans une petite ville terrorisée par un monstre.

Sympathique comédie policière dans laquelle la fantaisie de la mise en scène, insufflée notamment par une magnifique brochette de seconds rôles, pallie relativement bien la désinvolture de la narration; les deux étant bien sûr étroitement corrélées.