Le domino vert (Henri Decoin et Herbert Selpin, 1935)

Au moment de se marier, une jeune fille découvre la vérité sur son père bagnard.

Officiellement réalisé par Herbert Selpin et « supervisé » par Henri Decoin, Le domino vert est resté comme le film de la rencontre entre Danièle Darrieux et son célèbre Pygmalion. C’est un des moins bons de leur collaboration. La mise en scène est d’une rare platitude (zéro chanson, ce qui est rare pour un film avec D.D.) et le scénario ne recule devant aucune invraisemblance pour rester dans la convention.

Mam’zelle Mozart (Yvan Noé, 1936)

Un fils de bonne famille tombe amoureux d’une marchande d’instruments de musique dont la boutique est au bord de la faillite.

Cette comédie a des qualités (les épaules de Darrieux, les chansons, les seconds rôles Pauline Carton, Louis Baron fils et Pierrette Caillol, les gags récurrents…bref la fantaisie de l’ensemble) mais n’est guère plus que « sympathique » à cause d’une mise en scène particulièrement paresseuse. Rétrospectivement, Mademoiselle Mozart permet de se rendre compte du talent d’un Decoin.

Premier rendez-vous (Henri Decoin, 1941)

Une jeune fille s’échappe de son orphelinat pour rencontrer un homme contacté par annonces matrimoniales…

Un des fleurons de la collaboration Decoin/Darrieux dans lequel la légèreté de ton n’altère pas la justesse de l’expression des sentiments. Ce grâce à une mise en scène précise et à d’exceptionnels comédiens: Danièle Darrieux, évidemment, dont on se fiche qu’elle soit un peu trop vieille pour son rôle tant elle est lumineuse mais aussi Fernand Ledoux qui est magnifique de tact et de sentiments étouffés. La noblesse de sa présentation au café est digne d’un héros de Leo McCarey. Les seconds rôles sont délicieux, notamment Tissier en prof de maths jouisseur. On regrettera cependant que ce film, parmi les premiers à être produit par la Continental, escamote dans sa deuxième partie ses enjeux dramatiques les plus originaux et les sous-entendus homosexuels par un maladroit retour à la convention. L’unanimisme final paraît quelque peu forcé. Premier rendez-vous n’en reste pas moins une comédie fraîche, joyeuse, pleine de chansons, de gaieté et sous-tendue par une tendre nostalgie. Bref, c’est un très bon divertissement.

Mauvaise graine (Billy Wilder et Alexandre Esway, 1934)

Un jeune homme de bonne famille a qui son père a confisqué son auto rejoint une bande de voleurs.

Ce premier film de Billy Wilder, produit en France, n’est pas son plus réussi. Le manque de maîtrise technique aussi bien que narrative porte préjudice au film. Les trois quarts du film sont muets et une médiocre musique signée Franz Waxman est censée insuffler un rythme aux images. A la longue, c’est assez agaçant. Le récit est très mince. Le tournage en décors naturels fait que ce film a été considéré par certains, son réalisateur et son actrice en premier lieu, comme précurseur de la Nouvelle Vague. Ils n’ont pas tout à fait tort même si Wilder a vécu cela plus comme une contrainte, due à un budget famélique, que comme une libération.

Un mauvais garçon (Jean Boyer, 1936)

Une avocate débutante s’entiche de son premier client.

Une comédie légère et assez distrayante qu’une mise en scène déficiente (notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer les milieux sociaux) et un rythme mollasson empêchent cependant de rivaliser avec ses homologues américains de l’époque. La fin, pour astucieuse qu’elle soit, désamorce les velléités progressiste exprimées jusqu’ici et fait retrouver au film le train-train conservateur qui est évidemment le sien. Les chansons de Van Parys -dont plusieurs sont devenues des standards- et la frimousse de la jeune Darrieux agrémentent le tout.

L’affaire des poisons (Henri Decoin, 1955)

L’histoire, brodée autour de faits historiques, de madame de Monstespan qui alla voir une alchimiste pour retrouver les faveurs du Roi amouraché d’une gamine de 17 ans…

Ce genre de sujet qui aurait ravi un Riccardo Freda (le film est une coproduction avec l’Italie) ne sied guère au respectable Henri Decoin. Il y a bien quelques scènes de tortures assez impressionnante mais ce film foncièrement académique est à l’image de son Technicolor: falot. Le scénario est de plus assez mal construit: le drame, celui de ces femmes vieillissantes et jalouses, ne s’amorce véritablement que dans le dernier quart du film, le reste pouvant être considéré comme une exposition longuette mâtinée de scènes folkloriques ridicules et dispensables; ainsi de ce qui a trait aux messes noires. En ces conditions, la distribution d’actrices, a priori éblouissante, ne brille guère.

