L’idéaliste (The rainmaker, Francis Ford Coppola, 1997)

Un avocat fraîchement émoulu défend un jeune leucémique contre son assurance-santé.

Élégance cinémascopée du découpage, luxueuse distribution de seconds rôles qui s’étend de Roy Scheider à Teresa Wright, musique somptueuse de Elmer Bernstein (qui par endroits frise le pompiérisme), parfaite adéquation de Matt Damon au rôle-titre, humour bien dosé, montage alterné et voix-off qui dynamisent la narration… Avec toute la maîtrise dont il est capable, Francis Ford Coppola revitalise le genre bien américain du procès de David contre Goliath sans, contrairement au simpliste Tucker, sacrifier la dialectique: pour que la démocratie fonctionne, l’exercice du droit nécessite beaux sentiments mais aussi maîtrise pragmatique. Une réserve: l’arc narratif de la jeune fille battue par son mari est inabouti et conventionnel; le récit aurait gagné en concision s’il avait été escamoté.

Deep waters (Henry King, 1948)

Dans le Maine, un orphelin pris en charge par l’assistance publique se lie avec un pêcheur de homards…

L’ancrage dans une communauté de pêcheurs peinte avec précision et empathie par Henry King ainsi que de très bons comédiens en tête desquels le jeune Dean Stockwell donnent de la consistance à ce récit convenu voire simpliste d’enfant fugueur.

Stars in my crown (Jacques Tourneur, 1950)

Un homme se souvient de son enfance dans une petite ville du Sud des Etats-Unis après la guerre de Sécession. Un nouveau pasteur y faisait face à la typhoïde et au Ku Klux Klan…

Stars in my crown s’inscrit dans le genre americana, le courant nostalgique et idéaliste du cinéma hollywoodien qui se plaisait à recréer l’Amérique provinciale du tournant du XXème siècle. Henry King y a excellé. Jacques Tourneur, a priori, en semblait fort éloigné. Pourtant, le réalisateur français de La féline signe ici un de ses chefs d’œuvre et ce qui restera comme son film préféré. D’abord, il se conforme brillamment aux contraintes du genre en livrant une série de jolies vignettes pastorales et sentimentales. Je pense par exemple à cette séquence digne de Mark Twain où deux enfants vagabondent sous les frondaisons dans une charrette de foin…On notera cependant que la mise en scène de Stars in my crown n’échappe pas complètement à l’académisme aseptisant du studio qui le produit: la MGM. Ainsi, en dehors de quelques moments forts sur lesquels nous reviendrons, la photographie déçoit par sa platitude.

Au fil de la chronique villageoise, le véritable sujet du film apparaît. Il s’agit ni plus ni moins que de montrer la présence de Dieu parmi les hommes. C’est pour le moins ambitieux. A l’opposé d’une bondieuserie lénifiante, Stars in my crown montre son héros pasteur vaciller, douter de sa foi face à des turpitudes d’une dureté inouïe (morts d’enfants, lynchages racistes). Le dieu chrétien se manifeste d’abord dans le coeur des hommes et il s’agira donc pour le pasteur de révéler ce qui reste de bonté chez les plus haineux d’entre eux: les membres du Ku Klux Klan. On notera d’ailleurs que, tout en célébrant la vie dans un patelin sudiste du XIXème siècle, Tourneur n’élude pas le contexte politique inhérent, les forces obscures tapies au sein de la communauté apparemment chaleureuse et bienveillante. Ce combat entre le mal et la foi en Dieu (donc en l’homme) culmine dans une séquence bouleversante de simplicité humaniste. On songe alors à un John Ford qui aurait retrouvé une sorte de pureté archaïque.

Dans le même ordre d’idée (Dieu existe…finalement), Stars in my crown est également un des très rares films non-fantastiques à oser représenter une résurrection. Faire admettre un tel miracle est toujours un défi pour le metteur en scène mais alors quelle émotion si le pari est remporté, si le spectateur voit son incrédulité vaincue! Ici, c’est le cas. Un découpage dont la simplicité n’a d’égal que la précision, une musique graduée, une parfaite exploitation dramatique des accessoires à sa disposition (rideaux…) et surtout le lumineux visage de son interprète féminine font de ce moment un des clous de l’œuvre de Jacques Tourneur, une magnifique synthèse de son génie de l’évocation des puissances surnaturelles.

A l’instar du Garçon aux cheveux verts ou de Qu’elle était verte ma vallée, Stars in my crown est un de ces joyaux qui ne pouvaient être produits qu’au sein de l’industrie hollywoodienne mais qui, en seulement une heure et demi, font montre d’une originalité profonde et d’une ambition folle. Un film sublime.