Mademoiselle et son bébé (Bachelor mother, Garson Kanin, 1939)

Prise pour la mère d’un bébé abandonné, une vendeuse se retrouve à devoir le garder si elle veut garder son emploi.

Le postulat qui, avec le plus grand des naturels, cristallise en quelque sorte une double oppression capitaliste et patriarcale, est prometteur mais l’intrigue fait vite fi de la crédibilité des comportements au profit de rebondissements conventionnels qui émoussent la satire. La mise en scène est trop terne, trop timide, pour transfigurer ces lacunes scénaristiques; David Niven et Ginger Rogers sont sympathiques mais n’ont pas la vitalité comique de Cary Grant et Irene Dunne.

Divorcé malgré lui (Eternally yours, Tay Garnett, 1939)

Parce que celui-ci refuse de s’installer, l’épouse d’un prestidigitateur quitte son mari pour un bourgeois.

Comédie de remariage assez agréable mais conventionnelle et un peu fade. Parti avec l’intention d’adapter une pièce de Sacha Guitry, L’illusioniste, le producteur Walter Wanger a, pour se conformer aux exigences du code Hays, considérablement affadi sa sauce. Comparé à d’autres screwball comedies, Divorcé malgré lui manque de détails piquants et d’allusions grivoises. Le film semble constamment sur des rails. Heureusement, il file rapidement (la narration comporte de surprenantes ellipses).

La lune était bleue (The moon is blue, Otto Preminger, 1953)

Un riche architecte tente de séduire une vierge.

Cette adaptation d’une pièce de F. Hugh Herbert que Preminger avait déjà montée à Broadway a fait date parce que le cinéaste avait décidé de ne pas édulcorer des dialogues très crus et donc de ne pas respecter le code Hays. L’intrigue n’en reste pas moins conventionnelle et finalement très morale: personne n’a de relations sexuelles avec personne et cela se finit par un mariage. Il y a quelques répliques drôles mais le film se traîne. Preminger n’a rien fait pour atténuer la théâtralité originelle et les deux comédiens principaux ne peuvent faire tenir le film sur leurs épaules. William Holden n’est pas Sacha Guitry et Maggie McNamara n’a pas la grâce d’une Audrey Hepburn qui aurait été parfaite dans ce rôle. Il y a tout de même David Niven qui campe un beau personnage à la profondeur inattendue.

Quatre hommes et une prière (John Ford, 1938)

Le problème de Quatre hommes et une prière, c’est le tiraillement. Tiraillement entre gravité d’un sujet typiquement fordien (la lutte de quatre hommes pour réhabiliter leur colonel de père) et péripéties de bande dessinée (plusieurs fois, j’ai pensé à Tintin). Peut-être que l’œuvre aurait été réussie si Ford avait mis en scène ces aventures coloniales avec plus de légèreté, plus de dynamisme et moins de solennel. Malgré cela, le film se suit sans trop de déplaisir grâce notamment à un casting sympathique.