Amour (Károly Makk, 1971)

Son mari emprisonné dans les geôles communistes suite à l’insurrection de 1956, une Hongroise fait croire à sa belle-mère alitée que l’homme qu’elles aiment toutes les deux est parti en Amérique.

L’angle d’attaque pour parler de l’insurrection de Budapest est original et pertinent mais la froideur des comédiens en neutralise l’émotion potentielle. De plus, Károly Makk saupoudre sa mise en scène de bizarreries tel que jump-cuts et brefs flashbacks filmés en grand angle dont on peine à déceler la nécessité au-delà de la volonté de briser, très artificiellement, l’aspect « film en chambre ».

La moisson/Le retour de Vassili Bortnikov (Vsevolod Poudovkine, 1952)

De retour de la Grande guerre patriotique, un commissaire au plan agricole s’aperçoit qu’en son absence, sa femme s’est installée avec un de ses amis.

L’interaction dialectique entre drame intime et problème politique de rendements agricoles ainsi que la beauté des images rurales rendent ce film de propagande plus intéressant qu’il n’y paraît.

East punk memories (Lucile Chaufour, 2016)

D’anciens punks hongrois racontent leur vie avant et après la chute du mur de Berlin.

Je me demandais pourquoi le dernier film de la réalisatrice du très beau Violent days tardait tant à sortir. Maintenant que je l’ai vu, j’ai une hypothèse qui me semble expliquer la frilosité des distributeurs: la place de ce documentaire des plus banals n’est pas dans une salle de cinéma mais sur Arte en deuxième partie de soirée. En effet, Lucile Chaufour a manifestement abandonné toute ambition esthétique. Tout ce qui poétisait son précédent exposé sociologique a disparu.

East punk memories se cantonne à présenter des interviews d’anciens punks filmés en plans fixes entrecoupées d’archives de concert. La musique étant des plus médiocres et les propos de ces vieux cramés sur la politique (la seule préoccupation de Chaufour) n’étant pas plus intéressants que ceux de n’importe qui ayant vécu pendant et après le joug communiste, j’ai eu vite fait de décrocher malgré la relative brièveté du métrage. J’en suis navré tant son premier film m’avait laissé un bon souvenir.

Je ne pleurerai pas (Im Kwon-taek, 1974)

Après avoir trouvé un sac de grenades, un enfant dont les parents ont été massacrés par les communistes se met à résister à l’oppresseur avec ses petits camarades.

Basé sur un fait mythique de la guerre de Corée, Je ne pleurerai pas est un film qui intrigue le spectateur occidental. En effet, les péripéties enfantines façon « Goonies » vont de pair avec une grande cruauté dans la représentation de la violence. Im Kwon-taek n’y va pas par quatre chemin pour montrer l’horreur communiste et il a bien raison. Son découpage, en Cinémascope, est d’un parfait classicisme. Tout juste, le plan du suicidé paraît-il un peu surlignant. A vouloir suivre chacun des protagonistes confrontés à l’envahisseur, la narration se disperse un peu et aurait certes gagnée à être plus resserrée. Quitte à le doubler et à le raccourcir, il serait sain que Patrick Brion diffuse ce beau film pendant la trêve des confiseurs l’après-midi sur France 3. Cela pourrait éclairer les jeunes esprits d’un pays où, à chaque élection présidentielle, trois ou quatre candidats communistes et affidés osent encore se présenter 25 ans après la chute de l’URSS.

Bamboo cross (John Ford, 1955)

En Chine communiste, des religieuses sont accusées d’avoir assassiné des enfants…

L’unité de lieu et l’extrême concision de ce téléfilm de 29 minutes réduisent à l’essentiel personnages, situations et actions. Bamboo cross est un drame de l’oppression communiste raconté de la façon la plus simple et la plus directe qui soit. Les images saisissantes -prières, signe de croix des nonnes pendant qu’un assassinat a lieu hors champ- s’enchaînent et forment un récit qui pèche par schématisme mais qui impressionne par sa noirceur rentre-dedans. Frontière chinoise, l’ultime chef d’oeuvre, n’est pas loin.

Chtchors (Alexandre Dovjenko, 1939)

En 1917, le général Chtchors mène l’insurrection bolchevique en Ukraine.

L’académisme de Dovjenko est en adéquation avec la raideur édifiante du panégyrique commandé par Staline en personne. Il y a certes quelques beaux plans, où le lyrisme exacerbé de la propagande vise si large qu’il finit par toucher, mais les 2h15 de Chtchors finissent par ennuyer franchement.

Le détachement féminin rouge (Xie Jin, 1960)

Dans la Chine des années 30, des servantes exploitées rejoignent l’armée communiste…

Si les mauvais esprits auront beau jeu de moquer la propagande communiste parfois littérale, les cinéphiles ouverts d’esprit apprécieront à sa juste valeur un des plus purs exemples de cinéma épique, c’est-à-dire de cinéma qui participe à l’imaginaire fondateur d’une nation, qui soient. Evidemment, la nuance n’est guère de mise (pas plus que dans Le cuirassé Potemkine ou Naissance d’une nation) mais le récit, un peu répétitif, n’est pas dépourvu de dialectique. Ainsi, il s’agira pour la jeune héroïne d’apprendre à maîtriser ses pulsions vengeresses pour les mettre au service d’une lutte plus grande qu’elle. Oscillant entre magnifiques gros plans de visages et amples mouvements d’appareil qui dévoilent les cohortes en action, Le détachement féminin rouge raconte comment l’individu prend conscience du collectif auquel il appartient. C’est un schéma typique de la propagande (communiste ou nationaliste) mais on ne va pas demander à un récit épique d’être original, on va demander au cinéaste de le magnifier et de partager sa conviction.

Et force est de constater que le talentueux Xie Jin a les moyens de son ambition. Il sait mettre en scène l’action guerrière avec clarté tout en ayant un véritable sens visuel qui lui permet de composer de nombreuses images marquantes. Le revers de la médaille est que cette beauté savamment apprêtée contrarie parfois le bruit et la fureur des combats. Mais l’artifice de la représentation fait partie du contrat de ce genre de film. Il faudrait être sacrément mesquin pour prendre à la rigolade une séquence aussi puissamment lyrique que celle où la jeune guerrière récupère la sacoche enterrée de son mentor assassiné.

Quant aux père la-vertu s’effarouchant d’un discours maoïste et perdant de vue la dialectique de l’Histoire, je leur rétorquerai que, se passant vingt ans avant l’accession de Mao au pouvoir, Le détachement féminin rouge, conte avant tout le développement d’une rébellion contre un ordre inique et qu’il faudrait être fichtrement crispé sur ses positions bourgeoises pour nier la légitimité de cette rébellion.