Des oiseaux, petits et gros (Pier Paolo Pasolini, 1966)

Un homme et son fils errent autour de Rome et rencontrent un corbeau qui leur raconte une histoire médiévale.

Le générique chanté est excellent mais après, c’est globalement nul (à part les pastiches divers et variés de Ennio Morricone). La plate littéralité des symboles n’empêche pas la plus extrême des confusions de régner; à tous les niveaux.

Je demande la parole (Gleb Panfilov, 1976)

En URSS, la présidente d’un soviet local se remémore sa vie lorsque son fils décède accidentellement.

Intéressante car concrète plongée dans la vie sociale et familiale d’une responsable soviétique qui, sans le critiquer franchement, n’élude pas certains aspects déplaisants du régime communiste (la censure). Les liens entre vie politique et vie privée sont restitués avec une certaine justesse. C’est long mais c’est probablement le meilleur rôle de Inna Tchourikova et un des films intéressants de Gleb Panfilov.

 

Le quarante-et-unième (Grigori Tchoukhraï, 1956)

Leur bateau s’étant échoué sur une île déserte, une révolutionnaire bolchevik chargée d’amener un blanc au comité central tombe amoureuse de son prisonnier.

Cette nouvelle adaptation de la nouvelle de Lavrenec convainc moins que le film de Protozanov parce que le schématisme est moins acceptable dans un film parlant que dans un film muet. Et en trente ans, le cinéma soviétique n’a guère gagné en finesse: le film de Tchoukraï est plus lourd et moins concis (la durée a presque doublé) que celui de Protzanov et Izolda Izvitskaya est moins jolie que Ada Voïtsik. Les images en Sovietcolor sont assez belles sans être les plus impressionnantes qu’ait capturées le grand Sergueï Ouroussevski.

Le quarante-et-unième (Yakov Protazanov, 1927)

Leur bateau s’étant échoué sur une île déserte, une révolutionnaire bolchevik chargée d’amener un traître au comité central tombe amoureuse de son prisonnier.

Yakov Protozanov conduit admirablement son film. Son talent se manifeste aussi bien dans le découpage des batailles du début que dans l’utilisation de la lumière et du décor naturel dans les séquences idylliques de la dernière partie qui rappellent Les proscrits. Les acteurs sont expressifs sans en faire des tonnes et le récit, adapté d’une nouvelle de Boris Lavrenev, est d’une étonnante complexité dramatique.

Les bateliers de la Volga (Cecil B. DeMille, 1926)

Pendant la révolution de 1917, un meneur du peuple tombe amoureux d’une aristocrate qu’il n’a pu se résoudre à exécuter.

Les bateliers de la Volga est sans doute le film américain le plus juste parmi ceux traitant de la révolution russe. Il a été réalisé par un cinéaste farouchement anticommuniste -futur soutien de McCarthy- mais qui mettait la vérité dramatique au-dessus de son opinion personnelle. Grâce à cette hauteur de vue, c’est une véritable dialectique de l’oppression qui meut le récit. Le dénouement de ce récit est quelque peu artificiel mais il est politiquement très audacieux. Plus que dans le versant « fresque » (le manque d’ampleur de la séquence éponyme m’a étonné) de son film, c’est dans le versant intimiste que Cecil B. DeMille brille ici. Ses acteurs (Elinor Fair, Robert Edeson, William Boyd qui ressemble au jeune John Wayne) sont comme souvent inconnus mais leur jeu est d’une finesse telle que l’évolution psychologique de leurs personnages est retranscrite très fidèlement dans des séquences d’une longueur inusitée qui n’en demeurent pas moins passionnantes grâce à la virtuosité totale du metteur en scène.

Katyn (Andrzej Wajda, 2007)

De l’invasion conjointe de 1939 par les Allemands et les Russes jusqu’au début du joug communiste, la seconde guerre mondiale vue par des officiers polonais massacrés à Katyn et leurs familles.

A grand sujet, forme épique. La caractérisation des personnages est simple, le récit entraîné par leur évolution reste schématique et les attentes narratives du spectateur peuvent être déjouées par la fin; fin qui, réflexion faite, s’avère parfaitement logique. Le terrassant dernier plan, une pelletée de terre qui recouvre la caméra, est typique de l’inspiration symboliste de l’oeuvre. Quarante ans après Cendres et diamants, les films d’Andrzej Wajda n’ont rien perdu du souffle visuel qui les fit connaître en Occident au milieu des années 50. Son sens de l’allégorie n’a d’égal que l’envergure de ses mouvements d’appareil (une envergure qui se révèle toutefois inutile et ostentatoire dans la séquence du chant des prisonniers). Ce talent puissant et abstracteur fait de lui le cinéaste idéal pour filmer l’Histoire. L’ouverture, qui montre deux foules de Polonais se croisant sur un pont, pourchassés d’un côté par les Russes et de l’autre par les Allemands, a la fulgurante puissance d’évocation d’un grand film muet. En quelques secondes, petite et grande histoire sont présentées. Cependant, il est dommage que la musique de Penderecki fasse souvent redondance avec les images.

Cette virtuosité glacée, aux confins de l’académisme, s’avère finalement un bon antidote aux divers poisons sécrétés par le sujet: dérive mélodramatique et dérapage politique. Le sujet est tellement fort qu’un traitement impeccable sur les plans didactiques et visuels suffit à faire de Katyn un film émouvant et important; un film d’autant plus important en France que beaucoup de Français, notamment parmi les soi-disant intellectuels, ont toujours du mal à accepter la vérité sur ce massacre, le mensonge communiste subséquent et, plus généralement, le terrible sort des Polonais qui furent abandonnés aux nazis puis aux Soviétiques par leurs alliés occidentaux. L’infamie sournoise et ignare de la critique du Monde (le « journal de référence ») témoignait encore de ce problème de mémoire en 2009.