The very thought of you (Delmer Daves, 1944)

Une jeune Californienne tombe amoureuse d’un soldat en permission…

Bluette de propagande pour la fidélité des épouses de militaires. Péché mignon de Delmer Daves: l’abondance et le caractère explicitant des dialogues. Qualités de Delmer Daves: finesse de la direction d’acteurs (qui nuance une caractérisation des personnages un peu schématique), souplesse du découpage, sens du cadrage…bref: sensibilité de metteur en scène qui revitalise des situations usées jusqu’à la corde. Le regard sur la petite famille touche par sa justesse et sa générosité en donnant lieu à des séquences dignes de Henry King. The very thought of you est clairement un film mineur mais, considéré dans le cadre très limité de ses ambitions, plutôt réussi.

One sunday afternoon (Raoul Walsh, 1948)

A New-York au début du siècle dernier, un dentiste retrouve son ami de jeunesse qui l’a doublement trahi.

Nouvelle  adaptation de la pièce de James Hagan par Raoul Walsh sept ans seulement après la sortie du merveilleux Strawberry blonde. Les chansons de Ralph Blane et le Technicolor qui fait ressortir la fausseté des décors de studio accentuent l’artifice de ce remake d’un film qui était déjà très stylisé. La presse américaine a écrit que Walsh avait innové en diffusant la bande-sonore sur le plateau de façon à mettre les comédiens dans l’ambiance. Ce volontarisme assez étonnant de la part d’un des metteurs en scène les plus réalistes d’Hollywood n’est pas toujours probant. Ainsi des bruitages lourdement pléonastiques qui donnent à la comédie une allure franchement vulgaire. Certains seconds rôles sont caricaturaux jusqu’au ridicule.

Cependant, One sunday afternoon n’est pas le navet que certains disent. Passé un début déconcertant, la sauce prend. Le génie de Walsh pour mêler comédie et amertume, gaillardise et nostalgie dans un unique torrent de vitalité s’accommode en fait d’un style aussi schématique. Voir ainsi la première scène dans le parc où l’hypocrisie des codes de séduction est malicieusement montrée. Le cinéaste peut d’abord et surtout s’appuyer sur la beauté inaltérable de l’histoire originale (originale dans les deux sens du terme) de ce dentiste se découvrant à lui-même à travers ses échecs. Ensuite, les acteurs principaux sont bons. Dennis Morgan n’est certes pas aussi éblouissant que James Cagney mais il est à l’aise dans son rôle tandis que la jeune Dorothy Malone se révèle excellente. Derrière l’assurance de façade de son personnage, sa fragilité est facilement perceptible. Par ailleurs, certains chansons sont émouvantes et facilitent la bascule de scènes légères vers un registre plus grave. Enfin, le Technicolor, à dominante pastel, n’est pas toujours de bon aloi mais il accentue la magie hollywoodienne de certaines scènes auxquelles il est alors difficile de résister, telles les retrouvailles enneigées du Nouvel an.

Cheyenne (Raoul Walsh, 1947)

Un joueur professionnel au passé douteux est chargé de capturer un mystérieux braqueur de diligences. Durant ses tribulations, il va séduire l’épouse du voleur…

Un western qui, sans l’afficher ouvertement, ne manque pas d’originalité. Les auteurs se jouent des carcans du genre et n’hésitent pas à lorgner vers la comédie pour nous présenter la naissance houleuse d’une histoire d’amour. C’est le désir amoureux qui guide les personnages dans ce western. Répliques à double sens, jeux de séduction piquants…Certains passages, tel la rencontre entre les deux futurs tourtereaux autour d’une baignoire sont dignes des screwball-comedies de la grande époque. Une telle séquence comique et les péripéties qui s’ensuivent permettent à Raoul Walsh de délivrer d’une façon proprement réjouissante une vérité dénuée de la moindre sentimentalité sur les rapports entre les sexes. Suprême élégance d’un metteur en scène qui n’a rien à prouver mais tout à offrir à son public.

Evidemment, le dynamisme entraînant de la mise en scène ne concerne pas que les séquences de comédie. Encore une fois, Walsh prouve que personne mieux que lui ne filmait l’action à Hollywood. Cheyenne n’est évidemment pas avare en attaques de diligence. Voyez la façon dont sont filmés les chevaux galopant face à la caméra. Plutôt que de les précéder systématiquement comme c’est souvent le cas dans les productions habituelles, l’opérateur se laisse déborder par les cavaliers, donnant ainsi une impression de mouvement débridé.

Les scénaristes se sont bien autorisés quelques facilités pour lier les différentes intrigues, sentimentales et policières mais le rythme de la narration est si trépidant que le spectateur ne s’en formalisera pas.