Abus de confiance (Henri Decoin, 1938)

Une étudiante en droit désargentée se fait passer pour la fille naturelle d’un riche notaire.

Ni comique ni franchement dramatique, ce Decoin/Darrieux peine à trouver son ton. Les facilités du scénario, la superficialité de la caractérisation des personnages ainsi que la réalisation de Decoin en pilotage automatique n’en font pas un très bon film. A noter cependant un beau dernier plan dans lequel le metteur en scène insuffle, enfin, un peu d’ambigüité à la convention (celle du happy end en l’ocurrence).

Caprices (Léo Joannon, 1941)

Chaque Saint-Sylvestre, un riche excentrique a l’habitude de payer un luxueux réveillon à une jeune fille du peuple. Cette année, il est tombé sur une aspirante comédienne bien décidée à profiter de l’occasion…

Produite par la Continental, Caprices est une comédie légère et charmante. Comme dans les comédies américaines, l’histoire tire son intérêt du jeu, du flou qu’il y a entre les manipulations des personnages entre eux et la réalité de leurs caractères et sentiments. Danielle Darrieux est délicieuse. Ne manquait que quelques gags supplémentaires, quelques trouvailles de mise en scène, une caractérisation moins appuyée de certains personnages secondaires, bref un cinéaste plus inspiré que le méritant Joannon pour faire de Caprices un chef d’oeuvre du genre. En l’état, c’est un film tout à fait plaisant.

Quelle drôle de gosse! (Léo Joannon, 1935)

Une jeune secrétaire amoureuse de son patron est virée, se jette dans la Seine et est recueillie par un riche noceur…

Sans atteindre les sommets de Battement de coeur, Quelle drôle de gosse! est une sympathique comédie. L’écriture de Yves Mirande est souvent en roue libre mais l’abattage de la jeune Danielle Darrieux est réjouissant. De même que ses seins et épaules fugitivement entrevus. Son cabotinage s’avère justifié par la nature de son personnage. La fin anti-bourgeoise surprend et aurait été encore plus frappante sans la dernière séquence qui fait rentrer le film dans ses rails conventionnels. Amusant.

Le jour des rois (Marie-Claude Treilhou, 1990)

La journée de trois soeurs retraitées qui se retrouvent pour partager une galette des rois avant d’aller voir un spectacle dans lequel joue leur quatrième soeur.

Le jour des rois est d’abord une merveille d’écriture en ce sens que des situations quotidiennes révèlent la nature profonde des personnages avec humour et tendresse. Je pense à ce  déjeuner au restaurant chinois qui prend pour ces mamies des allures d’expédition au Tonkin, je pense à l’air d’opérette entonné en choeur dans le salon, je pense encore à cette  discussion sur l’Immaculée conception, une discussion dont l’origine est aussi dérisoire que les conséquences terribles. Le scénario est exempt de toute progression autre que le déroulement de la journée. Cette narration en apparence libre mais en réalité magistralement concoctée fait songer à Pagnol, au Ford de Dr Bull, au cinéma de Paul Newman. Les personnages sont le coeur d’une mise en scène simple et précise.

Cette mise en scène est foncièrement réaliste parce qu’elle investit des lieux inédits au cinéma quoique très présents dans notre société, tel une maison de retraite. Ce réalisme de l’environnement suffit à empêcher tout excès de théâtralité.
Evidemment, les acteurs et actrices sont formidables. Robert Lamoureux est étonnant de naturel et n’importe quel homme, quel que soit son âge, s’étant déjà retrouvé seul avec trois femmes durant toute une journée s’identifiera profondément à ce pauvre monsieur. Danielle Darrieux est toujours l’élégance incarnée même lorsqu’elle porte jupe droite et talons compensés, le cabotinage de Paulette Dubost est délicieux et Micheline Presle joue un étonnant double-rôle. Chacune de ces grandes dames du cinéma français est émouvante de vérité humaine.
Leurs personnages sont caractérisés avec une exceptionnelle finesse. La citadine un peu cultivée s’avère terriblement bornée, la bigote est une femme meurtrie, la gentille idiote a plus de bon sens que ses deux soeurs réunies. Et cette ambivalence n’a rien d’artificiel, tout cela est fluide, naturel et justifié par un scénario parfait. C’est la complexité de la vie admirablement synthétisée et révélée par Marie-Claude Treilhou.

