Le lion et le vent (John Milius, 1975)

Au Maroc en 1904, un chef arabe kidnappe une famille de riches Américains…

Les intentions nobles, épiques et héroïques de John Milius sont visibles mais leur traduction à l’écran manque un peu de naturel. Le film semble avoir été pensé par le verbe plus que par l’image et le mouvement: qu’elles aient lieu dans le désert ou dans les ambassades, bon nombre de scènes sont des dialogues théoriques à deux personnages sur la guerre, l’Islam et l’Occident. Les péripéties de l’action sont, elles, assez conventionnelles. De plus, Sean Connery en chef arabe n’est guère crédible. Ce manque d’enracinement des idées de l’auteur dans la réalité -autrement dit ce défaut de mise en scène- fait du Lion et le vent un film assez superficiel quoique divertissant: cela reste un agréable film d’aventures.

La poudre d’escampette (Philippe de Broca, 1971)

L’odyssée d’un trafiquant, d’un soldat anglais et de l’épouse d’un consul suisse dans le désert de Libye en 1942.

Une sympathique comédie d’aventures typique de de Broca. Compte tenu du contexte, La poudre d’escampette est un opus relativement grave dans l’oeuvre de son auteur. La violence n’est pas escamotée, ainsi des traces de sang qui restent sur la portière après que le personnage de Michel Piccoli ait eu à tuer un soldat allemand à bout pourtant pour permettre la fuite du trio. Ce film n’est toutefois pas une des réussites majeures de de Broca. Deux raisons à cela. D’abord, un rythme inégal. Après un début enlevé, le film révèle quelques longueurs. Ensuite, certains personnages sont mal écrits. La vraisemblance du caractère de l’Anglais est trop souvent sacrifiée à un comique facile. Je songe à la séquence où il parie la jeep pour obtenir de l’eau de la part de deux bédouins: son idiotie est ici caricaturale et de plus, l’effet comique en résultant est attendu. D’une manière générale, force est de constater que de Broca n’est pas aussi à l’aise qu’un Comencini lorsqu’il s’agit de mettre en scène la tragicomédie qui peut naître de certaines situations chaotiques engendrées par la guerre (La grande pagaille, ce chef d’oeuvre absolu).

Ces quelques faiblesses étant constatées, on peut apprécier les cuisses de Marlène Jobert qui porte le mini-short aussi beau que Marthe Keller la minijupe dans Le diable par la queue, chef d’oeuvre sur lequel nous reviendrons très prochainement. On peut s’émouvoir de la discrète mélancolie qui vient de la conscience qu’ont les équipiers qu’ils ne se reverront pas et qui est probablement le véritable sujet du film. On peut aussi apprécier la poignée de moments de grâce de la mise en scène; voir l’émotion distillée en trois plans à la fin qui révèle la profonde élégance du cinéaste.

La patrouille perdue (John Ford, 1934)


Pendant la première guerre mondiale, une patrouille anglaise perdue dans le désert mésopotamien est décimée par des tireurs arabes.
Ce film souffre des défauts des mauvaises collaborations entre Ford et son scénariste attitré des années 30, Dudley Nichols. Ouvertement intellectuel, le scénario est trop abstrait, les idées passant avant des personnages esclaves de procédés dramatiques éculés (le simili-huis-clos qui révèle les personnalités). Par exemple, à travers le personnage ultra-caricatural de Boris Karloff, les auteurs dénoncent le fanatisme religieux. C’est d’une lourdeur qui frise le grotesque. La mise en scène de Ford, entre théâtralité empesée et formalisme vain, ne fait guère ressentir la tension potentielle de l’argument de base. Ajoutons à cela la ridicule grandiloquence de la musique de Max Steiner et on comprendra que La patrouille perdue est un film étouffé par ses ambitions, que Ford et Nichols n’avaient pas encore poli un style, synthèse évidente et vibrante entre les recherches plastiques de l’un et la dramaturgie « à idées » de l’autre, qui allait donner au cinéma américain quelques classiques éternels au premiers rangs desquels figure La chevauchée fantastique.