Deep waters (Henry King, 1948)

Dans le Maine, un orphelin pris en charge par l’assistance publique se lie avec un pêcheur de homards…

L’ancrage dans une communauté de pêcheurs peinte avec précision et empathie par Henry King ainsi que de très bons comédiens en tête desquels le jeune Dean Stockwell donnent de la consistance à ce récit convenu voire simpliste d’enfant fugueur.

Les ruelles du malheur (Knock on Any Door, Nicholas Ray, 1949)

Ca s’annonce comme un vilain film à thèse, lourde démonstration de cette idée du XIXème siècle comme quoi le délinquant est le produit de la société. Mais au fur et à mesure des flash-backs retraçant l’histoire de ce jeune accusé de meurtre, Nicholas Ray individualise ses personnages. Ainsi, le film devient intéressant, il se singularise à partir du moment où le voyou s’éloigne de son environnement socio-familial très stéréotypé pour trouver l’amour. C’est que l’auteur des Amants de la nuit filme les jeunes couples en marge de la société comme personne. Grâce à des interprètes impliqués, une écriture simple et deux ou trois superbes gros plans, il ancre ses tourtereaux dans un quotidien tout en les sublimant. Par ailleurs, les relations entre le jeune héros (John Derek à ses débuts) et l’avocat-éducateur joué par Humphrey Bogart s’éloignent peu à peu du déterminisme sentimentalo-sociologique qui prévaut dans les mauvais films sur le même sujet. Le metteur en scène montre clairement la violence de leurs rapports lorsque Bogart n’hésite pas à plaquer John Derek au sol pour récupérer son argent volé. Au rayon des regrets, il y a aussi la partie du film consacrée au procès, trop longue et redondante comme c’est souvent le cas pour ce genre de séquence malgré la plaidoirie inspirée de Bogart. En revanche, la fin donne au film une grandeur tragique inattendue.
Bref, grâce au lyrisme douloureux insufflé par Nicholas Ray, Les ruelles du malheur est autant le portrait lucide mais compatissant d’un être faible qu’un réquisitoire certes pas très fin contre « la société ».