Le jour des rois est une des meilleures comédies françaises contemporaines car le regard amusé (mais jamais méprisant) sur les petites vieilles fait que c’est un film d’une grande drôlerie. Le rapide et parfait oubli dans lequel il est tombé est donc d’autant plus scandaleux.
Cependant, derrière la légèreté de ton, la cinéaste aborde des thèmes très graves liés à la nature même de ses personnages: solitude, vieillesse, regrets d’une vie, présence des morts. Elle se montre alors d’un pessimisme discret mais implacable. Elle montre les mesquineries de chacune des deux soeurs, mesquineries qui sont d’ailleurs souvent source de comique. Imaginez vous un sujet de Bergman mis en scène par Pagnol…Il n’y a pas de facile réconciliation finale et la cohabitation entre un homme et une femme mariés depuis cinquante ans est souvent rude.
Marie-Claude Treilhou ne dit donc rien de révolutionnaire. Elle ne grossit pas le trait comme pouvaient le faire les Italiens des années 70. Tout est logique et naturel mais en mettant en scène une importante catégories de personnes absente des écrans de cinéma, elle rappelle de saines évidences à un public qui faisait alors la fête à Luc Besson et aux frères Coen.

En haut des marches (Paul Vecchiali, 1983)

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En 1963, une femme revient à Toulon qu’elle avait quitté à la Libération suite à l’assassinat de son mari pétainiste. Les souvenirs surgissent…

En haut des marches est un des travaux les plus personnels de Paul Vecchiali puisqu’il l’a réalisé en hommage à sa mère. A ce titre, les longues confessions en voix-off qui ouvrent et qui ferment l’oeuvre sont magnifiques. Ce film est une interrogation sur les différentes mémoires, sur la façon dont la perception des évènements historiques diffère selon qu’on y était plongé ou qu’on les analyse a posteriori sans les avoir vécus. L’évidente affection que l’auteur éprouve pour l’héroïne ne l’empêche pas de présenter les contrechamps avec une honnêteté intellectuelle rare dans le cinéma français. Je pense notamment aux dialogues avec la nièce avocate. Le film est dialectique jusqu’au bout des ongles, rien n’est simpliste, Vecchiali se refuse à juger qui que ce soit. Ainsi, après un discours de Pétain, on entend toujours un discours de De Gaulle.

La structure chaotique qui entremêle flashbacks et flashforwards au service d’un sujet théorique lié à la mémoire et à l’histoire fait penser à du Resnais. Heureusement, la mise en scène de En haut des marches n’a rien à voir avec celle d’un film comme La guerre est finie. Le film de Vecchiali n’est en effet ni guindé ni esthétisant. L’opérateur a capté différentes nuances de la lumière toulonnaise, faisant exister le lieu de l’action. La magnifique Danielle Darrieux incarne pleinement une oeuvre dont elle est la raison d’être. Les audaces narratives rendent le film parfois confus mais une chose est certaine, une chose irradie l’écran: l’amour de Vecchiali pour son personnage. C’est ce qui le différencie du petit malin puritain qu’est Jean-Luc Godard.

Le bon Dieu sans confession (Claude Autant-Lara, 1953)

Retour sur la vie d’un notable au moment de son enterrement.

Evidemment, la vie de ce notable n’était pas aussi reluisante que sa façade. Evidemment, ce monsieur avait une maîtresse. Evidemment, cette dame était vénale. C’est qu’on est en plein dans ce naturalisme moralisateur au ras des pâquerettes typique du cinéma de « Qualité française ». La narration inutilement compliquée accentue la pesanteur de l’œuvre. Le bon Dieu sans confession se laisse tout de même regarder grâce à de bons acteurs  qui savent rendre leurs personnages intéressants en faisant ressortir les nuances de leurs caractères. Je songe surtout à Henri Vilbert qui trouve ici ce qui est resté comme un de ses meilleurs rôles. L’ensemble est tout de même laborieux, à l’image de la façon bavarde et redondante dont est expliqué le sursaut moral du héros: un quart d’heure de discussion avec chacun de ses deux enfants. Soit une demi-heure d’ennui pour le spectateur.

Battement de coeur (Henri Decoin, 1940)

Suite à une série de péripéties, une jeune fille échappée de maison de redressement découvre l’amour dans les bras d’un riche diplomate.

Battement de coeur est la plus réputée des nombreuses collaborations entre Henri Decoin et sa jeune épouse d’alors, Danielle Darrieux. Plusieurs raisons justifient amplement cette réputation.

D’abord, la première partie est vive et inventive comme une bonne comédie américaine. Les auteurs ne reculent pas devant la fantaisie et font preuve d’un sens de l’absurde aussi discret que réjouissant (l’école de pick-pockets) exprimant, mine de rien, une certaine critique sociale. A ce sens du spectacle d’inspiration américaine s’adjoint une galerie de seconds rôles hauts en couleur typique du cinéma français d’alors. Carette en brave type un peu amoureux et Saturnin Fabre en professeur de vol à la tire délivrent des compositions certes attendues mais savoureuses.

