Parias de la gloire (Henri Decoin, 1964)

En 1947 en Indochine, des soldats français recueillent un pilote allemand qui s’est écrasé près de leur bunker.

Malgré une post-synchronisation calamiteuse et même si le fossé avec les chefs d’oeuvre américains du genre est patent (la même année sortait Les maraudeurs attaquent), on tente de croire pendant une bonne moitié du métrage que, avec sa dignité et sa sobriété, le respectable Decoin a réalisé un des seuls bons film de guerre français. Malheureusement, l’intrigue impossible avec l’ancien FFL qui refuse de sympathiser avec le vétéran de la Wehrmacht fait définitivement basculer l’oeuvre dans le mauvais théâtre.

Amère victoire (Nicholas Ray, 1957)

Désert de Libye, 1943: deux officiers de caractères opposés et amoureux de la même femme sont intégrés au même commando.

Sur le papier, une coproduction américano-française avec Cürd Jurgens et Richard Burton adaptée d’un best-seller de René Hardy dirigée par le réalisateur de La fureur de vivre avait de quoi faire peur. Amère victoire est pourtant un des trois ou quatre plus beaux films de Nicholas Ray.  C’est que la réflexion sur la lâcheté sous-tendue par le roman est un matériau qui sied parfaitement à ce poète obsédé par les fêlures intimes des durs à cuire. Le lyrisme plastique du cinéaste s’épanouit dans un superbe Cinémascope Noir-et-blanc. On n’est pas près d’oublier les visages des héros se découpant dans la nuit étoilée, donnant une tonalité cosmique au drame filmé, résumant le monde en une scène de théâtre. La dimension plastique et la dimension dramatique de la mise en scène sont peut-être plus intimement liées chez Nicholas Ray que chez aucun autre cinéaste américain.

L’excellente et théâtrale prestation de Richard Burton, la musique lyrique composée par Maurice Le Roux et diverses idées géniales tel que le barillet se révélant vide au moment d’achever un blessé transfigurent le film de guerre et haussent Amère victoire vers la tragédie. Pendant presque tout le film, on peut trouver l’opposition entre les deux officiers trop manichéenne, regretter que l’empathie soit évidente pour le personnage de Burton tandis que celui de Jurgens est systématiquement montré comme un salaud. Et puis arrive un plan sublime à la fin qui explique tout. Au retour de sa périlleuse mission, sa femme l’accueille sans l’embrasser, cherche du regard l’autre. En une seconde, tout son comportement précédent est justifié à l’esprit du spectateur. Et la justification n’est pas morale mais émotionnelle. Amère victoire est donc bel et bien un chef d’oeuvre de Nicholas Ray.