L’éducation sentimentale (Alexandre Astruc, 1962)

Un jeune homme monté à Paris entre dans le monde et tombe amoureux d’une dame…

Transposition du roman de Flaubert à l’époque contemporaine. C’est un exercice de style glacé (Nimier et Laudenbach ont écrit leur adaptation en éludant la violence du contexte social) qui verserait dans la vanité s’il n’était émaillé de quelques moments où la mise en scène parvient à cristalliser une situation dramatique. Ainsi du travelling qui suit les mains de Frédéric et madame Arnoux lorsqu’ils se quittent. Encore ces brillants effets paraissent-ils volontaristes et l’émotion, du coup, très cérébrale. Jean-Claude Brialy est aussi nul que d’habitude mais les filles, à l’allure typiquement 60’s, sont très jolies.

Le diabolique Dr Mabuse (Fritz Lang, 1960)

La police enquête sur le Docteur Mabuse qui serait de retour dans un grand hôtel.

Pour son ultime film, Fritz Lang retrouve le docteur Mabuse. Ce dernier opus est peut-être le meilleur des quatre épisodes qu’il réalisa. En quarante ans, le cinéaste a beaucoup progressé dans le sens de l’épure. Le diptyque muet n’était ni plus ni moins que du Fantomas avec des décors bizarres (autant dire que le regarder en entier aujourd’hui nécessite une bonne dose d’indulgence) et le suivant avait une forme nettement plus rigoureuse et concise mais souffrait tout de même d’une lenteur incertaine liée aux débuts du parlant.

A mesure qu’elle tend vers l’abstraction, la mise en scène de Fritz Lang  met à nu la mécanique diabolique du docteur, ce qui autorise de la part du spectateur les interprétations les plus variées (totalitarisme, crise financière, métaphore de la mise en scène, vidéo-surveillance…). C’est en ça que Mabuse se distingue du vulgaire feuilleton à la Fantomas (qui, comme Mabuse, revenait d’ailleurs en ce début des années 60) et c’est ce qui rend les deux derniers films de la série intemporels. Tout, dans ce dernier film, respire la perfection. Il n’y a pas de graisse. Les décors sont neutres, la photo est d’une blancheur rigoureusement impersonnelle, la musique est quasi-absente, le lieu est unique et surtout l’intrigue, colonne vertébrale du film, est impeccable. Il y a aussi une légèreté du style qui tranche d’avec la pesanteur des tragédies que le cinéaste réalisa auparavant à Hollywood.

Fritz Lang pouvait-il aller plus loin dans l’épure, dans l’effacement de sa personnalité au service du matériau? Dans Le diabolique Dr Mabuse, il atteint un point de non-retour. Tout effet de signature est absent alors que sa présence derrière chaque plan est évidente. Les qualités de précision de sa mise en scène notamment ne peuvent appartenir qu’à un vieux maître de son acabit.