L’amour en douce (Edouard Molinaro, 1985)

Un avocat infidèle donc plaqué par sa femme tombe amoureux d’une call-girl.

L’amour en douce est une comédie qui promettait grâce la singulière douceur de son ton et à son beau quatuor d’acteurs en tête desquels Jean-Pierre Marielle à contre-emploi et Emmanuelle Béart à 21 ans.

Pourtant, le film déçoit pour deux raisons:

  • un montage sec qui empêche les séquences de s’installer dans la durée. Ainsi, la visite chez la grand-mère qui transfigure la relation entre l’homme et la femme rappelle immanquablement Elle et lui mais le pusillanime Edouard Molinaro, au contraire du grand Leo McCarey, ne laisse pas à ses personnages le temps le temps de déployer leur profondeur émotionnelle et sa mise en scène reste imperméable à toute forme de grâce.
  • un récit dont les articulations font trop souvent fi de la justesse humaine; la moins invraisemblable n’étant pas la (non) réaction du personnage de Sophie Barjac après son viol. Ce manque de rigueur de l’écriture est contre-productif car l’absence de toute évolution morale du médiocre personnage principal empêche de se réjouir de sa bonne fortune alors que la mise en scène de la fin, façon grande comédie romantique hollywoodienne, nous y invite.

Les lions sont lâchés (Henri Verneuil, 1961)

Une jeune Bordelaise quitte son mari pour faire des expériences sentimentales et sexuelles par l’entremise d’une amie de la haute-société parisienne.

Le délicieux petit roman de Nicole a un peu perdu au change de l’adaptation. Plusieurs phrases étincelantes ont été conservées mais apparaissent plaquées sur des scènes qui n’ont pas leur vivacité ni leur sens du détail. Qui n’a pas lu le livre risque d’être largué par certains rebondissements racontés uniquement par la voix-off. La satire sociale est rapetissée et le récit réduit aux tortueuses tribulations des six personnages principaux. Ces six personnages principaux étant prodigieusement distribués et l’élégante liberté de ton de la romancière ayant été maintenue par France Roche et Michel Audiard, le film demeure agréable.

Un oursin dans la poche (Pascal Thomas, 1977)

Une journaliste de radio tente d’intéresser deux milliardaires, un avare et un infantile, à la production d’une opérette que son grand-père a écrite.

Cette comédie dénuée de l’ancrage réaliste qui fait le prix des autres films réalisés par Pascal Thomas dans les années 70 n’est pas une réussite. Avec la galerie d’excentriques et les séquences d’opérette, on sent bien une volonté des auteurs -Pascal Thomas et Jacques Lourcelles qui sont deux fins cinéphiles- de renouer avec la liberté d’un certain cinéma français des années 30, celle qui caractérise les meilleurs films de René Guissart ou Jean Boyer.

Malheureusement, le mépris de la logique dans la psychologie des personnages (notamment l’avare joué par Bernard Menez dont les actes se contredisent d’une scène à l’autre), le manque de concision et, d’une façon plus générale, l’absence de rigueur narrative, font que la fantaisie, quoique parfois amusante, donne l’impression de tourner à vide. La caméra et les comédiens ne sont pas suffisamment allègres pour que ces lacunes d’ordre scénaristique puissent être compensées par une vitalité accrue de la représentation tandis que le montage qui se refuse bizarrement à marquer les ellipses temporelles ne contribue pas non plus à dégager les enjeux d’un récit passablement décousu.

L’hôtel de la plage (Michel Lang, 1978)

Pendant les vacances, marivaudage des différentes générations dans un hôtel breton.

Une comparaison avec l’excellent Chaud lapin permet de mettre le doigt sur ce qui cloche dans le soi-disant chef d’oeuvre de Michel Lang. Du strict point de la mise en scène, l’homonyme de Fritz s’avère pour le moins désinvolte. Son découpage à la hache a le double inconvénient de rendre l’exposition difficilement compréhensible et d’exacerber l’artifice de l’écriture. A contrario, les plans longs et articulés avec souplesse de Pascal Thomas décuplaient le naturel (à ne pas confondre avec « naturalisme ») de la représentation. Si ce rythme, fatigant au début, était soutenu par une verve comique endiablée, il apparaîtrait moins hors de propos. Malheureusement, il fait plutôt office de cache-misère tant les gags -faciles et parfois efficaces- sont paresseusement développés.

