Les lions sont lâchés (Henri Verneuil, 1961)

Une jeune Bordelaise quitte son mari pour faire des expériences sentimentales et sexuelles par l’entremise d’une amie de la haute-société parisienne.

Le délicieux petit roman de Nicole a un peu perdu au change de l’adaptation. Plusieurs phrases étincelantes ont été conservées mais apparaissent plaquées sur des scènes qui n’ont pas leur vivacité ni leur sens du détail. Qui n’a pas lu le livre risque d’être largué par certains rebondissements racontés uniquement par la voix-off. La satire sociale est rapetissée et le récit réduit aux tortueuses tribulations des six personnages principaux. Ces six personnages principaux étant prodigieusement distribués et l’élégante liberté de ton de la romancière ayant été maintenue par France Roche et Michel Audiard, le film demeure agréable.

Ce joli monde (Carlo Rim, 1957)

A la mort de sa mère, un jeune professeur de lettres fait connaissance avec son père, chef d’une bande de truands.

Darry Cowl, génial, illumine cette farce qui préfigure grandement Les tontons flingueurs mais qui est assez inégale. Certains dialogues sont délicieux, la tendresse de Rim est préférable au caricatural virilisme de Audiard mais, à force de se disperser dans des intrigues superfétatoires, le récit s’essouffle.

Un oursin dans la poche (Pascal Thomas, 1977)

Une journaliste de radio tente d’intéresser deux milliardaires, un avare et un infantile, à la production d’une opérette que son grand-père a écrite.

Cette comédie dénuée de l’ancrage réaliste qui fait le prix des autres films réalisés par Pascal Thomas dans les années 70 n’est pas une réussite. Avec la galerie d’excentriques et les séquences d’opérette, on sent bien une volonté des auteurs -Pascal Thomas et Jacques Lourcelles qui sont deux fins cinéphiles- de renouer avec la liberté d’un certain cinéma français des années 30, celle qui caractérise les meilleurs films de René Guissart ou Jean Boyer.

Malheureusement, le mépris de la logique dans la psychologie des personnages (notamment l’avare joué par Bernard Menez dont les actes se contredisent d’une scène à l’autre), le manque de concision et, d’une façon plus générale, l’absence de rigueur narrative, font que la fantaisie, quoique parfois amusante, donne l’impression de tourner à vide. La caméra et les comédiens ne sont pas suffisamment allègres pour que ces lacunes d’ordre scénaristique puissent être compensées par une vitalité accrue de la représentation tandis que le montage qui se refuse bizarrement à marquer les ellipses temporelles ne contribue pas non plus à dégager les enjeux d’un récit passablement décousu.

Vous n’avez rien à déclarer? (Clément Duhour, 1959)

Convoitant l’épouse, un professeur de chant sabote le mariage arrangé entre la fille d’un député radical et le fils d’un comte en provoquant l’impuissance de l’époux.

Troisième adaptation de la pièce de Hennequin et Veber. L’assistant de Guitry que fut Clément Duhour ne cherche pas à camoufler les origines théâtrales de son script mais l’inventivité de son déroulement, la variété du comique (c’est un vaudeville vaguement satirique avec des notations absurdes très prononcés) et, surtout, une distribution presque à la hauteur de la version des années 30, grâce à la présence d’extravagants géniaux tel Darry Cowl, qui s’en donne à coeur joie font de ce Vous n’avez rien à déclarer? une comédie qui certes ne vole pas haut mais qui amuse beaucoup.

Le temps des oeufs durs (Norbert Carbonnaux, 1958)

Après avoir gagné à la loterie, un garagiste achète les toiles d’un peintre raté par amour pour sa fille.

Plus abouti que Courte-tête, Le temps des oeufs durs est un des plus sympathiques parangons de burlesque à la Française. Dénué du volontarisme stérilisant de Tati ou Etaix, Norbert Carbonnaux a un naturel dans la fantaisie qui rappelle le cinéma français d’avant-guerre. En cela, il est aidé par des acteurs magnifiques d’extravagance: Darry Cowl, bien sûr, mais aussi Julien Carette, glorieux rescapé des années 30 justement. Le relatif manque d’impulsion de la mise en scène empêche certes Le temps des oeufs durs de prétendre à la perfection formelle mais la gentillesse inhabituelle du ton séduit tandis que certains gags, tel celui de « Petit papa Noël », sont la preuve d’une inventivité poétique dans la droite lignée du merveilleux Monsieur Coccinelle de Bernard-Deschamps. La place de ce film parmi les dix préférés de Jean-Luc Godard en 1958 était donc méritée.

Le téléphone sonne toujours deux fois (Jean-Pierre Vergne, 1985)

Un détective enquête avec ses amis d’enfance sur une série d’assassinats…

Ce premier film écrit et joué par les Inconnus (à l’époque où ils étaient cinq) est une parodie absurde qui préfigure La cité de la peur. Il y a des moments drôles mais le comique est loin d’être aussi abouti que celui de leurs meilleurs sketches (ainsi de Pas de bégonia pour le cave, pour rester dans leur veine référentielle). Sur la longueur, le récit ne tient pas la route. De Jean-Claude Brialy à Patrick Sébastien en passant par Darry Cowl et Jean Reno, la distribution de seconds rôles est gratinée.

Les trois font la paire (Sacha Guitry, 1957)

A Paris, un policier enquête sur un meurtre commis au moment d’une prise de vue cinématographique.

On ne saurait réduire ce dernier film de Sacha Guitry à ce « sujet ». Cet argument policier est essentiellement un prétexte permettant à l’auteur de laisser libre cours à sa fantaisie, à sa malice et à son inventivité comique. Bien que rempli de vedettes, Les trois font la paire a visiblement été tourné avec trois fois rien. Son charme est celui de la série B, l’ingéniosité, la liberté de ton et l’audace narrative palliant largement la relative faiblesse des moyens. L’intrigue, reposant sur une histoire éculée de sosies, m’a semblé moins bien ficelée que celle d’Assassins et voleurs, son précédent film mais qu’un vieux maître de l’acabit de Guitry ait achevé son œuvre avec une pièce d’une telle fraîcheur d’esprit est un enseignement à méditer par ceux qui enterrent les grands cinéastes un peu rapidement. Les trois font la paire, porté aux nues par Godard et Truffaut en son temps, fait immanquablement songer à la Nouvelle Vague qui allait surgir 3 ans plus tard.