Mimi Pinson (Robert Darène, 1958)

Une jeune fille habitant une chambre mansardée sur l’île Saint-Louis est menacée d’expulsion mais le représentant de la société propriétaire tombe amoureux d’elle.

Pas si nul qu’on aurait pu l’imaginer. D’abord, il y a le plaisir de voir les quais parisiens et les Halles dans les années 50. Robert Darène filme ça sans génie mais respectueusement des lieux et des personnes. Il évite les raccords superflus. Ensuite, en mettant en scène une jeune fille préférant habiter dans un studio peu fonctionnel mais charmant du centre de Paris plutôt qu’un confortable appartement moderne en banlieue, cette transposition auto-réflexive de la pièce de Musset effleure le sujet éternel mais assez peu traité au cinéma de la jeunesse bohème (aujourd’hui on dirait « bobo »). Le style un peu terne de Darène empêche une véritable célébration de l’anticonformisme solaire de son héroïne mais c’est mignon sans être tout à fait niais.

Publicités

Les amoureux sont seuls au monde (Henri Decoin, 1947)

Un grand musicien heureux en mariage s’éprend d’une jeune pianiste…

Les amoureux sont seuls au monde sonne joliment faux comme pouvait sonner joliment faux, par exemple, Les enfants du Paradis. Les dialogues signés Henri Jeanson sont artificiels mais magnifiques, surtout lorsqu’ils sont dits par Louis Jouvet. Le regard sur la jeunesse est conventionnel et caricatural, bien loin de la justesse de ton des films contemporains d’un Jacques Becker, mais, grâce à la précision des comédiens, il émane une certaine vérité du couple principal. Le symbolisme de la narration est lourdaud mais une poésie mélancolique naît des beaux décors de studio éclairés par la fine lumière d’Armand Thirard.

En définitive, Les amoureux sont seuls au monde est un joli film à voir pour le grand Louis Jouvet dans un de ses meilleurs rôles au cinéma et pour quelques scènes qui, au-delà du charme suranné de l’ensemble, expriment quelque chose de vrai. Ainsi de l’ouverture dans laquelle l’artifice de la forme répond à l’artifice de la recréation du souvenir.

La fête à Henriette (Julien Duvivier, 1952)

Deux scénaristes imaginent la rencontre d’une jeune Parisienne avec un charmant cambrioleur le jour de la fête nationale.
La mise en abyme commence dès un excellent générique façon Guitry. Cette histoire de l’écriture d’un film est d’abord l’occasion d’une savoureuse auto-critique de la part des auteurs du film. Le personnage du scénariste qui se complait dans la noirceur, la misanthropie, la bassesse et l’anti-cléricalisme primaire préfigure le pamphlet de Truffaut contre le cinéma français deux ans avant sa publication. Il y a lieu de croire que, de la part de Duvivier dont le pessimisme forcené était parfois agaçant, cela relève d’un réjouissant sens de l’auto-dérision. Le film raconte donc deux histoires, celles du processus d’écriture, et celle du film imaginé. Or le film imaginé, l’amourette d’Henriette, est clairement l’intrigue la plus importante du film mais il est difficile de s’y intéresser dans la mesure où les processus d’immersion et d’identification sont régulièrement stoppés par des retours à la « réalité » des scénaristes qui renvoient la nature fictive de l’histoire racontée à la face du spectateur. Ajoutons que les jeunes premiers choisis pour jouer les amoureux, Michel Roux surtout, n’aident pas…La fête à Henriette, film intéressant, charmant mais profondément bancal donnera lieu à un remake américain réalisé par Richard Quine –Deux têtes folles– où l’accent sera mis sur la relation entre le scénariste et sa secrétaire, joués par William Holden et Audrey Hepburn. Là, c’est le traitement systématiquement parodique des situations imaginées qui empêchera le film d’être pleinement convaincant.