La reine vierge (Young Bess, George Sidney, 1953)

Avant son accès au trône sous le nom de Elizabeth, l’amour tragique d’une bâtarde de Henry VIII pour un brillant amiral.

Le déroulement du drame manque de concision et est trop statique mais le style rend le tout intéressant: l’esthétisme de George Sidney, son goût pour les cadres larges admirablement composés et coloriés, n’empêche pas que son film comporte aussi des scènes d’un lyrisme intense où les cordes de Miklos Rosza sur le si doux visage de Jean Simmons font merveille.

Ailleurs l’herbe est plus verte (Stanley Donen, 1960)

Une lady tombe dans les bras d’un millionnaire américain venu visiter le château de son mari.

Les ressorts théâtraux sont patents mais la finesse des dialogues, la classe de la distribution, la splendeur de l’enrobage Technirama et la hauteur de vue d’un récit où chaque personnage a sa dignité font qu’il serait stupide de faire la fine bouche devant cette comédie presque aussi étincelante que du Guitry circa-1936.

Edward, my son (George Cukor, 1949)

Après l’avoir sauvé du handicap en grugeant une assurance, un homme d’affaire devient véreux et passe tous les caprices de son fils.

La platitude de la mise en scène de Cukor fait ressortir la redondance des artifices de théâtreux constituant l’essentiel du récit. Heureusement qu’il y a Spencer Tracy pour introduire un peu de vie dans ce programme.

Les parachutistes arrivent (The gypsy moths, John Frankenheimer, 1969)

Trois parachutistes s’arrêtent deux jours dans une petite ville de province américaine pour leur spectacle itinérant…

Les héros sont désormais des gladiateurs pourvoyeurs de frissons à bon marché pour les bourgeois. Comme dans I walk the line, la vie provinciale américaine est représentée avec une grande sécheresse. John Frankenheimer réussit à filmer l’ennui de la petite ville sans être ennuyeux grâce à son récit mené par petites touches. Le caractère des protagonistes est plus suggéré qu’explicité mais le film n’est pas superficiel pour autant car l’ensemble des signes est cohérent et présente in fine de beaux personnages mélancoliques, résignés (la femme au foyer jouée par Deborah Kerr) ou secrètement romantiques (le parachutiste joué par Lancaster). Les acteurs sont excellents. Les scènes de parachute sont trop longues. Le film est beau, désenchanté et typique de son époque.

Critique plus développée ici.

Thé et sympathie (Vincente Minnelli, 1956)

A l’occasion d’une réunion d’anciens étudiants, un homme retourne à l’université et se souvient de sa jeunesse. Ses problèmes d’intégration au groupe mais aussi sa première expérience sexuelle avec l’épouse de son professeur de sport…

Oui, Thé et sympathie est l’adaptation d’une pièce de théâtre new-yorkaise initialement mise en scène par Elia Kazan. Mais qu’importe puisque les nombreux dialogues sonnent toujours vrai et que les comédiens sont d’une perpétuelle justesse.
Oui, les allusions à l’homosexualité de l’oeuvre originale ont été gommées par le traitement hollywoodien. Mais qu’importe puisque la portée de l’oeuvre s’en trouve intelligemment généralisée.

Thé et sympathie est un miracle de délicatesse et de sensibilité. Les auteurs condamnent un système et des valeurs sans jamais condamner les hommes qui vivent avec. Cette bouleversante apologie des sentiments figure, aux côtés de L’horloge et Il faut marier papa, parmi les chefs d’oeuvre de la veine feutrée de Vincente Minnelli.

Les innocents (Jack Clayton, 1961)

Le classique du « film de gouvernante anglaise envoyée s’occuper de gamins à l’imagination fertile qui vivent reclus dans un manoir à moitié hanté ».

A ma connaissance, il n’a jamais été dépassé. La raison est simple: Les innocents est une splendeur formelle, un film parfaitement mis en scène. Le découpage rigoureux alterne avec une pertinence  de chaque instant gros plans sur les visages et plans d’ensemble. Le Cinémascope Noir&Blanc de Freddie Francis est superbe et contribue à l’atmosphère gothique du film. Loin d’être étouffante, cette maîtrise classique crée de ambiguïté, interroge le regard du spectateur sur les éléments irrationnels: ne seraient-ils pas que le fruit de l’imagination d’une vieille fille frustrée par son éducation anglicane ? Jusqu’aux dernières images, le mystère est maintenu. En effet, comme tous les grands du fantastique, les auteurs se servent du genre pour traiter de thématiques d’ordre plus général que l’existence des revenants: ici, le récit est une matière élégamment exploitée par Jack Clayton pour parler de perversion engendrée par la répression des désirs sexuels. Deborah Kerr est grande; comme toujours mais il faut le dire alors je le dis.

Comment marier sa femme ? (Marriage on the Rocks, Jack Donahue, 1965)

Comédie de remariage médiocre. La mise en scène est anémiée par le Cinémascope, il y a peu de gags, le rythme est alangui. Il y a quelques répliques drôles, le trio d’acteurs est sympathique mais comment croire à Sinatra ayant perdu tout appétit sexuel ? On passe à coté d’un sujet intéressant et peu traité dans le cinéma hollywoodien d’alors (en gros: la crise du couple après vingt ans de mariage).