Belle épine (Rebecca Zlotowski, 2010)

Une adolescente de 17 ans se retrouve plus ou moins livrée à elle-même après le décès de sa mère.

Le premier film de Rebecca Zlotowski est typique du jeune cinéma d’auteur français par plusieurs aspects. D’abord, il aborde la thématique récurrente de l’initiation adolescente. Ensuite, il fait montre d’une tendance à l’opacité narrative, au refus des explications et des développements. L’auteur se méfie visiblement du récit. Ainsi, plusieurs digressions (sur la religion notamment) apparaissent incongrues faute de mise en correspondance nette et précise avec le reste du film. Dans le même ordre d’idée, on pourra également regretter que le contexte -a priori original et excitant- des bandes de motards de Rungis soit aussi peu exploité. Les personnages secondaires n’existent pas beaucoup.

Ce manque de foi envers la fiction, récurrent lui aussi dans le cinéma post-Pialat, est frustrant car il est évident dès les premières images que Belle épine n’a rien d’une chronique réaliste mais a plutôt à voir avec la fable. Le film flirte même ouvertement avec le fantastique et c’est d’ailleurs en enrichissant d’une tonalité irréelle certains passages canoniques du genre (le réveil face aux parents de l’amoureux) que la réalisatrice singularise son oeuvre et montre son talent pour la mise en scène. L’ambiance des scènes nocturnes est également réussie grâce entre autres à une bande-son adéquate. Enfin, Léa Seydoux est véritablement excellente et comme elle porte le film sur épaules, celui-ci ne saurait être mauvais.

Ponette (Jacques Doillon, 1996)

La deuil douloureux d’une petite fille qui a perdu sa mère…Dès les premiers plans criants de vérité, le spectateur est mis mal à l’aise, des questions morales sur le cinéma se posent. Comment a fait le réalisateur pour obtenir une telle justesse de la part d’interprètes si jeunes ? Quels moyens, quelles manipulations éventuelles ? Jusqu’où les tout-petits étaient-ils conscients du film qu’ils jouaient ? Un cinéaste peut-il soumettre de très jeunes enfants à son imaginaire morbide ? Ce genre de question était déja soulevé par Truffaut à l’époque de Jeux interdits mais ce serait une erreur que de s’arrêter à ces considérations pour juger Ponette car Jacques Doillon a un véritable respect pour les enfants. Le film a été non seulement joué par eux mais également « conçu » par eux dans la mesure où le cinéaste les a regardés, écoutés, a joué avec eux plusieurs fois par semaine pendant un an, de manière à leur être fidèle dans son film. Car Ponette est un film quasiment dénué de structure dramatique, centré en permanence sur les réactions, les paroles, les jeux, les pleurs de son héroïne « jouée » par la très jeune Victoire Thivisol (4 ans) . A elles seules, ces séquences au cours desquelles les petits personnages sont confrontés aux thèmes habituellement bergmaniens que sont la mort ou l’absence de Dieu font de Ponette un véritable miracle tant la vérité et l’émotion qui s’en dégagent sont au-delà des mots. Mais le film se hisse dans sa dernière partie au-delà du cinéma-vérité au cours d’une séquence sublime dans laquelle Jacques Doillon ose intégrer une part de fantastique, donnant au passage à Marie Trintignant un de ses plus beaux rôles -rôle par ailleurs douloureusement prémonitoire.

une interview intéressante du réalisateur