Par la suite, le rythme du film ralentit pour se focaliser sur l’éveil sentimental du personnage de Danielle Darrieux. La fraîcheur de la ravissante actrice suffit alors au spectateur pour oublier le caractère conventionnel des situations. Il y a lors de la scène de son premier baiser le même charme léger, entêtant et secrètement déchirant que celui qu’exhalent les chansons des Shirelles.

Vous l’aurez compris: cette parfaite comédie romantique française (la meilleure?) est un délice.

Pot-bouille (Julien Duvivier, 1957)

A Paris sous le second empire, l’arrivée d’un provincial beau et ambitieux dans un immeuble bourgeois provoque des remous.

Tout ce qui faisait le sel du roman de Zola: la réjouissante férocité de la critique sociale, les caractères outrés, les notations pathétiques, a été purement et simplement escamoté par un scénario aseptisé et une mise en scène terne. Il est vrai qu’adapter un roman aussi foisonnant que Pot-bouille au cinéma nécessitait une simplification de l’intrigue. Mais à ce moment là, il aurait fallu aller jusqu’au bout du parti-pris d’adaptation qui a visiblement été celui de réduire l’oeuvre à un vaudeville avec une importance nouvelle donnée au personnage de Madame Hédouin. Ce personnage joué par Danielle Darrieux est sans doute le plus intéressant du film. La beauté bourgeoise de Danielle Darrieux qui venait tout juste d’avoir quarante ans nous consolerait presque de la quasi-disparition de Marie Pichon pourtant incarnée par une jolie Anouk Aimée, pleine de douceur et de mélancolie. En l’état, la demi-mesure de Jeanson, Joannon et Duvivier fait que nombre de scènes accessoires à l’intrigue qui tiraient leur intérêt dans le livre de la verve corrosive du romancier sont inutiles dans le film. Bref, Pot-bouille est emblématique de tout ce qu’un Truffaut critiquait à juste titre dans les adaptations des classiques littéraires du cinéma français des années 50.

Occupe toi d’Amélie (Claude Autant-Lara, 1949)

Des spectateurs bourgeois interfèrent avec le déroulement d’un vaudeville.

Le vaudeville en question est tiré de Feydeau donc est particulièrement brillant. Les dialogues sont vifs, les bons mots légion. De même, la distribution chevronnée s’en donne à coeur joie. Les décors de Max Douy sont particulièrement jolis, la mise en scène est spectaculaire, jonglant entre la scène et le public à coups de travellings vertigineux. Bref, Occupe toi d’Amélie est un film virtuose et chiadé. Mais c’est un mauvais film. Pourquoi ? Parce que toutes ces prouesses apparaissent vite comme des gesticulations terriblement vaines.  Le cabotinage des comédiens en roue libre, les allers-retours injustifiés entre théâtre et scène, après avoir épaté le spectateur le fatiguent vite faute d’être soutenus par une vision forte.

En effet, la mise en abyme ne justifie pas longtemps la grossièreté de la mise en scène, ne proposant finalement aucune véritable réflexion sur la frontière entre théâtre et réalité (contrairement à Toâ de Sacha Guitry qui sortait la même année).  Le propos du film est particulièrement limité, les auteurs sacrifiant tout à ce cynisme facile qui est la marque de plusieurs des films français d’après guerre. Les filles sont vénales, les jeunes hommes couchent avec la fiancée de leur meilleur ami, les pères sont des maquereaux, les dignitaires bradent les décorations militaires…c’est superficiellement immoral mais profondément bête. Ce n’est même pas assez développé pour qu’on puisse qualifier ça de discours antibourgeois, c’est juste une vision du monde de scénaristes déconnectés de la complexité de la réalité, une vision du monde fondamentalement laide et ennuyeuse. Que reste t-il à sauver ? Les cheveux d’or de  Danielle Darrieux. Et c’est tout ? Et c’est tout.

Retour à l’aube (Henri Decoin, 1938)

Pour toucher l’héritage d’une tante, l’épouse candide d’un notable de province s’en va à la ville. Mais elle va manquer son train et y passer la nuit. Cette comédie du duo Decoin/Darrieux est une galéjade sans grand intérêt qui ne dépasse jamais les clichés sur lesquels elle s’appuie constamment (la ville mère de tous les vices…).  La fraîcheur lumineuse de Danielle Darrieux ne suffit pas.

Bonnes à tuer (Henri Decoin, 1954)

Thriller psychologique assez standard vu l’époque. Un « héros » cynique avec une construction alambiquée en flash-backs qui souligne son immoralité. C’est, comme on aurait pu le supputer, assez proche de La vérité sur Bébé Donge sans en avoir l’implacable noirceur ni la finesse d’analyse pyschologique, Bonnes à tuer étant avant tout un huis-clos à suspense. A part une exposition un peu longue, l’ensemble est plutôt bien mené et joliment filmé même si peu surprenant. A noter tout de même une séquence à la stylisation inattendue et du plus bel effet.