Paresse et complaisance sont d’ailleurs les deux mamelles de L’hôtel de la plage. En guise de récit, un catalogue de clichés sociologiques est donné à manger à une usine à conventions. L’absence de tout point de vue, donc de toute regard moral, sur les actions des personnages fait naître une complaisance déplaisante vis-à-vis de l’adultère. Pour tout dire, ces personnages, ravalés au rang de machines pulsionnelles, sont assez méprisés. Une seule séquence extrait les personnages de cette gangue naturaliste et sordide. C’est celle de la fuite en décapotable sur la plage. C’est la plus belle du film. Des actrices parfois jolies, la multiplicité des protagonistes et l’inévitable effet-miroir d’une oeuvre dont la plus haute ambition est que chaque spectateur s’y retrouve, font que L’hôtel de la plage reste, en dépit de sa vulgarité (ou grâce à celle-ci), de sa laideur et de ses grosses ficelles, assez distrayant.

Les aventures d’Arsène Lupin (Jacques Becker, 1957)

Les aventures d’Arsène Lupin, gentleman cambrioleur.

Oeuvre mineure de Jacques Becker, Les aventures d’Arsène Lupin souffre d’un scénario médiocre qui n’approfondit ni les personnages ni les situations dramatiques. Plus grave peut-être: la superficialité de l’histoire, accrue par de brusques revirements narratifs, n’est pas compensée par une quelconque allégresse du style ou inventivité de la mise en scène (à la façon par exemple des feuilletons des années 10, référence explicite de Becker). Reste tout de même la façon unique qu’a le cinéaste de mettre en exergue certains détails concrets d’une scène, insufflant ainsi de la vraisemblance, voire un certain pittoresque, à l’action (ainsi du gramophone).

Confidences pour confidences (Pascal Thomas, 1978)

Dans le Paris des années 50 et 60, chronique familiale centrée autour des trois soeurs, enfants, adolescentes puis jeunes adultes…

Un tel sujet, qui aurait pu entre d’autres mains donner lieu à un film banal, sert idéalement le génie de Pascal Thomas. Le génie de Pascal Thomas, c’est le génie de la justesse et du naturel. Justesse des observations, justesse du ton employé, naturel de la mise en scène. Confidences pour confidences est une parfaite comédie dramatique en ce sens que l’alternance entre l’humour et l’émotion apparaît fluide et naturelle. Devant ce film, le spectateur a l’impression de voir le déroulement de la vie même. Ce qui n’est évidemment pas le cas, cette impression naissant d’abord d’un travail d’écriture rigoureux et précis cosigné Jacques Lourcelles.

Les personnages principaux sont exceptionnellement vrais et attachants. Daniel Ceccaldi qui joue le père est magnifique de fragilité et de bonne volonté. Les nombreux personnages secondaires sont plus typés et alimentent le comique. Christian Pereira en ridicule « self-made man », Galabru en vieille ganache ou encore Bernard Menez en mari infidèle sont irrésistibles de drôlerie. Leurs scènes insufflent une fantaisie bienvenue à un ensemble qui frappe d’abord par son réalisme. Quiconque a eu la chance de voir Confidences pour confidences n’est pas près d’oublier « les trois positions du travailleur » expliquées par le stalinien Jacques Villeret.

D’abord unanimiste, la fiction se focalise au fur et à mesure sur la cadette des soeurs. On se rend alors compte que l’oeuvre n’a rien d’une célébration nostalgique consensuelle et béate et que  la tendresse de Pascal Thomas envers ses personnages n’empêche pas son profond scepticisme envers l’institution familiale de s’exprimer clairement. Ici, la famille s’avère inapte à cicatriser les blessures intimes. Les moments tristes, rares et terribles, sont mis en scène avec une pudeur et une délicatesse qui les rendent d’autant plus déchirants. Dernière chose: cette soeur cadette est interprétée, à l’âge adulte, par une actrice sublime et prématurément disparue qui illumine le film de sa grâce et qui s’appelait Anne Caudry. Elle avait choisi ce surnom car elle ne voulait pas abuser de la notoriété de son grand-père, un certain Georges Bernanos.